Vieillissement de la population : les dirigeants d'entreprise se préparent à la "silver economy", les politiques, eux, ignorent le sujet

Selon l’Insee, la France comptera 70 millions d’habitants en 2050, et un Français sur 3 aura plus de 60 ans, contre 1 sur 5 aujourd’hui. Ça changera tout.

Les démographes sont formels : le vieillissement des populations européennes est inéluctable. L‘Insee estime qu‘en 2050, la population française comptera 10 millions d’habitants de plus qu‘aujourd’hui, mais un bon tiers de cette population aura plus de 60 ans.

Cette évolution démographique va nécessairement entrainer un changement important des modes de vie et des besoins. Un bouleversement des consommations, et même une véritable révolution que beaucoup appellent déjà "la silver economy". 

La "silver economy" va entrainer un changement de l’organisation du travail, de la consommation, de l’habitat et de gestion de la santé.                                   

D‘où la question : comment s’organise une société quand la population se compose à plus des deux tiers de personnes inactives, soit un tiers de jeunes et un tiers de seniors ?

Certes, les hommes politiques se préoccupent de cette question. On ne peut pas dire qu‘elle soit absente de la campagne présidentielle, mais le traitement proposé par tous les candidats s’avère très théorique et superficiel.

Tous les candidats se préoccupent de la situation des retraites, de l’âge du départ à la retraite, des politiques de santé, du 4e âge, des fins de vie ...tous les candidats ont des bribes de solutions pour répondre au problème immédiat qui reviennent toujours à des dépenses supplémentaires sans parler des recettes qu’il faudra dégager. Normal, les candidats à la présidentielle n’ont qu’une idée en tête : séduire des électeurs à très court terme. La préparation du futur n‘est pas leur objectif premier.

Pour le reste, le monde politique manque singulièrement d’imagination. Le seul aspect de la question qui fait débat porte sur l’âge de départ à la retraite pour une raison simple : nous vivons sous l’empire des régimes par répartition. Les actifs paient la retraite des inactifs. Le modèle français est bien obligé d’adapter les conditions de retraites au rapport entre le nombre d’actifs et celui d’inactifs, entre ce que les uns gagnent et ce que les autres dépensent. Du coup, le débat porte donc depuis déjà 20 ans sur l’âge de départ à la retraite, le montant des cotisations et celui des pensions. Le débat tourne en rond. La seule solution pour concevoir des modèles plus solides serait de s’adapter aux régimes par capitalisation qui conditionnent la situation des retraites à la vigueur de l’économie. Chaque actif prépare alors sa propre retraite en investissant son épargne. Mais la capitalisation va à l’encontre de notre modèle social. Une telle réforme est donc hors du jeu politique actuel.

Cela dit, si les hommes politiques sont autistes sur la question du vieillissement, il s’avère comme souvent que les entreprises sont plus enclines à prendre en compte ces bouleversements à venir. 

La plupart des sociétés d’assurance s’y prépare. La gestion du risque de l’âge fait partie de leur métier. Ils ont l’expertise. Le groupe Malakoff Médéric, qui est un des plus gros groupes mutualistes de France, a demandé à Harris Interactive d’analyser le comportement des entreprises de plus de 50 salariés face au vieillissement démographique et la façon dont elles s’y préparent. En clair, sont-elles conscientes de l’enjeu ? Est ce qu’elles anticipent les changements ?

Les réponses sont étonnantes et devraient être récupérées très vite par les hommes politiques pour les sortir de leurs préjugés idéologiques.

1e point : 94% des chefs d’entreprises de plus de 50 salariés considèrent que le vieillissement sera l’enjeu le plus important pour les sociétés occidentales dans les années à venir, et pour les entreprises en particulier. C’est le problème qui impactera tous les autres.

2e point : le vieillissement de la population affectera d’abord le financement de la retraite pour 84% des chefs d’entreprise, puis les services à la personne (73% des entreprises) et l’offre de santé (pour 73% des entreprises).

3e point : Malgré la conscience aigüe du changement, les entreprises ne se sentent pas préparées. 60% des dirigeants déclarent que dans l’environnement administratif et fiscal actuels, il leur est très difficile d’anticiper les changements. 65 % reconnaissent ne pas savoir apporter une réponse adaptée. Seuls 28% des chefs d’entreprise, et principalement ceux des plus grosses, déclarent avoir mis en place une stratégie pour s’adapter à cette évolution. Le premier des changements porte sur la gamme de produits et de services qu’ils offriront à un public de consommateurs majoritairement seniors.

4e point : la majorité des dirigeants estiment que cette question va entraîner des difficultés pour l'économie dans son ensemble (56%). Mais pour eux, c’est autant une opportunité de croissance qu’un risque de difficultés. Dans ces conditions, leurs activités ne devraient pas trop en souffrir.

5e point : les axes de changement porteront principalement sur la maîtrise des marchés nouveaux tant du point de vue marketing que du point de vue purement commercial. Puis sur l’organisation même de l’entreprise et la gestion des relations humaines.

Ce qui revient le plus souvent dans les enquêtes, c’est que les administrations publiques et les responsables politiques sont beaucoup plus en retard que les directions d’entreprise. La raison en est simple. Le temps politique est beaucoup plus court. Un homme politique travaille à sa réélection pour des mandats de 5 ans. Le chef d‘entreprise travaille, lui, à beaucoup plus long terme sur des périodes supérieures à 10 ou 15 ans.