Union européenne : une demande énorme de protection dans une campagne désastreuse et des offres politiques éclatées, dérisoires et mensongères.

A la veille du scrutin, on s’aperçoit que, de toutes les composantes de l’Europe, c’est l’euro qui a échappé aux critiques les plus violentes. Mais il ne ressort pas plus solide pour autant... La demande populaire de protection est telle qu‘elle fragilise la construction européenne.

 

La campagne pour les élections européennes n’a pas produit de débats pédagogiques qui permettraient de reconstruire les fondations de l’Union européenne pour la rendre plus performante, plus efficace, c’est à dire plus désirable par les Européens.

En France, cette campagne a même été désastreuse pour les partis politiques traditionnels qui n’ont pas échappé à l’éclatement au point d’apparaître inaudibles, invisibles sauf dans la partie la plus démagogique de leurs offres respectives.

Globalement, il ressort de cette campagne un besoin pressant de protection. Les différents courants politiques ont donc concentré leur offre en croyant répondre à ce besoin. Il fallait l’écouter, ce besoin, parce que l’inquiétude est légitime mais les offres formulées sont souvent dérisoires, et surtout illusoires.

 

La première des protections demandées par la majorité des Européens (et notamment des pays du Sud) porte sur une demande de barrière douanières, avec des restrictions importantes à l’importation de produits et services extérieurs. L’objectif est bien sûr de protéger les capacités industrielles nationales et européennes, donc l’emploi. Cela dit, ça n‘est pas en élevant des murs qu’on se protègera, c’est en étant compétitif dans un contexte de concurrence loyale et transparente ce qui n’est pas le cas.

On ne peut pas vivre enfermé, d’abord, parce que nous avons besoin d’exporter nos productions, nous avons besoin d’importer des  produits à bas prix que nous ne savons plus travailler, mais nous avons aussi besoin des échanges internationaux parce que les chaines de production sont très éclatées. Un produit 100 % français ou 100% allemand n’existe pas.

Le problème est compliqué parce que la demande de protection porte également sur les échanges intra-européens où les interconnections sont encore plus nombreuses et encouragées parce que nécessaires.

Aucun candidat n’a proposé de plan sérieux et cohérent pour réguler ce phénomène.

 

Il existe une demande de protection contre les flux migratoires, dont une demande de contrôle strict à la frontière extérieure de l'Union européenne et pour certains candidats, une régulation à l'intérieur de l’union. Le contrôle renforcé aux frontières extérieures est évidemment inévitable. Mais la limitation de la libre circulation à l’intérieur de l’Union va à l’inverse des valeurs fondatrices de l’Union européenne. Les partis politiques et les candidats n’ont pas été très clairs sur cette question. Parce qu’ils n’ont pas de solutions où peuvent se marier la responsabilité et la morale.  

 

La demande de protection de l’environnement et de lutte contre le réchauffement est très forte dans tous les pays européens. C’est une demande d’écologie qui a été récupérée par tous les candidats et c’est normal et évident. Sauf qu’aucun candidat n’a osé dire la vérité. Le problème de la pollution ne se pose pas en Europe. Les trois plus gros pollueurs de la planète sont dans l’ordre, les Etats-Unis, la Chine et l’Inde.

La lutte pour le climat progressera quand les Etats-Unis changeront de modèle de production et quand on aura apporté aux pays émergents les moyens pour qu’ils produisent ce dont ils ont besoin dans des conditions plus propres. Mais la situation actuelle est formidable. L’Occident a délocalisé beaucoup de ses activités les plus polluantes. Comment demander à la Chine et à l’Inde de stopper leur croissance pour freiner l’émission de CO2 ? Aucun candidat ne nous a donné de réponse. Au contraire, tous ont continué à culpabiliser les Européens par une fiscalité punitive. Quant aux entreprises, elles étaient accusées de « faire du fric »  en polluant la planète. Classique.

La réalité devrait obliger les Occidentaux, et particulièrement les Européens,  à lutter contre le réchauffement par leur comportement personnel, mais la réalité devrait aussi obliger les Européens à convaincre les pays émergents de produire autrement. La première source d’énergie en Chine et en Inde est encore le pétrole et le charbon. Voudraient-ils arrêter qu’ils ne le pourraient pas ou alors il leur faudrait sacrifier leur croissance.

 

La demande de protection sociale est réelle certes, mais difficile à satisfaire. Les candidats aux européennes sont très flous et sont prompts à permettre que l’Europe doit changer. C’est complètement illusoire, d’abord parce que globalement l’Europe possède déjà le modèle social le plus généreux du monde  et par ailleurs, les dispositifs sociaux sont véritablement du ressort des Etats. Personne, sur le marché politique de ces derniers mois, n’a proposé un autre modèle social qui serait plus efficace, moins couteux et eurocompatible. Personne.

 

La demande de protection monétaire est finalement la mieux satisfaite. Dans le concert de critiques qui ont été déversées sur les institutions ou les pratiques européennes, la monnaie unique a été épargnée par les Européens. Aucun peuple appartenant à la zone euro ne veut abandonner l’euro. Quant aux membres de l’union monétaire qui sont exclus de l’euro, ils ne souhaitent qu‘une chose : adhérer à cette monnaie.

L’euro est très protégé par les peuples de la zone euro parce que les peuples ont acquis la conviction que l’euro les protégeait.

Quand les peuples veulent une Europe puissante, ils retiennent que l’euro est devenu la deuxième monnaie du monde, c’est un marqueur de puissance. Quand les peuples demandent des protections contre les aléas de l’économie, ils se tournent vers l’euro qui leur garantit la stabilité du pouvoir d’achat et les met à l’abri des dévaluations sauvages et des spéculations. Signe de protection monétaire, les taux d’intérêt sont très bas, partout en Europe. Ce que personne ne critique ou ne combat.

Quand les Européens, enfin, réclament une Europe plus solidaire et plus unie, ils savent aussi que l’appartenance à l’euro oblige les partenaires à être solidaires. L’appartenance à l’euro  interdit aux  pays membres de faire cavalier seul au détriment des autres. Aucun pays ne veut sortir de l’euro, aucun leader, pas même le Rassemblement national avec Marine Le Pen, ne veut sortir de l’euro ou de l‘Europe. Aucun sauf Florian Philippot, dissident du Front national. La Grèce voulait sortir de l’euro, elle y a renoncé. En Italie, Salvini voulait sortir de l’euro. Il y a renoncé une fois arrivé au pouvoir. Aucun de ses projets ou de réforme n’était finançable en dehors de l’euro. Ajoutons que pour tous les peuples, la seule administration européenne dont il apprécie l’efficacité et le professionnalisme est la BCE, la Banque centrale européenne.

L’euro est donc le grand gagnant de la campagne pour cette élection européenne. Alors, quand Bruno Le Maire prévient que l’euro n’a jamais été aussi menacé, il faut bien reconnaître qu’il s’est exprimé assez rapidement. Sauf qu’en étant la seule réussite reconnue par les opinions publiques, l’euro est l’objet de toutes les menaces liées à un disfonctionnement de l’Europe.

L’euro est un facteur de puissance, de solidarité et de sécurité. Ca n’est pas un pare-feu. Il ne provoquera pas la crise, mais en cas de crise, liée à une mauvaise coordination économique ou un surendettement de banque, un accident systémique, l’euro est en première ligne. D’où la menace dont parle le ministre français