Unedic, assurance santé, retraites : le modèle social s’invite dans la campagne électorale, mais le paritarisme fait de la résistance

Alerte rouge sur le système d'assurance chômage, les syndicats se penchent sur l’avenir de l’Unedic. En réalité c’est le principe même du paritarisme qui est en jeu...

La grand’messe qui réunit les syndicats au siège du Medef pour trouver des solutions au financement du système d’allocation chômage a très peu de chance de déboucher sur des réformes pérennes. Au mieux, on  va une fois de plus bricoler un aménagement des paramètres qui ne bousculera pas les rapports de pouvoir internes et qui permettra de gagner du temps et d’attendre la prochaine présidentielle.

Le problème est désormais politique. L’Unedic est sans doute le dossier du modèle social le plus fragile, et le plus urgent à régler avec plus de 30 milliards de dettes, mais faut admettre que l’ensemble des organismes sociaux sont en mauvais état. Outre l’assurance chômage, il faudra aussi se pencher sur l’assurance maladie, puis la retraite.

Les enjeux sont considérables.

D’abord parce que les besoins de financement sont eux mêmes considérables. Le budget social aujourd’hui dépasse le budget de l’Etat.

Ensuite l’équilibre du système est directement impacté par la situation conjoncturelle (pas de croissance, c’est moins de recettes et plus de dépenses), impacté également par les mutations structurelles (la montée en puissance des activités individuelles, le digital, la mondialisation des activités, et la démographie qui allonge l’espérance de vie, les progrès scientifiques qui aggravent le coût de la santé et c’est heureux).

Enfin, la gestion paritaire du système hérité de l’immédiat après guerre a sclérosé la gouvernance dans la mesure où les syndicats sont plus préoccupés par leur propre survie que par l’équilibre global. 

Le résultat est que les systèmes se retournent vers l’Etat à chaque fois qu’ils sont en difficulté. Et c’est logique, le modèle social est évidemment une composante importante de la politique économique et de la compétitivité du système de production. Un modèle social trop cher, c’est l’assurance d’une compétitivité trop faible, donc peu de croissance, et peu d’emplois.

Tout est lié.

La majorité des experts sont d’accord sur la nécessite de refonder l‘organisation et le financement du modèle social français pour le préserver. Sur les retraites, c’est compliqué mais on sait qu’il faudra adapter l’âge de départ à la retraite et le niveau des retraites à l‘évolution de l‘espérance de vie. L’essentiel du débat sera aussi d’adapter les conditions de retraite à la nature du travail pendant la vie active.

Sur l’assurance maladie, le rééquilibrage est compliqué à mettre en œuvre parce que ça touche à la répartition de la contribution financière entre le salarié, son employeur et l’Etat. Ça touche au partage entre ce qui relève de la logique assurancielle ou de la logique de solidarité. C’est compliqué aussi parce que ça nécessite un changement dans la gestion des établissements de santé. C’est compliqué parce que ça touche à des intérêts corporatistes. Mais c’est gérable.

Le rééquilibrage de l’Unedic est beaucoup plus difficile a retrouvé parce que les mutations structurelles ont été violentes. Le temps n'est plus où la majorité de la population active était sous statut de salarié longue durée, le temps n’est plus où la croissance était garantie sur le long terme. 

La mobilité géographique, la flexibilité technique et professionnelle, le ralentissement de la croissance moyenne (aux alentours de 1,5 % maximum), l’arrivée massive des travailleurs indépendants…Tous ces changements ont bouleversé le fonctionnement du système de l’assurance chômage.

Actuellement, cette assurance chômage est financée par une cotisation (une part payée par le salarié, une part payée par l’entreprise) mais il est évident que cette ressource assise sur le salaire ne peut plus répondre au besoin d’un chômage de masse.

Alors comme d’habitude, on s’arrangera (assez mal) pour changer les paramètres, c’est à dire qu on augmentera légèrement les cotisations. Légèrement parce qu’il ne faut pas mordre sur le pouvoir d’achat, ni accroître le coût du travail. On fera appel à l’Etat pour trouver une solution à tous ceux qui ne travaillent pas sous statut de salariés. 

En réalité, on ne fera rien de déterminant. Le patronat ne peut pas accepter une augmentation du coût du travail. Les syndicats veulent finalement protéger le statut quo qui leur garantit un pouvoir et des frais de fonctionnement conséquents.

Le plus inquiétant dans cette affaire, c’est que les candidats à la présidentielle ne sont pas très courageux pour ouvrir de telles boites de Pandore.

Les mouvements extrémistes, Jean Luc Mélenchon, et Marine Le Pen sont sur des schémas très conservateurs. Ils sont sur le mode "l’Etat paiera", donc l‘impôt, sans le dire, et sans mesurer quel sera l’impact d’une augmentation de la dépense sociale sur l’économie.

Benoît Hamon s’est mis dans une logique très généreuse et angélique avec son revenu universel mais dont le fonctionnement est tellement flou que personne ne peut le prendre au sérieux. L‘avenir désirable risque d’engendrer beaucoup de frustration et de déception.

Les seuls, dans leur programme ou leurs discours, à prendre la mesure de l’ampleur de la réforme sont François Fillon et Emmanuel Macron.

Chacun de son côté sait et explique que le système ne peut pas tenir très longtemps. La gouvernance est archaïque, et son fonctionnement très inégalitaire. Chacun de son côté sait que toute réforme touche au pouvoir des appareils syndicaux et espère pouvoir les bouger.

Ceci dit, on bute très vite sur la méthode.

François Fillon en a fait les frais au lendemain de la primaire puisqu‘il a été accusé de vouloir casser le modèle social... ce qui l’a conduit à amender son projet de réforme de la sécurité sociale pour ne pas se retrouver devant un mur d’hostilité.

Quant à Emmanuel Macron, il a prévu de proposer une nationalisation de l’Unedic, façon assez expéditive de reprendre la main sur la gestion et d’inventer une nouvelle gouvernance. Personne n‘est dupe. Il s’agit là encore d’écarter le pouvoir des syndicats qui sclérosent le fonctionnement. Mais là encore, le dossier est tellement brûlant qu’Emmanuel Macron n’a toujours pas apporté de précisions à son projet. Et pour cause, il est assez coincé. S‘il réforme, il se range à droite et perd les voix de gauche. S’il ne réforme pas, il se catalogue à gauche et ne récupère pas les voix de droite.

Le problème de François Fillon est de redevenir audible sur une réforme du modèle social. Ça n'est pas gagné. 

Le problème d’Emmanuel Macron est de proposer la réforme sans être clivant. Là non plus, ça n'est pas gagné…