Un an après les gilets jaunes, Paris est devenue la ville la plus attractive pour les investisseurs étrangers et Anne Hidalgo n’y est pour rien.

C’est la première fois dans l’histoire, selon le CBRE, le plus important cabinet de conseil en immobilier du monde. Paris est devenue, au 3e trimestre de cette année, la ville la plus attractive devant Londres, New-York  et Singapour. Un an juste après les gilets jaunes. Mais Anne Hidalgo pourra difficilement porter ce bilan à son crédit... Explications. 

De deux choses l’une, ou bien les investisseurs étrangers sont tombés sur la tête, ou bien les analystes français de l‘écosystème sont devenus myopes au point de ne pas voir la réalité.  Les investisseurs étrangers se ruent sur Paris alors que la situation française reste très incertaine et que la politique de la ville gérée par Anne Hidalgo accumule les critiques. Les plans de circulation aboutissent à paralyser les abords de Paris et à asphyxier le centre. Quant à la politique du logement qui restreint l’offre d’habitations, elle interdit aux classes moyennes et aux candidats l’accession à la propriété dans Paris.

Et pourtant, les faits et les chiffres d’abord sont têtus. Pour le cabinet CBRE, qui est la référence mondiale pour tous les gros investisseurs en immobilier, Paris a détrôné Londres dans le classement des villes mondiales les plus attractives... C’est très simple, le Top 5 mondial des villes les plus attractives est désormais :

1 Paris

2 Londres

3 New-York

4 Shanghai

5 Singapour  

 

C’est la première fois dans l’histoire... Napoléon III en rêvait et quand il est arrivé au pouvoir à l’Elysée, il s’était juré, en plein cœur de la révolution industrielle, de rattraper les 20 ans de retard que la France avait sur la Grande Bretagne. Rattraper le retard que Paris avait sur Londres qui, à l’époque, attirait tous les regards et toutes les ambitions.

Pour les investisseurs immobiliers, Paris est désormais au centre du monde. Ce retournement s’est effectué au 3e trimestre  puisque les capitaux injectés sur Paris ont augmenté de 44% par rapport à la même période que l’an passé, et sur l’année 2018, le volume des investissements s’est accru de 18%.

Les investissements portent sur les bureaux à Paris qui sont devenus les super stars  mais aussi sur le résidentiel (appartement de standing), les actifs utilisés dans le logiciel (magasins de stockages).  Et l‘hôtellerie.

Tout cela est très cohérent. Les investisseurs viennent plus pour le business que pour le tourisme. Donc bureaux, entrepôts, commerce et résidentiel ou hôtels. On vient pour travailler mais comme il faut aussi se loger, on achète des appartements ou on construit et on rénove des hôtels.

Sur ce créneau très spécifique,  on disait la profession démoralisée par les gilets jaunes, et  la concurrence forcément déloyale d’Airbnb. En fait, il n’en est rien. Le nombre d’hôtels n’a  cessé de grandir : il y a aujourd’hui 1676 hôtels en construction dans Paris.  Selon KPMG Consulting, il n’y a pas un arrondissement parisien sans chantier de construction d’un nouvel hôtel. Les investisseurs hôteliers, propriétaires des murs et des fonds de commerces, ont donc eux aussi  garder confiance dans le potentiel de Paris.

 

Cela dit, le gros de l’investissement immobilier vient des fonds de placement étrangers. Les plus nombreux sont les asiatiques et notamment les sud-coréens qui viennent de prendre position à la Défense en achetant deux tours (Majunga et Aqho), à Paris avec les immeubles Lumières et Neuilly (Tour Crystal). Total, plus de 4 milliards.

Derrière les investisseurs de Corée du Sud, on a ceux de Singapour et du Japon, qui signent  actuellement leur grand retour.

Tous ces poids lourds de l’investissement ne juraient  encore l'année dernière que par Londres, et accessoirement par les grandes villes allemandes. Quelle revanche !

 

Ce qui est étonnant dans cette situation, c’est le succès de la France et plus particulièrement de Paris. Vu de la Tour Eiffel, à lire la presse et les observateurs français, on ne mesure pas cette attractivité.

D’abord, la politique de la ville a provoqué de gros mécontentements et la circulation est devenue très difficile en voiture.

Ensuite, la gouvernance politique d’Emmanuel Macron, qui avait surpris tout le monde au départ par sa modernité, a perdu beaucoup de son aura auprès de l’opinion publique maintenant qu’on est rentré dans le dur des réformes.

Enfin, le pays a quand même été bouleversé par la violence du mouvement des Gilets jaunes, qui avait abimé l’image de la ville lumière et qui pour beaucoup d’analystes, marquait surtout une profonde fracture dans le pays.

Quant à la situation économique et sociale, elle reste très fragile, très vulnérable, faible croissance, un chômage de masse et un équilibre des dépenses publiques et sociales très risqué. Une gestion de la démographie qui n’est pas très efficace, compte tenu des difficultés que nous avons à gérer les flux migratoires et l’insertion des étrangers.

 

En fait, les investisseurs ne regardent pas la France avec les mêmes lunettes. D’une façon très rationnelle, ils pensent (et sans doute ont-ils raison), que le pays a encore et toujours beaucoup de potentiel pour créer de la richesse... Ils mettent certes, en avant, la place de la France en Europe, la qualité de ses infrastructures de communication, la diversité de sa géographie et de ses climats, son modèle social et son système éducatif.

En vérité, tous les poids lourds de l’investissement juraient encore l'année dernière par Londres et accessoirement par les grandes villes allemandes.  Les spécialistes de l’investissement notent que les montants engagés ont également augmenté en Italie, en Irlande et en Suède.

Les arbitrages sur l’Europe en faveur de Paris sont très faciles à comprendre. Les capitaux se posent à Paris, puis accessoirement en Italie et en Suède, mais parce qu’ils évitent Londres, à cause du Brexit qui tourne à l’inextricable et au fiasco pour les 20 ans à venir... Fait plus étonnant : ils détrônent aussi de l’Allemagne qu’ils jugent trop cher avec une économie en panne.

En bref, si les Français se désolent très facilement en se regardant, les étrangers, eux, se consolent en nous comparant aux autres.