Entre Trump et Wall Street, rien ne va plus: et si les milieux financiers lâchaient le président américain ?

La météo boursière s‘est un peu assombrie sur le front américain.  Wall Street se méfie désormais de Donald Trump qui a fait trop de promesses et qui ne réussit pas à les tenir. Sa politique pourrait bien commencer à les effrayer.

 

Le président américain est en train de changer les hommes  pour essayer de tenir ses promesses de campagne mais le monde financier commence à douter de sa capacité à maintenir son cap. L’état de grâce boursier a marqué un coup d’arrêt la semaine dernière, malgré la très bonne forme et la hausse de 25% affichée depuis un an.   En cause, une remontée de l’incertitude monétaire, ajoutée au flou artistique de la politique fiscale et budgétaire. Sans parler du manque de visibilité quant à la régulation du système bancaire. Le projet de Trump de détricoter les procédures de contrôle qui avaient été mise en place par Barack Obama au lendemain de la crise avait été plutôt bien accueilli, même du côté des régulateurs qui s’entendent à vouloir quelques ajustements, mais la mise en place de cette dérégulation paraît compliquée et porteuse de nouveaux risques.

 

D’abord, à la Réserve fédérale, le président américain a provoqué une valse des gouverneurs et des personnels.

Donald Trump nomme donc à tour de bras des hommes –pas de femmes pour l’instant – qui lui sont favorables. A la Commission chargée de la supervision, c’est Randal Quarles qui a été nommé, un proche de Trump qui n’a certes jamais caché sa conviction d’opérer des « réajustements dans les mesures réglementaires prises depuis la crise financière ». Ceci dit, les projets paraissent encore flous et assez peu rigoureux. M. Quarles aura pour responsabilité les fameux « stress-tests » appliqués aux banques pour juger de leur résistance. Il pourrait choisir de les rendre moins sévères et surtout plus transparents, donc plus faciles à contourner. Les banquiers de Wall Street aiment beaucoup la liberté d’agir mais pas au point d’abandonner tous les filets de sécurité contre les risques.

Parmi les autres sièges à renouveler au sein du Conseil des gouverneurs, trois sur sept sont encore vacants et donc à la discrétion prochaine du président américain. Celui de Janet Yellen, dont le mandat touche à sa fin début 2018, a été pourvu par Jerome Powell. Ce choix doit encore être confirmé par le Sénat le 28 novembre. Nommé par Trump,  Jerome Powell était déjà au Conseil des gouverneurs, par Barack Obama. Il a l’image de quelqu’un de centriste, même s’il suivra vraisemblablement la politique monétaire « trumpienne » selon les termes de l’économiste Jean-Paul Betbèze. « Il veut que la Fed l’aide à avancer vers 3 ou 3,5% de croissance, escortant les baisses d’impôts qu’il prévoit pour les ménages et les entreprises, quitte à prendre plus de risques bancaires et financiers et à réveiller l’inflation avec des taux très bas ! ». Des taux bas donc, qui augmenteraient à un rythme moins rapide qu’avec Mme Yellen, c’est le souhait de Donald Trump pour accompagner sa politique de croissance.

 

Autre cheval de bataille du président : la dérégulation du secteur financier. Alléger les contraintes qui touchent les institutions financières, afin de ne pas « entraver le crédit et la croissance ». Ce projet est pour l’instant encore très flou, et beaucoup le considèrent  comme protectionniste puisque les banques étrangères ne pourront pas bénéficier du relâchement des normes au même titre que les banques US.

Mais le signal de relâchement sur la discipline des banques est fort. L’année dernière, Jay Clayton, ancien avocat des banques, avait été nommé à la tête de la SEC, l’AMF américaine, le gendarme de la bourse. Le résultat, c’est qu’après cette première année, les sanctions infligées par la SEC n’ont jamais été aussi basses depuis 2013.,« Les mesures disciplinaires comme les amendes aux grandes sociétés nuisent aussi aux actionnaires, pas seulement aux responsables » se défend l’intéressé.

Enfin, la loi Dodd-Frank Act pourrait largement être entravée avec la menace de la suppression d’un organe – le CFPB – destiné à la protection des consommateurs à l’encontre de leurs relations avec les banques.

 

Alors qu’anticipent les marchés américains ? Pourquoi craignent-ils ce climat qui, à première vue, pourrait leur sembler favorable ?

 

La première chose est que,  la politique monétaire actuelle ne peut que favoriser une remontée des les taux longs.

Rappelons que la banque centrale américaine est indépendante certes mais le gouverneur n’a pas les mains sur tous les mécanismes de marché. Le Conseil des gouverneurs décide des taux courts, mais pas de la tendance des taux longs. La FED, qui a mis fin à son Quantitative Easing en 2014, a commencé à dégraisser la taille de son bilan. C’est à dire à réduire le nombre d’actifs en portefeuilles en se débarrassant de titre de dettes qu’elle avait achetés avant 2014 pour apporter de la liquidité. Quand ceux-ci arrivent à maturité, ils ne sont pas remplacés par l’achat de nouveaux titres et sont purement et simplement supprimés du système, venant extraire de la valeur, et donc de la monnaie, de l’économie. Selon les experts, cette manœuvre aura nécessairement pour impact une baisse de liquidité et donc une hausse des taux – longs cette fois. Hausse qui pourrait faire grogner le président américain mais qui aurait au moins le mérite de revigorer la rentabilité des banques américaines.

 

La deuxième chose, si les banquiers louent une « approche de l’industrie plus amicale », avec des professionnels nommés issus des marchés et non parmi le monde académique, les marchés financiers pourraient néanmoins pâtir de ces changements.

En cause, justement, la composition de ce nouveau Conseil des gouverneurs de la Fed, qui ne comporterait plus de membre ayant vécu la crise financière et l’augmentation de la taille du bilan de la banque centrale. Si Donald Trump s’évertue à nommer des hommes plus radicaux, et surtout novices sur le front de la politique monétaire, il n’est pas sûr que les marchés le suivent encore longtemps. Selon les analystes, « La question est de savoir comment Powell régira aux pressions si l’inflation finit par remonter et qu’il faudra que la Fed corrige sa politique ».  A nouveau comité monétaire, nouvelles incertitudes, précisément ce que les marchés n’aiment pas.

Il faudrait donc s’attendre, outre-Atlantique, à une poursuite de la correction des marchés.