Theresa May fait machine arrière et propose de négocier avec Bruxelles un Brexit tellement mou qu’elle a mis KO les ministres eurosceptiques.

La négociation du Brexit ressemble à la chronique d’un repli en rase campagne. Dernier épisode en date, le départ du gouvernement du ministre des Affaires Etrangères, le controversé Boris Johnson, après celui du ministre chargé du Brexit David Davis. 

 

Les deux derniers ministres du gouvernement qui défendaient le projet d’un Brexit dur et fort ont du surestimer leur influence, parce qu’en une semaine Theresa May a réussi à les mettre à l’écart du processus de négociation avec l’accord des autres ministres conservateurs et le soutien du parti qui s’aligne globalement sur le nouveau projet de Theresa May, pour engager un début de négociations, si toutefois Bruxelles accepte de lire cette nouvelle formule. 

 

Pour les eurosceptiques du parti conservateur, ceux qui avaient défendu le referendum et obtenu un vote majoritaire il y a deux ans, le projet est inadmissible. 

Boris Johnson, le Secrétaire au Foreign Office, l'avait déjà dit la semaine dernière à un groupe d’ambassadeurs étrangers et d’industriels : "Fuck business ». Ce qui voulait dire un peu violemment que le gouvernement britannique n‘avait pas à se préoccuper du climat économique mais simplement de l'ambition politique. La cohérence entre les projets n'était visiblement pas son problème. 

Le comportement de Boris Johnson a été très mal perçu dans les milieux d’affaires et même par les membres du parti conservateur. Les uns comme les autres considèrent qu’un parti politique n'a pas à faire prendre de risques économiques et financiers au pays pour satisfaire des ambitions politiques dont on est incapable de mesurer les conséquences. 

Or, les économistes britanniques ont fait dire à Theresa May que le pays courait de sérieux risques de perdre une partie de ses activités en cas de Brexit dur. Quant aux chefs d’entreprise, ils ont multiplié les annonces de projets qui délocalisent vers le continent beaucoup d’activités industrielles, à commencer par celles d’Airbus et de BMW. Ne parlons pas des banques qui ont toutes ou presque préparé des plan B. 

 

Bref, Theresa May a compris que la Grande Bretagne allait entrer dans une zone de turbulences dont le peuple britannique ferait les frais. Du moins, c’est ce que les députés conservateurs ont rapporté en soulignant l’inquiétude de leurs électeurs.

Du coup, la Première Ministre a convoqué le week end dernier, son gouvernement pour lui soumettre un projet de compromis pour négocier un Brexit qui pourrait être indolore aux anglais les plus fragiles. 

C’est après l'analyse de ce projet que David Davis, le chef de file des anti-européens chargé de négocier avec Bruxelles, a démissionné. Il faut dire qu’il était de plus en plus mal à l’aise avec son job. Il n’allait plus à Bruxelles, il se terrait dans son bureau. Il a donc décidé de jeter l’éponge. Boris Johnson lui a emboité le pas hier en fin de journée.

 

Le projet de Theresa May est très simple. Elle propose désormais une formule qui maintient la libre circulation des biens et des services. Son projet prévoit donc de créer une vaste zone de libre échange et un modèle douanier qui sera nouveau, mais qui reprendra l’essentiel du précèdent. La Grande Bretagne demande à reprendre les règlementations communautaires… Pour le bien de l’intérêt public. 

Et c’est qu’elle a expliqué aux députés conservateurs aujourd’hui, c’était que la Grande Bretagne se réservait le droit de refuser ou d’accepter telle ou telle règlementation. Elle met fin à la libre circulation des hommes, la question de la frontière en Irlande entre le Nord et le Sud n’est donc pas réglée. 

 

Theresa May a dit ce lundi que son projet annonçait un « bon Brexit » parce qu’il allait dans le sens de l’intérêt général puisqu‘il ne va pas bousculer la conjoncture, ni casser la confiance des milieux d’affaires. Et que pour elle, c’était l’essentiel. 

Alors sur le terrain politique, ce qui aurait pu être interprété comme un camouflet puisque ce projet ne correspond pas à quoi les anglais ont voté, est jugé par le groupe des conservateurs au Parlement comme assez habile puisqu’elle s’est débarrassée des eurosceptiques. 

 

Maintenant, son parcours du combattant n’est pas terminé. Il lui faut présenter son document à Bruxelles et à Bruxelles, elle n’est pas assurée d'être accueillie à bras ouverts. 

Dans l'entourage de Michel Barnier, le commissaire chargé de gérer le dossier, pas question d’accepter un compromis même très mou. Pour Bruxelles, on n’est « soit in, soit out." Et l‘Angleterre propose de signer un accord à la carte. 

Par conséquent, Bruxelles va refuser le compromis, sauf que Bruxelles va tout faire pour obtenir encore quelques concessions et adopter avec la Grande Bretagne, un accord qui ressemblera comme un frère à celui que l'Union européenne a signé avec la Norvège. La Norvège est dans l’Union européenne mais garde une liberté de sortir un pied à l’extérieur, ce qu‘elle ne fait pas car ce n’est pas dans son intérêt. Sinon, la Norvège respecte la libre circulation des biens et des services, elle paie aussi ses charges de copropriété, et la majorité des Norvégiens approuve la charte familiale. 

A noter que les industriels, de leur côté, font pression sur Bruxelles pour que Bruxelles cède le moins de compromis possible. Libre échange oui, Union européenne oui, mais pas de règlementations qui pourraient être à géométrie variable selon la météo ou les intérêts de lobbies. La stabilité avant tout.