« The Times », propriété de Rupert Murdoch, dénonce les milliardaires britanniques qui ont voté pour le Brexit et qui fuient maintenant vers les paradis fiscaux

The Times a enquêté sur le flux important de milliardaires anglais qui quittent Londres.

Beaucoup de milliardaires britanniques avaient cru aux avantages du Brexit. Mais à quelques semaines de la date officielle, ils baissent les bras et lâchent Londres, reconnaissant préparer leur expatriation.

C‘est Sir Jim Ratcliffe, le président fondateur du groupe chimique Ineos, qui a déclenché la tempête en reconnaissant qu’il avait choisi de partir à Monaco.

La nouvelle est mal passée dans l’opinion publique, y compris dans les milieux d’affaires de Londres. Jim Ratcliffe est non seulement l’un des hommes les plus riches du Royaume-Uni, décoré par la Reine d’Angleterre elle-même il y a six mois, mais c’est surtout l'un de ceux qui a défendu dès le départ le projet de Brexit et a encouragé ses compatriotes à voter lors du référendum. Interrogé par la presse britannique, il aurait reconnu qu‘il allait économiser 4 milliards de livres, soit 4,5 milliards d'euros d'impôts, et que surtout, il considérait que la visibilité du Brexit lui paraissait très incertaine.

Le grand quotidien londonien « The Times » a donc enquêté sur la façon dont allaient vivre la plupart des milliardaires anglais qui avaient fait campagne pour le Brexit. Le journal vient de révéler que plus de 28 milliardaires, sur les 93 étudiés, ont choisi ou se préparent à l'exil fiscal. Ces milliardaires font partie des 6.800 Britanniques qui dirigent et contrôlent 12.000 entreprises britanniques depuis des pays à plus faible taux d'imposition comme Jersey, Monaco, Luxembourg, l'Irlande ou les Bahamas.

A l’image de Lord Ashcroft qui réside au Belize en Amérique centrale et qui a reconnu avoir soutenu par un don de 500 000 livres des partisans du Brexit, beaucoup d’expatriés sont des donateurs notoires. Depuis 2009, les dons en provenance de Britanniques résidents à l’étranger auraient dépassé les 5 millions de livres.

La presse britannique s’étonne d’ailleurs que la loi qui interdisait à un non-résident de financer un parti politique n‘ait jamais été promulguée, ce qui a permis de financer en partie la campagne pro-Brexit.

Rupert Murdoch, le magnat australien, lui-même à la tête d’une fortune estimée à 20 milliards de dollars a donc publié une première liste de ces milliardaires « exilés » mais Brexiter convaincu de la première heure.

Simon Nixon, le fondateur de Moneysupermarket.com, est l’un des plus connus à s’être domicilié à Jersey. D’autres ont choisi de partir au Portugal, en Suisse ou aux Bahamas.

 

Ce qui fait scandale aujourd’hui pour les Anglais n’est pas d’apprendre que les grandes fortunes britanniques puissent s’exiler à l’étranger dans des pays à la fiscalité plus douce. Après tout, l’optimisation fiscale n’est pas contraire à la loi. Elle est d’ailleurs pratiquée et enseignée dans beaucoup de bureaux londoniens. La City a toujours eu cette compétence reconnue mondialement.

Ce qui fait scandale, c’est que la plupart des expatriés depuis deux ans sont aussi ceux qui ont fait campagne pour le Brexit.

A cote du lâchage des hommes d’affaires, la presse britannique (le Guardian) a révélé que Lord Nigel Lawson, député conservateur, ancien ministre (chargé du Trésor) mais surtout ancien leader des Pro-Brexit et du mouvement Leave, avait demandé à la France le permis de résidence dans l’Hexagone. Ce permis devrait lui permettre de garantir ses droits sociaux en France. Nigel Lawson a donc fait le choix d’établir sa résidence principale dans le Gers où il possède un magnifique manoir.

Cette décision est d’autant plus choquante que depuis dix ans, Lord Lawson se battait au parlement britannique contre l’expatriation de ses concitoyens.

Cela dit, Lord Lawson ne fait là que suivre les autres leaders du Brexit comme Boris Johnson ou Nigel Farage, ancien ministre et leader du parti europhobe, qui ont eux aussi abandonné le navire après avoir soutenu de toute leur force le projet lors de la campagne pour le referendum.

A trois semaines du passage au Brexit qui s’annonce très compliqué, la presse de Murdock entre donc dans le débat et pose les questions qui marquent le désarroi et l’inquiétude de l'opinion publique.

Un : les leaders du Brexit ont-ils menti sciemment, et pourquoi ?

Deux : étaient-ils manipulés, et par qui ?

Trois : pourquoi n‘ont-ils rien préparé pour gérer la phase de transition et quelles seront les responsabilités qui leur seront retenues dans les difficultés rencontrées après le 29 mars ?

 

Ces questions touchent au fonctionnement même de la démocratie britannique qui a toujours été considérée comme un modèle d’intégrité, d’éthique et d’efficacité.

Ce sont ces questions que l’on retrouve au cœur de la série télévisée qui sort actuellement en Europe : « Brexit : the uncivil war » et qui relate les coulisses de la campagne politique menée en 2016, en Grande-Bretagne, par Dominic Cummings au sein de l'organisation "Vote Leave", qui visait à convaincre le peuple britannique de la nécessité, pour le pays, de quitter l'Union européenne. Tout le monde sait que le "Leave" l'a emporté, mais peu de gens aujourd’hui ont connaissance des machineries politiques qui se sont déroulées en arrière-plan.