Tesla ne brûle peut-être pas d’essence. Mais du cash, oui !

Elon Musk a beau faire comme si tout allait bien, on commence sérieusement à s'inquiéter de la voracité de son entreprise Tesla. Entreprise qui pour l'instant a fait beaucoup parler d'elle mais n'a pas montré grand chose.

 

Atlantico : Le journal Bloomberg dans un article sur Tesla a exposé la situation financière de l'entreprise et, selon leurs estimations, la firme devrait arriver à court d'argent d'ici à la fin de l'année si rien n'est fait. A quel point y'a-t-il une différence entre l'image publique renvoyée par Tesla de sa bonne santé financière et ce qu'il se passe en coulisse en matière de gestion de l'entreprise ?

Aude Kersulec : Tesla n’est toujours pas rentable et dans le secteur automobile, aussi innovante soit l’entreprise, ses voitures et ses moteurs, elle fait toujours figure d’exception.

Elon Musk a indiqué que le 3ème et 4ème trimestre, il devrait pour la première fois dégager de la rentabilité, mais sa crédibilité est largement entachée. 

Avec une perte trimestrielle de 700 millions de dollars et une trésorerie à 3,2 milliards, et sans nouvelle forme de financement, quand on fait les calculs, c’est un peu l’année de la dernière chance pour Tesla.

A ce rythme-là, Elon Musk est tout prêt de rater la massification de sa production qui lui est essentielle pour la survie de son entreprise.

Plus forte capitalisation boursière du secteur automobile et dernière dans les classements de rentabilité de ces mêmes constructeurs : le paradoxe est trop important pour ne pas être sans risque.

 

Déjà menacée de banqueroute en 2008, Tesla avait été sauvé par de multiples levées de fond, notamment grâce à l'image que s'est forgé son président Elon Musk.  Mais l'entreprise ne créé-t-elle pas là de la dette à long terme et ne risque-t-elle pas d'être submergée par cette dernière ? Quelle est le risque de ces levées de fond perpétuelles ?

 

C’est sur son cœur d’activité que Tesla perd de l’argent, sur la production de voiture et ce, malgré l’essor des commandes. Il est évident que l’image du manager charismatique Elon Musk, qui a déjà tant réussi par le passé dans ses entreprises précédentes, rassurent les investisseurs et les analystes. Il n’est pas sur que Tesla serait encore debout si elle était dirigée par quelqu’un d’autre. 

Le niveau de dette est abyssal, et chaque nouvelle dette est contractée notamment pour payer à la fois les frais financiers et les besoins d’investissements énormes.  Les choix financiers ont jusque là été stratégiques : augmentation de capital ou émission d’obligations convertibles en actions. A partir du moment où l’entreprise fonctionne bien, 

Le constructeur doit justement prochainement régler deux échéances de remboursement de sa dette (230 millions de dollars en novembre 2018 et 920 millions de dollars en mars 2019). Si elle n’y parvient pas, c’est là qu’arriveront les vrais problèmes, on est donc très proches du dénouement.

L’industrie automobile est par nature très endettée, car largement consommatrice d’investissements donc de cash. Ce pourquoi les constructeurs ont besoin de se regrouper pour récupérer des synergies sur les  coûts. La difficulté de Tesla est qu’il est tout seul. Il peut avoir intérêt à s’allier à un autre grand constructeur.

Doit-on autant s'inquiéter pour la firme si l'on prend appui sur l'exemple de Jeff Bezos et d'Amazon ? Les deux hommes et les deux entreprises sont-elles comparables ?

L’automobile est un bien durable alors que par nature, Amazon vend des biens de consommation facilement remplaçable. Sur leur cœur de marché, on ne peut donc pas rapprocher les deux entreprises. Leur seul point commun est d’être dirigée par des vrais businessmen. Des hommes qui voient des opportunités de marché partout – et meme dans l’espace - et qui n’ont pas peur d’innover.