Taux d’intérêt négatifs : les banques hésitent à faire payer l’épargne courante mais pas pour longtemps...

La politique monétaire des taux d’intérêt négatifs n’a pas, jusqu’alors, produit de résultats mais elle a surtout mis les banques en difficulté. 

Les banques européennes, et notamment françaises, ont bien du mal à sortir du piège dans lequel la politique monétaire très accommodante les a plongées. La baisse des taux d’intérêt a évidemment laminé leurs marges commerciales ce qui va rendre leur exploitation très problématique. 

En déversant des masses de liquidités et en abaissant les taux d’intérêt, les banques centrales ont sans doute permis au système financier international d’éviter une catastrophe au moment de la crise des subprimes de 2008. Ces banques centrales, la Réserve fédérale américaine d’abord, suivie plus tard par la BCE, ont développé une politique monétaire accommodante qui avait deux objectifs.

D’une part, éviter les ruptures de liquidités qui auraient bloqué tout le système. Et d’autre part, apporter à l’appareil de production un soutien à l’investissement. 

Le premier objectif a été atteint mais les résultats du second objectif ne sont pas probants. L’économie mondiale s’est redressée certes, mais elle est restée très fragile, avec un endettement global d’autant plus massif que les taux d’intérêt étaient très bas.

Le ralentissement économique se vérifie et porte un risque de récession quand, en plus, les tentations protectionnistes freinent le moteur du commerce mondial. 

Cette mécanique monétaire a eu trois effets. 

D’abord, elle a encouragé les Etats à s’endetter de plus en plus, et les a dispensés de travailler à l’équilibre de leurs finances publiques. Pas très courageux mais politiquement payant du moins à court terme. 

Ensuite, en abaissant les taux d’intérêt, elle a aussi obligé les banques à baisser le taux de rémunération de l‘épargne en dessous de l’inflation. Pour l’épargnant, c’est double peine. 

En toute logique, cette politique monétaire aurait dû encourager les investissements industriels à risque, or, elle a surtout facilité la spéculation financière et boursière et créé une sorte de bulle sur le marché des actions.

En toute logique, cette baisse des taux de rémunération de l’épargne aurait dû décourager les épargnants et les inciter à consommer. Or les choses ne se sont pas passées comme cela. C’est un peu l’inverse qui s’est produit. 

L’épargne liquide et les dépôts, qui ne rapportent plus rien ou alors beaucoup moins que l’inflation, ont augmenté dans les banques. Lesquelles n‘ayant pas en contrepartie les investissements rémunérateurs. La seule solution pour les banques est de mettre cette épargne à l’abri dans des fonds d’Etats solides. La France, l’Allemagne, la Suède, la Belgique, la Suisse, l ‘Australie peuvent financer leur fonctionnement à très bon compte. On les paie pour s’endetter à long terme. Et plus ils s’endettent, plus ils s’enrichissent. Ce qui est quand même paradoxal. Les banquiers eux, qui sont coincés entre les préteurs et les emprunteurs, sont squeezés. 

 

Le banquier est un marchand d’argent. Il achète de l’épargne et fait des crédits en revendant de l’argent. Il gagne sa vie avec la différence de prix si cette différence est positive. Son modèle est de faire des crédits qui vont lui rapporter plus d’argent que ce que lui coute l’épargne. 

Actuellement, c’est l’inverse qui se passe. Les crédits ne lui rapportent rien. Il faut donc trouver des recettes dans les tarifs des services facturés aux clients. 

En 2019, les banquiers avaient gelé leur tarifs, compte tenu de la crise des gilets jaunes. Alors que le mot d’ordre des manifestants portait une revendication de pouvoir d’achat, ils ne pouvaient pas arriver en taxant les comptes courants ou les dépôts. Les banques sont les premiers commerces ciblés par les manifestants les plus violents. 

Tout le monde s’attendait à ce que les banques décident de remonter leur prix de services et même de créer des taxes sur l’épargne liquide ou les dépôts. 

En fait,  sous la pression de la concurrence des banques digitales et sans doute de l’Etat, les banques viennent de renoncer à augmenter pour l’année prochaine, le cout de gestion du simple compte courant. Les frais de base resteront environ à 2 euros par mois. 

Les banques ne devraient pas changer le prix des cartes bancaires, le cout des virements et des chèques. 

Cela dit, les banques devraient se rattraper à la marge et de trois façons , le client va avoir intérêt à regarder ses relevés à la loupe. 

 

Première source d’augmentation, les frais de transferts de comptes ou de produit d’épargne vers une autre banque,  la tenue de compte titres, et toutes les opérations autour du compte chèque comme l’envoi de chéquiers à domicile et l‘émission de chèques de banque, locations de coffre-fort... 

Deuxième source de recettes, les banques vont tout faire pour dissuader leurs clients de venir en agence,tout faire pour les dissuader d’utiliser des chèques et tout faire pour les orienter vers le digital mobile. 

Troisième source, développer des offres plus haut de gamme pour des clients détenteur de comptes courants confortables, quitte à ouvrir la porte plus largement de la banque privée. Les services de la banque privée sont évidemment facturés beaucoup plus chers, ainsi que les moyens de paiement comme les cartes Gold ou Platinium. 

Pour 2020, le client échappera sans doute à l’obligation de payer pour conserver son compte courant. 

Mais tant que les taux d’intérêt sont aussi bas, on voit mal comment la banque pourra faire des exploits en terme de financement. La balle est dans le camp des banquiers centraux dont l’objectif actuel est principalement de permettre aux Etats,  de tenir en équilibre sur leur montagne de dettes.