Le feuilleton de l'été : les héritiers dans tous leurs états

Des Rothschild aux Wertheimer, de Bernard Arnault à Franck Riboud, en passant par la famille Bich (du nom du fondateur de l’empire Bic), les Peugeot, Renault, ce sont les grandes familles industrielles et financières qui ont fait l’économie depuis des décennies, voire des siècles. Beaucoup ont contribué à l’histoire de notre pays. 

 

 

L‘héritage a toujours fait fantasmer ceux qui héritentde peu de biens, mais on oublie bien souvent que l’héritage est multiple. La formule qui consiste àléguer quelques biens à ses descendants ou ses relations existent depuis la nuit des temps. Depuis que la propriété privée s’est installée comme le socle de l’organisation de la société et des rapports économiques. L’héritage fait partie des inégalités de la vie, mais bénéficie d’un certain consensus social.

La conception moderne de l‘héritage est attachéeà la propriété privée. C’est un peu le prolongement de la propriété après la mort.  Le problème en France ce n’est pas l’héritage, c’est la rente.  Si des héritiers ont pu être contestés dans leurs droits, d’autres peuvent donner lieu à des batailles, pas seulement juridiques mais souvent homériques. 

Alors l’héritage dont on parle est le plus souvent lié aux actifs possédés. L’immobilier, les entreprises, les droits d’auteurs. Ils représentent parfois de véritablesfortunes. Il est évident que les grands bâtisseurs comme Bernard Arnault ont mis leurs descendants à l’abri du besoin pour des générations, quoi que fassent les héritiers, qu’ils se comportent en dignesfils de leur père et en businessmen ayant le sens des affaires, ou alors en pires gestionnaires de l’empire légué et rentiers oisifs et luxueux. 

Vu sous cet angle, l‘héritage qui a permis de transmettre un capital est parfois source d’inégalités socialement difficiles à accepter. Et encore.

Lorsque Bill Gates, le fondateur de Microsoft qui est encore aujourd’hui l’un des trois hommes les plus riches du monde, a annoncé sa décision de léguer sa fortune évaluée à 100 milliards de dollars, à une fondation caritative et d’en réserver 1% à ses enfants, cette décision a été formidablement bien accueillie aux USA.

Mais en France, ce jour-là, un grand journaliste français lui demande : « Pourquoi si peu ? Vous êtes sévère avec vos enfants ». Et Bill Gates de lui répondre « Sévère ? Mais qu’ont-ils fait pour mériter autant ? Vous savez combien ça représente 1%... 1 milliard de dollars, à la réflexion, c’est encore beaucoup trop ! ».

Mais l’héritage moderne est parfois lié à des actifs immatériels plus difficiles à évaluer. Un talent particulier, un don naturel, une éducation, une culture, un réseau d’adresses, tout cela est parfois plus important pour l’avenir qu’une cagnotte de départ ou qu’une usine que l’héritier ne saurait moderniser. 

Nous avons ici retenus un panel d’héritiers français.Certains ont hérité d’une entreprise, d’autres ont surtout hérité d’une éthique et d’un système de valeurs qu’ils ont transmises à leur groupe, à l’instar de Franck Riboud.

Mais tous ceux que nous avons retenus n’ont pas dilapidé l’héritage qu’ils ont reçu. Bien au contraire,certains ont pérennisé l’œuvre de leurs ainés, d’autres l’ont complètement transformée, pour la développer et la faire évoluer à l’heure de la modernité.

Alors bien sûr, il aurait également pu être question des quelques héritiers qui n’ont pas été à la hauteur de ce que leur avait légué leur famille. Mais à quoi bon ? Dans la plupart des pays occidentaux développés, les systèmes fiscaux se délectent de ces héritiers qui n‘ont rien mérité. Et l’héritage disparaît. 

Autrefois, un vieux dicton populaire disait qu'il fallait deux générations pour bâtir une fortune et une troisième pour la manger. Aujourd’hui, ça n’est plus vrai. D’abord, parce que beaucoup de fortunes se bâtissent en une vie – on le voit avec certains champions du digital - et encore moins de temps pour qu’elle se perde. Quoi qu’il en soit, les héritages dont nous avons choisi de raconter la saga peuvent encore durer longtemps. 

Les grandes familles au cinéma ... les grandes familles ont rarement été bien traitées au cinéma. Mais tout le monde se souvient de cette immense film ou Jean Gabin incarne un chef de famille comme il y en eu en France au siècle dernier. Ce film a d’ailleurs été voulu par Jean Gabin. Pour des raisons politiques. D’après un roman de Maurice Druon, et réalisé par Denys de la Patelliere, avec des dialogues somptueux de Michel Audiard. Dans cette scène des Grandes familles, c’est l’héritage qui est en cause parce qu’il est certes porteur de richesses mais aussi de gaspillage et de vulgarité . Deux frères s’affrontent, Pierre Brasseur, le fils prodigue et jouisseur , et Jean Gabin le fils héritier et gardien des valeurs. Un pur chef d’œuvre.