Retraites : règle d’or et cagnotte, les deux points du projet de réforme qui vont être insupportables

Bloqué sur des diagnostics anxiogènes, le gouvernement est décidément incapable de montrer les opportunités positives et bénéfiques des réformes 

Le gouvernement voudrait accroitre le niveau d’inquiétude sociale de la classe moyenne française qu’il ne pourrait pas s’y prendre autrement. Sur les prestations sociales, quand le Premier ministre explique que certaines aides sociales pourraient être conditionnées par des obligations de services, il a sans doute raison d’un strict point de vue économique. Si les assurés sociaux ont des droits, ils ont aussi des devoirs. Le raisonnement est classique mais la proposition aura du mal à être acceptée dans le climat actuel.

Sur la réforme des retraites, le haut-commissaire à la réforme du système, Jean-Paul Delevoye vient de dévoiler, via l’AFP, un document qui révèle des pistes de réformes dont certaines sont explosives parce qu’elles vont beaucoup plus loin que ce sur quoi les partenaires avaient accepté de discuter.

1er point explosif du projet de réformes : l’instauration d’une règle d’or qui imposerait l’équilibre financier de tous les régimes de retraites et cela, de façon automatique. Les régimes de retraites seraient donc en pilotage automatique et du coup, le montant des pensions servirait de variable d’ajustement aux aléas de la conjoncture, aux changements de la démographie. Techniquement, il suffirait de changer la valeur du point. Cette règle d’or assurerait l’équilibre automatique et dispenserait les régimes d’engager des réformes paramétriques qui ont évidemment beaucoup de mal à aboutir parce qu’elles dépendent des rapports de force entre les partenaires.

Mais si la règle d‘or garantit l’équilibre, ça signifie que le niveau des retraites ne sera pas garanti. La valeur du point ne sera pas garantie. Ça signifie aussi que le projet d’une retraite par point va perdre de son importance. Cette idée d’offrir des bonus à ceux qui retarderaient volontairement leur départ à la retraite va devenir très fragile puisque la valeur du point ne serait pas stabilisée.

Ce projet va être très compliqué à mettre en place, parce qu’il retire à l'assuré ou au retraité une partie de la responsabilité individuelle qu’on voulait lui donner dans la gestion de la retraite.

 

2e point explosif, le projet de puiser dans les excédents accumulés par certains régimes complémentaires pour combler le déficit du régime général. Actuellement, les excédents cumulés par l‘Agirc et l’Arco représentent 70 milliards d’euros, si on y ajoute l’état excédentaire de certains régimes professionnels, on dépasse les 110 milliards d’euros. Du coup, la tentation est grande de confisquer cette manne pour financer un régime général de base, universel. Cette idée n’est évidemment pas acceptable par les dirigeants et les adhérents de ces régimes excédentaires qui ont su, au cours des dernières années, gérer avec beaucoup de prudence, de rigueur et de sérieux, l’argent de leurs assurés sociaux.

De telles propositions correspondent sans doute à une nécessité, mais présentées ainsi, elles ajoutent de l’inquiétude à l’anxiété. Et l’urgence des urgences est évidemment de faire baisser la tension.

 

Sur toutes les grandes réformes structurelles, comme celles de la fonction publique, du modèle social, des retraites et même de la transition écologique, il faut absolument que le gouvernement ait le talent d’ajouter à ces diagnostics anxiogènes, toutes les opportunités positives dont ces réformes sont porteuses.