Retraite : le fiasco annoncé de la réforme va révéler la nécessité d’accepter la capitalisation. Forcément.

Le gouvernement croyait sortir la réforme du siècle, il va se replier sur une « pseudo réforme » qui va couter très cher au budget et désespérer politiquement une grande partie de l‘opinion. Mais le comble : cet échec va forcément entrainer l‘émergence des systèmes par capitalisation. 

Encore un instant, monsieur le bourreau et on va s’apercevoir que les systèmes par capitalisation vont devenir inévitables. Une partie des assurés sociaux l'a déjà compris qui font de la capitalisation sans l’avouer ou même sans le savoir parce que c’est pour eux le seul moyen de se protéger des aléas de l’avenir. L’échec annoncé de la réforme va officialiser la nécessité de s’équiper en capitalisation.

Le projet présenté par le gouvernement était très ambitieux. Pour les auteurs de l’Elysée et de Matignon, ce projet avait toutes les qualités. Il renforçait le système par répartition actuel en généralisant la retraite par points dans une régime universel, avec des filets de sécurité au niveau du financement en proposant le recul de la date de départ en retraite à 64 ans (l’âge pivot ). 

Politiquement, il était théoriquement sans risques, puisqu’il correspondait à une promesse du candidat Macron, et qu‘en plus, il renforçait la solidarité nationale et gommait beaucoup des inégalités qui existaient entre les différentes catégories de retraités. En prime, il rendait aux partenaires sociaux la responsabilité de participer à la gestion globale du système. 

Seulement tout cela, c’était la théorie de départ. Quand on a commencé à lancer les logiciels, on s’est aperçu que ça buggait de partout. Que la mise en place était très compliquée, que la suppression des régimes spéciaux devrait être compensée parce que ceux qui allaient perdre leur spécificité avaient des contrats de garantie; que la valeur du point allait servir de variable d’ajustement, que les gagnants du nouveau système n’apparaissaient pas convaincus, que les centrales syndicales allaient perdre une grande partie de leur raison d’être, et que politiquement, la réforme ne trouvait pas de soutien.

Cette réforme par points (d’inspiration très sociale et très étatiste) a finalement été combattue par la gauche et l’extrême gauche qui auraient dû l’épargner. Quant à l’exigence de maintenir les équilibres financiers en fixant un âge pivot, la droite libérale aurait dû la soutenir. La droite ne soutient pas vigoureusement une réforme qui est trop étatiste, mais s’apprête à tomber sur le gouvernement s‘il ne réussit pas à protéger certains totems. Tout cela sous la pression des courants syndicaux les plus radicaux qui tiennent les transports publics à Paris.

Cette situation inextricable se terminera par un compromis mal ficelé au terme duquel le gouvernement acceptera des concessions qui vont couter extrêmement chers au budget et dont le seul objectif sera de débloquer le réseau des transports à Paris et de revenir à une situation un peu apaisée en apparence. On va donc comme souvent glisser la poussière sous les tapis du pouvoir. 

 

Alors, pourquoi cette situation ubuesque qui va coller au débat politique jusqu'à la fin du quinquennat ?

Pour une seule raison, on n’a pas osé dire la vérité, les chefs politiques comme les chefs syndicaux. Et que chacun se retrouve coincé par sa base à qui on n’a pas voulu dire la réalité.

 

La vérité est très simple : on ne sauvera pas le système de retraite sans introduire une composante de capitalisation. Et on n‘a jamais osé aborder officiellement cette question parce que les élites politiques de droite comme de gauche pensent que pour « le peuple », la capitalisation est une invention du capitalisme sauvage diabolique, instrument d’asservissement et de ruine des salariés. 

La sanctuarisation du régime par répartition et la diabolisation de la capitalisation sont très difficiles à comprendre. Mais ce sont de réalités qui verrouillent tout débat, tout échange.

 

Le système par répartition est une catastrophe. La CGT a beau dire que c’est le meilleur du monde, c’est aussi un système qui, tous les deux ou cinq ans, a besoin d’une réparation ou d’une perfusion financière.

D’abord, c’est un système très injuste. La retraite des inactifs est financée par les cotisations versées par les actifs. C’est très injuste parce que le montant des pensions ne dépend pas de son effort personnel, mais de l’équilibre démographique, de l’ activité et du niveau de l’emploi. Ceux qui sont à la retraite ne sont nullement responsables de la situation. Ils ne l’ont pas choisi et pourtant ils en reçoivent les effets. Alors on a toujours bricolé les pensions, les cotisations et la durée du travail pour limiter les risques de faillite. Certaines professions ont eu la force politique ou la puissance financière de créer leur propre régime de répartition. 

Enfin, c’est un système qui n’est pas performant parce que globalement, la santé du système est indexée sur la santé macroéconomique. Sur la croissance. Le retraité ne peut espérer améliorer son pouvoir d’achat que si la croissance économique est forte. Ce qui n’est plus le cas depuis quinze ans. Les pensions ne sont pas ou peu revalorisées. Ce qui pose problème. 

 

Le système par capitalisation s’inspire de la vie quotidienne naturelle. L’homme normalement constitué met de coté un peu d’argent pour sécuriser son avenir. Il prélève une partie de son revenu, le verse à une caisse spécialisée qui avec une banque va gérer cet argent au mieux de ses intérêts à long terme. 

Alors ce système est évidemment plus efficace puisque son rendement ne dépend pas de la macro économie, il dépend des placements qui ont été faits. Ajoutons à cela que l’épargne retraite dégagée pendant toutes les années de la vie active sera capitalisée et produira des intérêts. Ce qui n’est évidemment pas le cas dans la répartition. 

Alors tous les détracteurs des fonds de capitalisation avancent les risques pris et citent en exemple certaines catastrophes provoquées par la faillite de quelques entreprises américaines. Ceci dit, les exemples ne sont pas nombreux. On a l’exemple de General Motors qui fut sauvé au dernier moment et d’Enron.. Dans ces deux cas, il se trouve que les caisses de retraites avaient principalement investi dans l’entreprise. Les salariés ont donc perdu le même jour et leur job et leur compte de retraite. 

Ces cas-là sont rarissimes et contrôlés par les autorités. La grande majorité des fonds de retraite par capitalisation sont remarquablement gérés sous la surveillance des syndicats qui ont évidemment leur mot à dire. 

La spécificité de la retraite par capitalisation est qu‘elle contribue à l’individualisation de la retraite. A la limite, le salarié pourrait être libre de fixer le montant de son épargne retraite, libre de choisir son mode de gestion, libre de fixer la date de prise de sa retraite en fonction de ses envies et du montant estimé de sa pension etc... Libre de choisir son mode de sortie en capital ou en rente viagère. 

 

Alors pour beaucoup de responsables y compris de gauche, cette liberté de gestion est porteuse d’inégalités parce qu’on considère que certains sont capables d’assumer cette responsabilité et que d’autres ne le seront pas. C’est toute la différence entre la mécanique assurancielle et la mécanique de solidarité. 

D’où la diabolisation de la capitalisation qui serait une invention du capitalisme international. D’où, d’ailleurs très récemment le débat complètement histérique autour de Black Rock. 

Cette diabolisation est très étonnante et inquiétante.

Il faut relire "Jean Jaurès" et Dieu sait si la gauche moderne se réfère à Jaurès. Il y a plus de cent ans, Jaurès expliquait à ses camarades qu'on pouvait être de gauche et défendre la capitalisation. Dès 1909, il publiait des articles dans l'Humanité dans lesquels il essayait de convaincre le prolétariat que la capitalisation bien gérée, bien contrôlée par des syndicats pouvait servir la classe ouvrière. Pour Jaurès, la classe ouvrière et des salariés avaient intérêt à être à la fois salariée et capitaliste. C’était son droit de recevoir le produit social de son travail. 

Comme Jaurès, le Général de Gaulle avait, lui aussi,  promu l’idée de l'intéressement et de la participation. La loi Pacte très récemment a boosté, elle aussi, les plan retraites par capitalisation. 

C’est d’autant plus intéressant que l'économie toute entière a besoin de financement. Le comble aujourd’hui, c’est que les grandes entreprises sont obligées d’accepter à leur capital, l’épargne retraite des salariés anglo-saxons. Parce que les salariés français n’en ont pas. 

En dépit du procès qui est périodiquement fait à la capitalisation, la France a sorti des complémentaires retraites qui fonctionnent selon ce principe et dont les montant sont calés sur les efforts individuels. Dans toutes les grandes entreprises, il existe des PER, des plans d’épargne retraite qui sont gérés paritairement par la direction et les syndicats. Il existe des plans d’épargne retraite pour les commerçants, artisans et professions libérales. Dans la fonction publique, il existe la Prefon qui est une retraite par capitalisation ouverte aux fonctionnaires, et même aux anciens fonctionnaires et qui rencontrent un vrai succès. Personne ne s’en plaint. Pas même les syndicats qui participent à la gouvernance de la Prefon.

Mais plus généralement quand on découvre que depuis quelques années les Français sont devenus les champions du monde de l’investissement immobilier locatif, bien que ce soit parce que les taux d’intérêt sont très bas, on sait bien que l’amour de la pierre en France est inébranlable, on sait bien que beaucoup ne peuvent acheter pour se loger, par conséquent ils achètent pour louer et pour se faire des revenus complémentaires au moment de la retraite. Autrefois, on achetait des lingots d’or. Aujourd’hui, on préfère un studio qui sera loué. Le studio va se valoriser (comme le lingot) mais il va aussi produire des revenus. C’est typiquement un compte de capitalisation.