Quand les élections législatives font l’économie des partis

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est journaliste, spécialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse.

Selon ses résultats dimanche, En Marche serait en passe de ramasser le pactole pour ces cinq prochaines années. Un financement public bienvenu alors que les autres partis traditionnels risquent de ne plus pouvoir compter sur cette manne financière

Les élections législatives de dimanche décideront du financement des partis, et donc du paysage politique des cinq prochaines années. Le mouvement d’Emmanuel Macron,  créé en avril 2016, devrait recevoir une large part du gâteau.

Jusqu’à présent, En Marche n’avait pu compter que sur des donateurs privés pour financer son mouvement, avec des dons plafonnés à hauteur de quelques milliers d’euros. Le mouvement avait ainsi réussi à récolter quelques 13 millions d’euros, mais, restant indépendant de tout parti, il ne recevait pas un centime d’argent public.

L’élection d’Emmanuel Macron en mai dernier débloque déjà la machine à financement public. Dès cet été, les remboursements de campagne vont arriver – 47,5% d’un plafond de dépenses fixé sont remboursés, pour la présidentielle comme pour les législatives. Cela permettra de souffler, mais ce n’est pas fini.

C’est surtout la question du financement des députés rattachés à un groupe parlementaire qui est attendue. Si le résultat des législatives est aussi favorable que les sondages, le mouvement d’Emmanuel Macron va enfin pouvoir marcher sereinement côté finances.

Le financement des partis : le grand enjeu des élections législatives

Même si les règles ont évolué au cours de la Vème République et des mandatures, mais le principe reste le même : plus un parti est présent à l’Assemblée et plus il se voit attribuer un financement important. Ainsi, un député élu, c’est 37 280 euros par an pour le parti auquel il est rattaché. Peut-être une explication à la présence de candidats LREM dans des circonscriptions face à des candidats qui auraient pu se rattacher à la majorité, mais sans adhérer à En Marche, à l’instar de Nathalie Kosciusko-Morizet dans la 2ème circonscription de Paris.

Les voies comptent elles aussi, privilégiant le financement des petits partis n’ayant pas de candidat élu. Pour peu que celui-ci soit présent dans au moins 30 départements, avec 50 candidats ayant réalisés un score minimum de 1% au 1er tour, chaque vote rapporte alors au parti 1,42 euros. De quoi rembourser les prêts personnels qu’ont souvent contracté les candidats pour financer et avancer leurs frais de campagne.

Le jeu des vases communicants : le PS et les Républicains asphyxiés ?

La défaite populaire des deux partis de gouvernement, absents du second tour de la présidentielle, risque de tourner en Berezina financière.

A chaque élection, le gâteau de l’argent public se partage entre les partis. Pour 2017, finies les grosses parts pour le PS et LR qui vont, suivant leur résultat, devoir se contenter de beaucoup moins.

Si, depuis 2012, le financement public représentait 45% du budget des deux principaux partis de gouvernement. Jean-Christophe Cambadélis, Premier Secrétaire du PS, confiait récemment que la dotation publique risquait de chuter de 25 millions à 6 millions d’euros, s’inquiétant d’une charge salariale, fixe donc, de 22 millions d’euros par an. Ce n’est pas mieux à droite, où le parti des Républicains est toujours largement endetté après l’affaire Bygmalion. Une remise en question du fonctionnement ou une sollicitation plus élevée des adhérents est à prévoir.

Dans le même temps, le Front National pourrait voir son financement largement augmenter, avec l’obtention probable d’un groupe de parlementaires. Emmanuel Macron est bien en passe d’avoir réussi son pari de transformation du paysage politique.