Un pas vers Macron : quand Éric Woerth convertit Wauquiez à la rigueur budgétaire et à la logique de compétitivité

Le président des Républicains a rendu public hier un programme d’action économique fondé sur la compétitivité et la baisse des dépenses publiques. 

Les observateurs les plus pernicieux vont dire que Laurent Wauquiez se rapproche d’Emmanuel Macron en reprenant à son compte les mesures qu’il préconisait pendant sa campagne. Sauf que les plus cyniques souligneront qu’une fois installé à l’Elysée, Emmanuel Macron a beaucoup de mal à aller au bout de ses promesses. 

Cela dit, Laurent Wauquiez a quand même surpris le petit monde de la politique qui désespérait de voir le président des Républicains grandir un peu sur le chemin des responsabilités. C’est Éric Woerth, dit-on, le président de la commission des Finances à l’Assemblée Nationale, qui l’aurait ramené à la réalité. 

Toujours est-il, qu'à la veille du remaniement gouvernemental, Laurent Wauquiez refuse de polémiquer sur les fausses manœuvres du président de la République, pas de politique politicienne, mais entend prouver qu’il travaille, lui, sur le fond. Et le fond porte sur la situation économique, budgétaire et sociale. Parce que le président qui veut tout faire en même temps, en réalité, ne fait rien. Puisqu’il n’a rien lâché sur la dépense publique. 

Sa proposition s’articule autour d’une idée très simple et partagée par la plupart des experts. Si on réduit la dépense publique, on accroit mécaniquement les moyens de la sphère privée et si on donne à la sphère privée plus de liberté, on accroit sa compétitivité. Laurent Wauquiez assume donc une logique d’offre pour sortir la maison France de ses vieilles structures alors qu’une partie de ses amis plaidait pour une réforme de la demande par une hausse des salaires et des revenus distribués. Guillaume Pelletier, en mal de discours provocant, en avait fait son cœur de programme pour restaurer le pouvoir d’achat. 

Sans polémique interne, Laurent Wauquiez et Éric Woerth écartent les mesures de relance par la demande pour se concentrer sur le soutien à la compétitivité des entreprises. D’où l’axe prioritaire : rétablir l’équilibre des finances publiques en « réduisant les dépenses publiques » sur le modèle qu‘il a utilisé dans le région Rhône-Alpes. D’où, pour la France, un programme de réduction des dépenses de fonctionnement d’au moins 20 milliards par an. 

Concrètement, ça passerait :

- Par un allongement du temps de travail effectif dans la fonction publique à 39 heures par semaine, soit 2, 4 milliards d’économies réalisables sur la baisse des effectifs correspondante. 

- Par l’instauration d’une allocation sociale unique plafonnée à 75% du Smic, ce qui engendrerait 5 milliards d’économies sur les seuls coûts de gestion.

- Par la suppression de régimes spéciaux et l'alignement des retraites du public sur le privé, 1 milliard de dépenses en moins la première année, 5 milliards par an à terme. 

- Par la réforme du système de santé, parcours de soin et le développement de l’e-santé, 1 milliard d’économies la première année et 5 milliards les suivantes. 

- Par le conditionnement de l'accès des étrangers aux prestations sociales, qui devraient ainsi avoir déjà 3 années de cotisations en France. Soit 2 milliards d’économies. 

- Par le durcissement des sanctions infligées aux chômeurs qui refusent de chercher un emploi, 1 milliard d’euros 

- Par la gestion plus rationnelle du parc immobilier public, ce qui ferait gagner 1 milliard d’euros. 

- Par la lutte contre la fraude sociale et fiscale, 1 milliard 

- Par la réduction du financement public des syndicats, 1 milliard d’euros.

 

Alors le programme Wauquiez est encore flou, le chiffrage est très approximatif, et le président des Républicains ne dit pas comment il fera politiquement, pour réduire les dépenses publiques, rectifier les mesures sociales jugées trop généreuses. Réformer la fonction publique et les retraites. Parce qu’aujourd’hui, ce qui ne marche pas dans la gouvernance Macron, c’est moins l’objectif de réforme que les moyens à mettre en œuvre pour qu’elle puisse passer les obstacles politiques.  

Cela étant, Laurent Wauquiez sort du cercle de la démagogie politique pour mettre un pied dans le cercle des responsabilités. Les chefs d’entreprise ne s’en plaindront pas.