Pour une grande part du monde des affaires (et pas seulement), Michel Barnier et Xavier Bertrand sont les deux personnages incontournables en 2019

Quand on analyse tous les sondages de ces derniers mois et qu’on les confronte aux études plus profondes sur la qualité des hommes capables de reprendre en main la gestion de l’Etat, deux hommes sortent du lot : Michel Barnier et Xavier Bertrand

Michel Barnier, l'actuel commissaire européen en charge de la négociation du Brexit et Xavier Bertrand, président de la grande région du nord, les Hauts de France, ces deux-là peuvent désormais connaître un destin qui paraissait complètement improbable il y un an. Personne n’aurait voulu miser beaucoup d’argent sur l’avenir de ces deux personnalités. Mais maintenant que des agences de conseil en stratégie, des cabinets de recrutement, des syndicats professionnels et des think tank, de droite ou de gauche, réfléchissent à l’évolution de la gouvernance française, compte tenu de la fragilité d’Emmanuel Macron, les analystes et les experts cherchent sur le marché politique, les responsables capables d’assumer une part de cette gestion.

Ils cherchent surtout des hommes et des femmes capables de restaurer la confiance entre les Français et leurs gouvernants, confiance qui est très hypothéquée.

Emmanuel Macron n‘a évidemment pas perdu la partie mais il doit renforcer sérieusement son système de gouvernance. Or a priori, le vivier n’est pas riche. La classe politique s’est grandement démonétisée.

D’abord, parce que la dernière présidentielle a laminé les vieux partis de gouvernements. Leurs leaders ont perdu la partie et beaucoup ont même abandonné le métier. Ensuite, parce que Macron a ouvert la porte à une nouvelle génération venue principalement de la société civile, mais très jeune et sans expérience. Enfin, parce que cette nouvelle majorité n’a pas produit de leaders charismatiques capables de s’imposer et de porter la parole présidentielle.

Le résultat de cette situation, c’est l'extrême pauvreté de la classe politique et l’extrême solitude du président. Un terrain qui a facilité l'explosion du mouvement des gilets jaunes, lequel n’apporte pas de solutions au niveau de la responsabilité de gestion.

Le résultat est que beaucoup cherchent des solutions avec des hommes et des femmes capables d’assumer et de réussir une responsabilité de gouvernement dans le respect, bien sur, de la démocratie.

 

Du côté des milieux d’affaires, on voudrait bien que certains pairs puissent se lancer. Les chefs d’entreprises, qui se sont lancés en politique, ont le plus souvent échoué sans avoir très bien compris pourquoi. On ne gère pas un Etat démocratique comme on gère une entreprise capitaliste. Les contraintes sont différentes et les logiques de fonctionnement aussi.

Alors, il faut chercher les personnalités de la sphère politique qui ont un parcours plutôt atypique et qui n‘ont pas été détruits par la cuisine politicienne. Ils doivent être experts, ils doivent être responsables, ils doivent être connus pour leurs convictions mais pas prisonniers d’une idéologie radicale. Pragmatiques et bienveillants.

 

Deux hommes répondent à ces critères. Michel Barnier et Xavier Bertrand.

Michel Barnier, ancien ministre, ancien député, a depuis deux ans, conduit pour le compte de l'Union européenne, la négociation avec la Grande Bretagne pour déterminer les modalités du Brexit.

Pour beaucoup d’observateurs, Michel Barnier a réussi un sans faute. D’abord, il a défini et expliqué quels étaient les objectifs de l'Union européenne. A savoir prendre en compte la décision du peuple britannique de quitter le marché unique européen et ce faisant, trouver des modalités qui préservent les intérêts des 27 Etats membres de l’Union européenne.

Il a donc clairement et fermement refusé toutes formules qui auraient permis aux Anglais de rester dans l’Union européenne, sans pour autant respecter les règlements européens. La Grande Bretagne ne pouvait pas être à la fois dans l’UE et en dehors de l’UE. Il rappelé et fait comprendre que l'Union européenne fonctionnait sur des valeurs, et que si on était « in », il fallait respecter ces valeurs. Et notamment les quatre libertés de circulation des hommes, des produits, des services et des capitaux. Ces libertés n’étaient pas disponibles à la carte.

Par ailleurs, il a explicitement obtenu que lors du contrat de divorce, que la Grande Bretagne rembourse l’UE et la dédommage au niveau des engagements pris, soit 50 milliards d’euros.

Le deal qui a été signé avec Theresa May limite les dégâts pour tout le monde, puisque si la Grande Bretagne quitte l’institution européenne, elle pourra continuer d’accéder au grand marché selon les règles et procédures décidées par Bruxelles, sans pour autant que Londres puisse donner son avis. Pour les pro-Brexit comme pour les anti-Brexit, c’est évidemment un échec sur les principes.

Enfin, ce qui est étonnant, c’est que Michel Barnier s’est toujours avancé à visage découvert avec le soutien unanime des 27 chefs d’Etat et de gouvernement. Quand on sait qu’une des critiques adressées le plus souvent aux institutions européennes porte sur le déficit de démocratie et qu’en plus, le gros défaut c’est sa lourdeur administrative, Michel Barnier a gagné un pari qui paraissait improbable.

Quoi qu’il arrive, cette négociation, qui aurait pu aggravé la situation européenne, a au contraire renforcé la cohésion. Les partisans du Brexit espéraient ébranler l'UE et précipiter sa dislocation ont, au contraire, contribué à solidifier la gouvernance.

Michel Barnier, qu’on disait fini pour la politique, ressort grandit et disponible soit pour des responsabilités au niveau de la Commission (qui doit se donner un nouveau président), soit au niveau de la Banque Centrale (qui va aussi changer de président), soit dans la gouvernance française après les élections européennes.

 

Xavier Bertrand a participé à une autre forme d’aventure. D’abord, personne ne croyait qu’il pourrait se faire élire à la présidence de la grande région des Hauts de France, mais ensuite, une fois élu, beaucoup de professionnels de la politique, qui l'ont vu abandonner toute responsabilité nationale, ont considéré que cette élection à la région ressemblait à un enterrement de première classe.

Xavier Bertrand a eu l’intelligence de se replier sur la région et de se tenir à l'écart de tous les débats politiques nationaux. Sa famille politique des républicains se déchirait et il ne se voyait pas rallier le camp d’Emmanuel Macron.

Il a donc joué la carte du terrain en considérant qu’au niveau local, il fallait évidemment améliorer l’attractivité de la région pour attirer les investissements et consolider les racines entrepreneuriales avec un objectif," booster" la dynamique économique, ce qu’il a fait.

Mais parallèlement, il a resserré les liens avec les populations en considérant que la démocratie devait s’exprimer surtout au niveau local.

Lors des évènements provoqués par la colère des gilets jaunes, il a toujours maintenu un lien avec les milieux d’affaires, les industriels et les populations pour trouver des solutions, à tel point d’ailleurs que beaucoup de mesures prises par Emmanuel Macron pour répondre à cette colère ont été souvent inspirées par des initiatives qu’il a expérimentées dans les Hauts de France.

Cette pratique, ce comportement pragmatique, son refus de participer abus débats nationaux qui tournent en rond et ne grandissent pas les hommes politiques, son habileté enfin à utiliser les réseaux sociaux, lui ont donné une stature sur le marché politique qui laisse penser que Xavier Bertrand pourrait être écouté et respecté par une grande partie des anciens électeurs du centre gauche et de la droite libérale.

 

Maintenant, deux hommes ne suffiront jamais, quelques soient leurs qualités et leur mise en situation, à reconstruire une vie politique ou même à renforcer le quinquennat d’Emmanuel Macron. Il n’y a pas d’hommes miracles ou providentiels. Il faut aussi des corps intermédiaires, des réseaux, des relais, des programmes et une histoire à raconter aux Français qui pourrait leur permettre de retrouver confiance.