Pour quelques intellectuels chinois et l’élite des affaires de Shanghai, Donald Trump peut sauver la Chine du conservatisme de Xi Jinping et l’obliger à réformer son système.

La presse chinoise et les réseaux sociaux commencent à penser et dire que la guerre menée par Donald Trump va obliger Pékin à accepter des réformes libérales. C’est le New-York Times qui relaie ce début de campagne

Alors que les négociations commerciales entre les dirigeants chinois et les dirigeants américains n’ont, une fois de plus, pas abouti en fin de semaine dernière, la délégation chinoise a quitté Washington sans le moindre compromis. Pourtant, les milieux occidentaux semblaient penser que les menaces violentes du président américain conduiraient les Chinois à un début de compromis, il n’en a rien été.

En apparence, cette affaire semble affreusement compliquée, les egos des uns comme des autres troublant le déroulement des discussions.

En réalité, les choses sont beaucoup plus simples.

L’Amérique de Donald Trump ne supporte plus de commercer avec la Chine sans accord de réciprocité.

D’un côté, les USA importent des milliards de dollars de produits fabriqués à bas cout dans les usines de Chine. A l’inverse, les USA ne parviennent pas à exporter ce qu’ils pourraient exporter, ils ne réussissent pas à faire respecter les droits de propriété sur certains actifs digitaux, les Américains ont donc le sentiment de se faire copier et piller sans pouvoir réagir.

En bref, le marché américain est ouvert aux produits asiatiques alors que le marché chinois reste, pour une grande partie, fermée aux produits occidentaux.

Donald Trump a donc entrepris une campagne pour rétablir un équilibre dans les échanges commerciaux. Ne parvenant pas à obtenir gain de cause, il a déclaré une guerre commerciale en annonçant qu'il allait relever de 10 à 25% les droits de douane d’entre en Amérique sur 200 milliards de dollars de produits chinois. Situation inédite et forte, d’autant que sans résultat, il a très précisément menacé la semaine dernière d’imposer une surtaxe de 25% sur 300 milliards de dollars d’importations chinoises supplémentaires. Autant dire que la totalité des produits chinois vendus aux USA seraient surtaxés. 100% ds produits.

 

Face à cette menace, les Chinois sont venus à Washington, et notamment le numéro 2 du régime. Du coup, tout le monde a pensé que les uns et les autres allaient baisser les armes.  Il ne s’est rien passé. Donald Trump a battu le chaud et le froid, laissant entendre par tweets que ça pourrait s’arranger. Puis, devant le blocage chinois, il a recommencé à narguer Pékin.

Dans les faits, les relations commerciales entre Pékin et Washington sont donc toujours aussi incertaines.

Le président américain est convaincu qu’il est en position de force, son opinion publique est d’ailleurs très largement derrière lui. Et côté chinois, les dirigeants n’ont toujours pas réagi ce week-end. Tout se passe comme s’ils jouaient la montre en maintenant un semblant de dialogue. Les dirigeants américains et chinois savent qu’ils se retrouveront en juin, pour le G20 au Japon, puis lors du G7 qui aura lieu en France au mois d’août.

D’ici-là, il peut se passer beaucoup de choses. La désescalade peut s’amorcer.

Pour la plupart des observateurs, il existe des facteurs incontournables qui peuvent freiner le blocage des relations commerciales.

1er facteur, les consommateurs américains ont besoin des produits d’importation en provenance des pays asiatiques. Le système américain est incapable de proposer des modes de fabrications alternatives à échéance assez rapide. Dans le textile, dans le bâtiment, dans la mécanique, la chimie, l’automobile, les Américains ont besoin d’une manufacture chinoise.

Le système de production américaine, son PIB, dépend principalement de son industrie digitale, de son industrie de l’entertainment (cinéma et vidéo), de son aéronautique, de sa chimie, pharmacie et de toutes les industries de l’intelligence.

 

2e facteur, les Chinois ont besoin des débouchés occidentaux pour faire tourner leurs usines et ils ont besoin du potentiel d’innovation pour progresser dans les nouvelles technologies.

 

La confrontation entre ces deux facteurs forme la base des échanges internationaux fondés sur la spécialisation internationale.

Le problème est que l’échange doit être équilibré, sinon la mondialisation provoque des dégâts socio-politiques insupportables dans les pays occidentaux qui sont alors minés par les délocalisations et le chômage. Donald Trump a été élu sur un terreau populiste alimenté par ces déséquilibres. Pour que ce phénomène soit acceptable par les peuples occidentaux déclassés, il faut que la réciprocité des échanges fonctionne. C’était toute la philosophie des accords de l’OMC qui n‘a pas toujours été respectée par la Chine.

 

Le 3e facteur d’évolution dont on ne parle pas tient à ce qui se passe en Chine. Xi Jinping est arrivé au pouvoir à Pékin poussé par les éléments les plus conservateurs. Xi Jinping a réussi à reconquérir un pouvoir quasi absolu sur l’appareil chinois et sur l’économie chinoise. Avant son arrivée, l‘économie chinoise était en voie de libéralisation. Depuis son installation, le parti communiste a repris le contrôle du système économique. Rien ne peut se faire sans l‘accord de Pékin et Pékin a choisi de reprendre le modèle classique de l’usine du monde. Pékin a donc besoin de continuer à vendre des produits, quitte à dévaluer sa monnaie pour compenser les taxes que l’Amérique veut imposer. Pékin a besoin de contrôler l’accès de son marché intérieur et besoin aussi de freiner la libéralisation.

Cette situation économico-politique, dont on peut penser qu‘elle est très ancrée dans la société chinoise, suscite désormais quelques critiques, pour ne pas dire quelques rebellions.

Les révoltes dans les campagnes ou les banlieues urbaines contre la pollution des usines se multiplient. Elles sont matées assez rapidement mais elles existent.
Les milieux intellectuels, qui avaient pris gout à une certaine libéralisation, ne se cachent pas pour expliquer que Donald Trump, qui était l’ennemi officiel du régime, a peut-être raison quand il réclame l’ouverture du marché chinois aux Occidentaux.

Enfin, il existe une petite élite de la vie des affaires qui s’est développée depuis dix ans, des enfants de cadres du parti ou de grands dirigeants des complexes industriels d’Etat, des acteurs économiques qui ont fait leurs études à l’étranger et qui sont revenus au pays parce qu’ils auraient la liberté de faire fortune. Et beaucoup ont fait fortune. Seulement voilà, depuis l’arrivée de Xi Jinping, ils paient de plus en plus d’impôts, ils sont surveillés et contrôlés, interdits souvent de voyager à l’étranger.

Parallèlement à ces mutations structurelles, les réseaux sociaux chinois véhiculent, comme en Occident l’information, la mobilisation, la critique, la contestation etc.

En fin de semaine dernière, le New-York Times a rapporté que les hommes d’affaires chinois de Shanghai ou de Shenzen applaudissaient Donald Trump, parce que le président américain demande d’ouvrir des champs de liberté sur le marché chinois, ce dont ils ont besoin. Les négociateurs américains souhaitent que l'Etat chinois réduise son rôle dans l’économie, ils expliquent sur les réseaux sociaux qu‘une économie fonctionne d’autant mieux que les responsables politiques ne s’en occupent pas. En clair, les négociateurs américains demandent que le gouvernement arrête de subventionner les entreprises publiques, réduisent les barrières douanières non tarifaires... Bref, les Américains réclament tout haut ce que les Chinois de l’intérieur commencent à demander tout bas.

Les Chinois comptent donc sur Trump pour obtenir des réformes libérales en Chine.