Oxfam fustige la politique de dividendes du CAC 40, ce qui permet à Cécile Duflot de revenir en politique par la fenêtre des très riches alors qu‘elle l‘avait quittée par la porte du fond.

Cécile Duflot avait quitté la politique par la porte du fond du PS, elle revient en politique en passant par la fenêtre d’une ONG spécialisée dans l’aide à la pauvreté. 

 

Cécile Duflot avait quitté la politique par la porte du fond du PS, elle revient en politique en passant par la fenêtre d’une ONG spécialisée dans l’aide à la pauvreté. Mais pas sur le terrain de la pauvreté, elle le fait en orientant Oxfam dans une polémique très parisienne sur la politique des profits des grandes entreprises et l’utilisation des dividendes. 

Alors, si vous vous étonnez qu’une ONG internationale connue pour le travail  remarquable qu’elle fait depuis des années pour lutter contre la pauvreté , publie une analyse de la politique de dividendes pour dénoncer le caractère excessif des distributions en France, on est obligés de constater que la nouvelle Directrice générale n’a pas perdu de temps pour réorienter la communication de l’organisation sur le complot des plus riches (et ils sont français), histoire sans doute d’expliquer que s’il y a beaucoup de pauvreté dans le monde c’est aussi parce qu’il y a des trop riches. Un peu facile comme explication.

C’est vrai mais c’est tellement banal de souligner qu’il existe une relation de causalité entre les riches d’un côté et les pauvres de l’autre, qu’on en conclut qu’il suffirait d’appauvrir les riches pour avoir moins de pauvres alors qu’il faudrait mieux installer des process pour enrichir les pauvres 

Cécile Duflot qui avait annoncé qu‘elle quittait définitivement la politique s’est donc attaquée à cette équation,une autre façon de faire de la politique. 

Officiellement Oxfam ne fait pas de politique, Oxfam est une ONG internationale qui travaille en collaboration avec les grandes organisations internationales comme l’OMC, l’ONU ou le FMI, pour venir en aide aux plus pauvres dans le monde et trouver des mécanismes d’enrichissement et de création de valeur. 

A ce propos, Oxfam n’a pas été la dernière ONG à regarder de façon favorable la mondialisation et tout le phénomène d’émergence économique que la globalisation a permis d’installer dans des pays qui étaient jusqu’alors déshérités et qu'on appelait sous développés et qui sont devenus des pays en voie de développement, pour accéder à la catégorie des pays émergents. 

Oxfam vit de subventions gouvernementales et de dons que lui font les entreprises et les particuliers les plus riches. Comme beaucoup d’ONG. 

Jusque là rien à dire. 

Sauf que l’organisation française de cette ONG a publié une analyse de la politique de distribution des dividendes des entreprises du CAC 40, dont les conclusions sous jacentes sont assez violentes dans la conjoncture actuelle.

Oxfam n’a rien découvert, rien produit comme informations nouvelles. Oxfam a simplement repris ce qui existe dans tous les rapports d’activité des entreprises cotées, tout ce qui a été dit en assemblée générale des actionnaires et analysé par tous les cabinets d’analystes financiers. 

C’est donc une piqure de rappel.

1er point, l’Oxfam explique que les entreprises françaises du CAC 40 ont distribué un montant record de dividendes en ce premier trimestre de l‘année 2018. 

2e point, l’Oxfam rappelle que la France est le pays occidental où le taux de distribution des bénéfices est le plus élevé. Environ 4 % de plus que la moyenne occidentale.

Ce qui est politiquement biaisé dans cette analyse, c’est que Oxfam n’explique pas pourquoi nous avons en France une politique de distribution de dividendes plus généreuse qu‘ailleurs, alors qu’elle pourrait avoir ce travail de pédagogie. C’est pourtant très simple. 

1er point, les dividendes sont importants parce que les bénéfices dégagés sur l’exercice 2017 ont enregistré une forte croissance, liée à la reprise. 

2e point, ces dividendes distribués représentent les 2/3 des bénéfices dégagés parce que les actionnaires réclament des rendements élevés. C’est vrai et pourquoi est-on dans cette situation ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas de capital en France, pas assez dirigé vers le financement des sociétés et nos grandes entreprises sont obligées d’accepter l'argent des grands fonds d’investissements anglo saxons, fonds de pension de retraite. C’est ça ou l’accueil des grands fonds souverains du golfe ou de Chine. 

Nous n’avons pas en France des fonds d‘investissements, parce que notre système de retraite n’est pas financé par capitalisation et parce que ce n’est pas la culture tout simplement. L’épargne franco-française va plutôt dans l'immobilier, dans le livret A et dans l'assurance-vie, laquelle assurance-vie va s’investir en fonds d’Etat pour financer le déficit public. 

3e point, cet argent distribué aux actionnaires, le plus souvent étrangers, revient d’ailleurs sous forme de réinvestissement dans les entreprises françaises,preuve que les fonds anglo saxons ont été fidélisés. 

 

Pour être complet, Oxfam aurait dû expliquer cette situation structurelle française et dégager des solutions. Celle d’inventer des fonds d’investissement à la française, des fonds de pension, des fonds de retraites, de favoriser le fléchage de l’épargne française vers les entreprises françaises, et nous pourrons infléchir la politique de redistribution vers une répartition un peu différente. 

Vu sous cet angle, le rapport intéressant de Oxfam serait évidemment moins politique, et surtout moins polémique. Donc plus utile. Personne ne sait pour quelle raison profonde l‘ONG a décidé de contribuer ainsi à alimenter le débat sur la France des riches avec des éléments structurels qui ne sont pas nouveaux, mais on ne peut pas ne pas faire le rapport avec l’arrivée de Cécile Duflot à la tête de la filiale française. Maintenant reste à savoir si une telle communication renforce l’efficacité de l’ONG qui a besoin de s’alimenter auprès de partenaires qui doivent quand même lui apporter de quoi vivre. Cécile Duflot aurait pu mettre son talent et son énergie pour expliquer qu’il faut revoir toute la politique de l’épargne en France. Plutôt que de donner des munitions un peu factices à tous ceux qui chassent les plus riches. Tout le monde y gagnerait ? Y compris l’ONG.