Macron va officiellement assumer la dérive des dépenses publiques pour protéger son objectif de réformes structurelles. Le pari est jouable mais risqué.

Emmanuel Macron ne pourra pas réduire les dépenses publiques, il ne pourra pas revenir à l'équilibre budgétaire. Son objectif prioritaire est de poursuivre les réformes de structures.

Après la publication des plans de soutien au pouvoir d’achat qui vont représenter près de 18 milliards d’euros, la gouvernance française se rend bien compte qu‘elle ne pourra jamais revenir à ses objectifs de réduction du déficit budgétaire. A Bercy, on cherche en vain les niches fiscales que l’on pourrait fermer mais on s’aperçoit qu’elles sont incontournables pour l’essentiel, parce que l’abandon de ces niches reviendrait purement et simplement à augmenter la pression fiscale, ce qui irait à l’inverse de ce qu’on cherche à obtenir.

Du côté de la fonction publique, personne ne croit véritablement à la possibilité de réduire de 120 000 les effectifs d’ici la fin du quinquennat sans rallumer la colère de certains groupes sociaux.

En clair, le gouvernement ne va donc pas officiellement pas abandonner l’objectif de revenir à l’équilibre budgétaire, il va même jurer le contraire, du moins jusqu’aux élections européennes, mais il va surtout mettre le paquet sur la nécessité de poursuivre les réformes structurelles

Emmanuel Macron revient là à la première mouture de sa stratégie économique qu’il avait développée pendant la campagne électorale, à savoir que la priorité des priorités est de remettre l’entreprise France en état de marche et de compétitivité mondiale. Alors en arrivant à l’Elysée, il avait certes cédé aux codes européens en promettant à Bruxelles de consentir un effort pour revenir dans les clous de Maastricht, mais il est évident aujourd’hui qu’après le mouvement des gilets jaunes, il a dû virer de bord pour calmer la fronde en organisant un reflux de la pression fiscale.

Ce qui est intéressant, c’est que l'environnement économique, monétaire et politique va lui permettre de faire cette entorse à l’orthodoxie, à une condition qu’il poursuivre et accentue son projet de rénover le système français en profondeur.

Pendant qu’il distribuait du pouvoir d’achat aux gilets jaunes et aux retraités, il a poursuivi les chantiers de réformes : les retraites, l'éducation, le chômage, l'assurance maladie, la santé, l'aménagement du territoire, la transition écologique ... etc.

Les conditions le lui permettent

1er point : Bruxelles ayant été informé du probable changement d’objectif budgétaire, la Commission a enregistré, mais n’a fait aucune critique ou commentaire, sans doute parce que Bruxelles considère désormais que les réformes de structures sont plus importantes que l’équilibre comptable.

2e point : la BCE a fait savoir qu’elle allait maintenir, encore plusieurs mois, sa politique de taux d’intérêt très bas, ce qui facilite le financement des déficits publics, lequel peut être considéré comme un investissement s’il permet de mener à bien les fameuses réformes de structures.

3e point : l‘Allemagne est sans doute en train de changer de modèle pour adopter progressivement une politique économique moins orientée (moins obsédée) par la compétitivité extérieure et l'obsession de constituer des excédents pour se consacrer davantage à ses propres investissements publics et à son pouvoir d’achat interne.

4e point : la guerre commerciale entre la Chine et les USA menace, par les effets induits l‘Europe qui se retrouve coincée. L'Europe va donc avoir besoin de renforcer son potentiel industriel et sa compétitivité. C’est plus urgent que de réduire ses dépenses publiques.

 

5e point : le monde syndical français est en train de changer aussi. Pour regagner des adhérents perdus dans une défense étroite et immédiate des intérêts corporatistes, ils sont en train de se réorienter vers une stratégie du compromis, à l'image de ce que fait avec succès la CFDT ; et le compromis se noue d’autant plus facilement qu'on se situe sur le long terme.

 

6ème point : la généralisation des mouvements populistes partout en Occident prouvent bien que certaines catégories sociales déclassées ont besoin de respirer (d’où les dépenses sociales), mais à terme, elles ont aussi besoin de s’adapter à la mondialisation nette à la modernité, d’où la nécessité des réformes de structures.

 

C’est évidemment le chemin emprunté par Emmanuel Macron. Maintenant c’est un chemin pavé de gros risques. Il y en a trois :

Le premier serait que les réformes de structures en question ne génèrent pas de résultats tangibles. Moyennant quoi, les gilets jaunes peuvent se réveiller.  
Le second risque serait que l’Europe n’accompagne pas le mouvement et se mette en travers de cette évolution. Un éclatement de l'Europe couterait évidemment plus cher que l’union. Les Anglais qui font leurs comptes ont compris cette évidence, d’où leur embarras.

Le troisième risque est évidemment le déclenchement d’une crise financière internationale par le défaut d’une grande banque ou d’un Etat. Ce jour-là, les taux d’intérêt s’enflamment, le marché interbancaire se bloque (comme en septembre 2008) et les banques centrales sont incapables de rattraper les systèmes, faute de moyens. En 2008 et 2009, les Etats ont pu s’endetter, les banquiers centraux (garantis par les Etats) ont fait le maximum, mais aujourd’hui, les lignes de crédit sont épuisées.