Macron s’explique : « une politique libérale, oui j’assume, mais une politique pour les riches, surement pas ».

Pour sa première émission de télévision depuis son élection, Emmanuel Macron a tout fait pour se débarrasser de cette étiquette qui lui colle à la peau, celle « de président des riches ».

Il devait parler pour éviter la multiplication des bugs qui envahissaient le discours politique, les rues de Paris du côté de la place de la République, et risquaient de fragiliser sa politique.

 

Pour sécuriser son projet, le président de la République a d’abord fait un état des lieux de ce qu’il a réalisé depuis son installation.

En gros, il considère qu’il a réhabilité la fonction de président et restauré l‘image de "la France qui gagne" aux yeux de l'étranger et c’est vrai, il suffit d’interroger tous les expatriés qui, pour la première fois depuis longtemps, sont assez fiers du retour de la France sur la scène internationale.

Ensuite, et compte tenu de l’état économique et financier du pays, il a actionné des leviers de reprise qui agissent sur l’organisation de la gouvernance et qui stimulent les ressorts de la reprise d’activité en s’attaquant principalement au déficit de compétitivité.

Son diagnostic est simple. La France ne fonctionne plus parce que ses entreprises ne réussissent pas à vendre leurs produits. Qu’il y ait un problème de pouvoir d’achat sans doute, mais surtout, il y a un problème d’offre. L’offre de produits et de services n’est pas compétitive. Elle est trop chère et trop faible en qualité et en valeur ajoutée. Depuis qu’il est entré en campagne, le président de la République a martelé cet état de sous-compétitivité.

Il a donc, une fois de plus à la télévision hier soir, rappelé que tous les projets de réformes qu’il a lancés visent à améliorer la compétitivité de l’appareil économique français.

 

Ce préambule servant à rappeler qu‘il avait déjà présenté cette équation et qu’il fait aujourd’hui ce qu’il avait promis de faire. La liste des chantiers ouverts et à venir est déjà longue : la loi travail, la loi de finances avec une réforme fiscale lourde, la réforme du système de chômage, puis de l’assurance maladie et des systèmes de retraites. Toutes ces restructurations devant s’accompagner par la mise en place d’un écosystème rénové sur trois axes. 

L’Etat, d’un côté, devra se rénover ; les entreprises de l’autre, créatrices de richesses et d’emplois, devront être protégées. Et enfin l’Europe, qui doit trouver les moyens pour produire plus de productivité internationale et de solidarité interne.

 

Maintenant, tout ce discours est d’inspiration libérale. Le monde entier a compris que la France entendait revenir dans la compétition internationale. Du coup, tout ce qu’il entreprend appartient évidemment à la sphère libérale, c’est à dire à un corps d’idées qui concourt à libérer les acteurs économiques des contraintes qui les gênent, tout en refondant un certain nombre de règles de comportement qui sont trop astreignantes et compliquées.

Emmanuel Macron ne se cache pas d’avoir ouvert des chantiers pour libérer l’activité de l'entreprise. Il assume ce libéralisme pragmatique, mais comme beaucoup de libéraux, il sait bien que les idées libérales sont en France assimilées à des outils conservateurs, allant à l’encontre du modèle social.

Comme tous les libéraux, Macron sait très bien qu’un promoteur du libéralisme sera toujours accusé par les élites administratives françaises de faire le jeu des capitalistes et des riches, au détriment des classes moins favorisées.

Ce procès-là est fréquent en France et il explique pourquoi les élites françaises restent très critiques à l'encontre de la mondialisation, de la concurrence ou de l’innovation technologique.

Ce procès en libéralisme toxique a fait qu'en France, on a toujours préféré la gauche, l’étatisme, le colbertisme, la régulation à l’économie de marché en concurrence pure et parfaite.

Le fait nouveau avec Emmanuel Macron, c’est qu’un président de la République assume totalement ce qu’il fait. Et il l’assume pour deux raisons qu’il a expliquées à nouveau.

La première raison est que toutes les autres politiques alternatives ont échoué. Certaines ont même conduit à la catastrophe.

La deuxième raison, c’est qu‘une politique libérale bien conduite ne doit pas profiter aux riches mais elle doit profiter à tout le monde. D’où son insistance de s’adresser à la France qui n’a pas profité des bienfaits d’une formation, ou des opportunités offertes par la mondialisation. Une politique de liberté du travail ou de dérégulation fiscale qui n’aurait pas pour objectif de dynamiser le système, favoriser les créations de richesses et d’emploi, n‘aurait aucune raison d’être. Il ne s’agit pas d’enrichir les riches, mais les pauvres.

En expliquant cette mécanique qui est au service de tous, les riches comme les pauvres, Emmanuel Macron a repris les arguments des premiers théoriciens du libéralisme, les Ricardo, Adam Smith et tous les autres qui ont accompagné la révolution industrielle.

Toute révolution industrielle n’est acceptable que si, et seulement si, elle profite au plus grand nombre.

La machine à vapeur a donné du travail à des millions d’hommes et de femmes, l’automobile a tué le transport à cheval mais a multiplié les occasions de transport. Les taxis ont tué les cochers, et les maréchaux ferrant, mais ils ont fait naitre tellement d’autres métiers. Ne parlons pas de l’électricité ou d’internet.

Un process industriel, une innovation ne se développe pas pour satisfaire des classes dirigeantes qui n’en ont pas besoin, mais pour réponde à une envie des peuples qui cherchent à améliorer leur sort.

 

Personne ne sait si Emmanuel Macron a convaincu hier soir la majorité de la population de l’intérêt de ses réformes. Lui-même ne le saura que lors des prochaines élections et quand il pourra présenter des résultats tangibles. Mais la plupart des chercheurs, des intellectuels, des analystes sont obligés d’accepter ce raisonnement, sauf à tomber dans une idéologie très négationniste. La solitude idéologique de Jean-Luc Mélenchon va très vite lui poser un problème.

 

Ce qui est intéressant, c’est que pareillement, Emmanuel Macron a bien compris qu'en démocratie, il ne pouvait pas changer la société sans que la société soit d’accord avec le changement. Il a très bien compris que ses supporters ne représentent que 30% du corps électoral. Or, il doit gouverner pour tout le monde.

Comme si son explication de l’intérêt général attachée à des mesures libérales ne suffisait pas, il a, de façon très claire et assumée, planté des marqueurs de gauche : l'imposition des produits de luxe, le chômage pour les indépendants, le maintien d’un pouvoir des branches...

 

En bref, Macron, après avoir parcouru la planète pour redorer le blason de la France, devient chef de la politique intérieure, développe et assume une politique libérale. Mais pour prouver que cette politique économique ne s’adresse pas seulement aux riches, il marque à gauche par des éléments fortement symboliques.

L'exercice du président de la République est totalement nouveau. Il est risqué. Mais pour l’instant, ça marche.