Les menaces de sanction américaines piègent les échanges franco-russes. Les 4 vraies raisons pour lesquelles Emmanuel Macron n’a pas fait de miracles.

Le Forum économique de St Pétersbourg a montré que le renforcement de la coopération économique entre la France et la Russie était bloqué pour des raisons qui dépassent les dirigeants politiques. 

 

En dépit d’une volonté partagée de trouver les moyens d’accroitre les échanges commerciaux entre les deux pays, Emmanuel Macron et Vladimir Poutine n‘ont pas fait de miracle. La force des différences et surtout le réseau de contraintes dans lequel les deux pays sont enfermés, dressent des barrières très difficiles à surmonter.

Pourtant, tout concorde. L‘analyse très objective des rapports de force et de leur évolution plaide pour un renforcement des rapports commerciaux entre l‘Europe et la Russie. Ces rapports sont culturellement très anciens. Ils sont sur le plan économique historiques. Sauf que le rapprochement entre les Etats-Unis et la Chine, qui va nourrir le courant d’affaires au profit de Etats-Unis, risque fort de se faire au détriment des européens. La seule solution pour des grands pays exportateurs de l’Europe serait donc de se rapprocher de la Russie afin de trouver la croissance là où elle est. Or, la question des sanctions qui sont encore appliquées pour cause de conflit sur l’Ukraine, hypothèque aujourd‘hui la liberté de développer les rapports commerciaux. 

La France (et toute l'Union européenne) a besoin d’exporter. La Russie a besoin des importations européennes, de la technologie et a besoin d’investir.  

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont beau marteler leur volonté de régler les dossiers qui les séparent et qui les empêchent d’éclairer leur avenir, un très grand nombre de contraintes s’oppose à cette évolution.

 

1èresérie de contraintes, le non-règlement du dossierukrainien. Sur l’Ukraine, la Syrie et l’Iran, la remise des compteurs a zéro sera très difficile à court terme. Or le règlement de ces dossiers conditionne une grande partie de l’évolution des échanges. La question de l’embargo lié au problème ukrainien s’ajoute à l’impact des décisions américaines de sanctionner les entreprises qui continueront à travailler avec l’Iran ou avec les amis de l’Iran. Le groupe Total, par exemple, vient de suspendre d’importantes opérations et projets en Iran, alors que le groupe continue de ne pas avoir les coudées franches en Russie. 

 

2ème série de contraintes, les menaces américaines. Les menaces américaines d’infliger des pénalités très lourdes aux entreprises qui ne respecteraient pas les consignes d’embargo données par la Maison Blanche tétanisent beaucoup d’entreprises européennes et notamment les français. D’autant que les sanctions peuvent aller jusqu'à empêcher les entreprises de travailler sur le marché américain ou même celles qui travaillent en dollar. Or comme le dollar est utilisé dans 60% des opérations de commerce internationales, tout le monde peut se sentir visé. La BNP en sait quelque chose, elle qui a payé très cher un comportement non jugé conforme aux consignes américaines en 2014.  Autant dire que le dictat américain ressemble fort à une menace de condamnation à mort pour les entreprises qui pendraient le risque de ne pas respecter la consigne. 

 

3ème série de contraintes, les menaces de représailles russes aux menaces américaines. C’est un projet encore flou du gouvernement Poutine mais il germe. Selon ce projet, les entreprises européennes qui se plieraient devant la menace américaine se verraient interdites de commercer avec la Russie. A contrario, Vladimir Poutine, a indiqué lors du forum de St Pétersbourg  , que la Russie allait étudier le moyen de travailler en Euros plutôt qu’en dollars de façon à sortir les partenaires du champ des menaces américaines . Ces projets ne sont que des ébauches mais ils montrent à quel point les relations sont empoisonnées par cette questions des sanctions américaines et surtout change complètement les règles du jeu dans le commerce international. 

A la limite, empêchées de travailler d’un coté, les entreprises se verraient empêchées de travailler de l’autre. Elles doivent choisir entre les Etats-Unis et le marché russe.

 

4esérie de contraintes, le déficit de solidarité au sein de l’Union européenne. Alors qu’au moment où Vladimir Poutine , parle de travailler en Euro , a l heure , où  le président Russe rappelle que l ‘Europe pouvait aller de « l Atlantique a l Oural » ou comme le disait Emmanuel Macron, de « Lisbonne a Vladivostok » les pays de l’union européenne ne font pas preuve d’un courage ou d’une imagination particulière . Déficit de courage et d’imagination.

Les potentialités du marché russe sont pourtant considérables mais nos concurrents principaux pour l’accès au marché russe sont européens. Dans beaucoup de secteurs, industrie, aéronautique, énergie, automobile, agroalimentaire, distribution, nos concurrents sont le plus souvent allemands, espagnols ou italiens. Les pays de l’Union européenne sont incapables de chasser en meute et de gagner ensemble. Bien que nos racines historiques et culturelles soient communes et anciennes, nos approches de la Russie sont différentes. Nous n’avons pas la même appréciation des particularités de la démocratie russe, ou même de la pratique des droits de l’Homme. Donc c’est assez compliqué de se prendre par la main pour aller faire des affaires ensemble avec Poutine. Les uns ne pourront jamais s’empêcher d’être donneurs de leçon pendant que d’autres tomberont au plus profond du cynisme. La ligne médiane faite de pragmatisme responsable et donc acceptable est difficile à trouver. 

Ajoutons à cela que, jusqu’à maintenant, l‘Europe n’a pas trouvé de réponses cohérentes aux menaces américaines. Ce qui est préoccupant dans ce type de rapport de force, c’est que les tensions sont alimentées par les décisions américaines et la détermination de Donald Trump à donner des gages à son électorat. Les effets sont difficiles à contrecarrer. 

Ce qui est doublement préoccupant c’est que la seule réponse efficace serait d’opposer aux décisions américaines, une attitude de fermeté respectée par l’ensemble des pays de l’Union européenne. Or, cette attitude est impossible. D’abord, parce que beaucoup de petit pays de l’Union s’arrangent pour faire cavalier seul, pour servir au mieux leurs intérêts particuliers. Ensuite, parce que l’Allemagne, très gros exportateur, veut éviter tout risque de perdre des marchés. Donc pas question de tenter un bras de fer avec ses gros clients que sont les américains, d’un coté et les Russes ou les asiatiques de l’autre. Pas question, à moins d’être sur de la gagner. Or aujourd’hui, ce sont l‘Amérique de Trump et la Chine qui mènent la danse et dominent les rapports de force sur la planète. L‘Europe oui, mais l‘Europe est coincée. La Russie peut-être, mais la Russie attend son heure.