Les anglais de Londres élaborent désormais des scénarios d’annulation du Brexit

A Londres, les milieux financiers n‘ont qu’une idée en tête : imaginer les scénarios qui pourraient aboutir à l’annulation du Brexit.

 

Un rêve ou un projet pour les uns, un cauchemar ou un fantasme pour les autres. Toujours est-il que les bureaux d’analyse financière et de prévisions économiques de Londres concoctent des scénarios de rupture, souvent à la demande de leurs clients, banquiers et gérants de patrimoine. A noter aussi que les jeunes, et particulièrement les jeunes de moins de 30 ans qui avaient voté contre le Brexit, croient eux aussi à des possibilités de retour en arrière.

Le désordre actuel, l‘embarras du gouvernement et la dégradation de certains indicateurs alimentent cette spéculation. A moins que ce ne soit l’inverse. La spéculation politique ayant fragilisé le pouvoir, la négociation s’enlise. D’autant plus que pendant des mois, on a cru à Londres que le gouvernement obtiendrait des concessions de la part des européens. Des concessions qui leur auraient permis de sortir de l’Union européenne sans pour autant abandonner la plupart des avantages qu’ils avaient, et qu’ils pourraient conserver, notamment le fameux passeport européen qui donnait aux entreprises étrangères installées en Grande Bretagne le droit d’accéder au marché de l’Union européenne. Le tout sans conserver les inconvénients.

En fait, les membres de l’Union européenne sont restés unis sur une position claire qui impose à la Grande Bretagne de quitter ou de rester. Michel Barnier a eu l’habileté de protéger des positions communes et de les expliquer sans provocation. Même les pays d’Europe qui auraient pu être tentés par une solution plus conciliante et qui souhaitent maintenir une relation privilégiée avec la Grande Bretagne n’ont pas bronché. C’est notamment le cas de l’Allemagne qui est restée campée sur la ligne officielle de Bruxelles.

 

La position des européens ne bougera pas. Dans le climat actuel, l'Union européenne ne peut pas laisser croire que certains Etats membres pourraient avoir des conditions particulières, parce qu’elle serait l’objet de demandes identiques. De la part de la Catalogne, par exemple, serait légitime à demander une adhésion directe à l’Union européenne ; de l’Ecosse, pourquoi pas, sans parler de certains landers allemands ou certaines régions italiennes.

La Commission européenne ne peut pas se retrouver à gérer des demandes d’adhésion régionale ce qui reviendrait à démonter systématiquement l’autorité des Etats-Nations. L’Union européenne est une union d’Etats, l’Union européenne ne peut pas prendre le risque de court-circuiter les gouvernements, pas plus qu‘elle ne peut accepter des régimes dérogatoires comme celui que les anglais réclament.

Par conséquent, les anglais opposés au Brexit se plaisent à rêver d’une annulation de la procédure qui découle, rappelons-le des résultats du referendum du 23 juin 2016 qui avait été proposé par David Cameron.

 

Les scénarios d’annulation sont de plus en plus publics, la presse s’en fait l’écho et Bloomberg en a donné cette semaine les détails.

Tous les scénarios d’annulation sont construits sur un préalable : le départ de Theresa May. Comme son prédécesseur, David Cameron, Theresa May avait décidé d’organiser des élections anticipées en juin dernier parce qu‘elle pensait obtenir une majorité claire, pour ou contre le Brexit.

La réalité est que Theresa May a perdu la majorité au parlement. Son parti en est sorti très divisé. Du coup, elle n’a plus de pouvoir réel pour négocier. Elle oscille entre une demande de Brexit dur (hard Brexit) et un statut plus modéré.

En attendant, la visibilité des chefs d’entreprise est complètement brouillée.

Les observateurs estiment que cette fragilité politique serait de nature à créer une situation qui accoucherait d’une décision pour revenir en arrière. Mais tous passent par une démission de Theresa May. Sans doute avant la fin de l’année. Ce qu’elle avait d’ailleurs déjà envisagé au retour des vacances en septembre.

Une démission de Theresa May entrainerait mécaniquement de nouvelles élections dans les six prochains mois, soit avant l’été 2018, avant le début de la négociation prévue avec l’Union européenne.

 

A partir de cette élection, trois cas de figures qui aboutiraient au même résultat selon les auteurs.

1ère possibilité : le parti conservateur complètement désuni perd les élections. Les travaillistes l’emportent et Jeremy Corbyn s’installe aux commandes en poursuivant la négociation avec Bruxelles.  Le parti travailliste accroit la pression fiscale pour se donner des marges, ce qui contribue à détériorer la situation économique. Du coup, il accepte un second référendum sur le Brexit. Les syndicats plaident pour revenir en arrière. Dans ce cas , les anglais devant le marasme économique votent contre le Brexit .  

2ème. possibilité : après le départ de Theresa May, c’est Boris Johnson qui prendrait sa place. Il en rêve. Ce partisan d’un hard Brexit reprendrait la négociation qui se bloquerait très vite . Du coup, son parti se diviserait. On peut imaginer que le courant plus moderne et plus jeune à l’intérieur du parti conservateur reprenne du pouvoir et fasse campagne pour rester dans l’UE. Ce courant très modéré peut trouver une alliance avec les libéraux travaillistes et constituer une majorité solide qui déciderait alors de rester dans l’Union européenne. Sans même passer par la case referendum.

3ème possibilité : sans doute la plus démocratique. Theresa May est remplacée par un conservateur plutôt europhile et part en guerre contre la partie la plus anti-européenne de son parti. Les négociations n’avancent pas, mais la situation économique continue de se dégrader. Du coup, ce Premier ministre décide d’organiser, en accord avec les courants libéraux travaillistes, un referendum qui devrait annuler le projet du Brexit.

 

A noter que ces trois scénarios sont construits sur la même logique.

1er temps, Theresa May complètement paralysée quitte le pouvoir. Les partisans ténors du Brexit ayant disparus, la situation devient très confuse.

 

2ème temps, la situation économique liée au manque de visibilité et aux délocalisations se dégrade, ce qui inquiète les syndicats et provoque un changement de stratégie.

 

3ème temps, cette situation économique crée les conditions pour organiser une consultation électorale qui donne le pouvoir aux anti-Brexit.

Pour beaucoup d’observateurs, il faudra sans doute frôler la catastrophe pour l’éviter. CQFD.

Machiavel l’a dit et expliqué avant les anglais.