Le tout Paris du business passe au vert : de la com ou vraie stratégie ?

La majorité des institutions financières a décidé d’un plan massif d’investissement en faveur de la transition énergétique. De la com ou du sérieux ? 

 

Lors d’un sommet dédié à l’économie verte, Emmanuel Macron a tenté cette semaine de relancer la COP 21, singulièrement abimée par Donald Trump. Il a donc réussi à réunir tout un parterre de célébrités américaines et surtout de chefs d’entreprise pour relancer les investissements en faveur de la transition énergétique et pour lutter contre le réchauffement climatique.

Alors bien sur, beaucoup de chefs d’Etat et de gouvernement se sont excusés. Angela Merkel, coincée par des contraintes de politique intérieure, a préféré ne pas venir. Dommage, l‘Allemagne, avec ses centrales au charbon, est le gros pollueur de l’Europe.

Mais peu importe, le plus important, c’est le nombre de grandes entreprises industrielles et financières qui viennent de décider de consacrer près de 320 milliards d’euros dans les 5 ans pour accélérer la transition énergétique. Sachant que les besoins dans le monde atteindraient 90 000 milliards de dollars dans les trente ans.

Le plus important aussi, c’est la décision prise par les plus grands fonds d’investissement de demander aux entreprises dans lesquelles ils investissent de produire chaque année un bilan carbone et un bilan des efforts réalisés pour en réduire les émissions.

Alors, on peut s’interroger sur la finalité de ce qui ressemble d’abord à une campagne de communication.

Plan de communication pour Emmanuel Macron ? Oui bien sur, mais c’est dans sa fonction. En parrainant un plan de relance de la transition énergétique, il gagne sur tous les tableaux. Il répond à une demande d’une grande partie de l’opinion très sensibilisée par les questions d’environnement. Il reprend et réveille les engagements de la COP 21. Et sur le plan international, il reprend l’offensive contre Donald Trump qui s’est retiré de la COP 21. Il prend le leadership en Europe de la lutte contre le réchauffement climatique et profite avec raison des difficultés de la chancelière allemande. Mais, fait nouveau, il confie le dossier aux entreprises en expliquant que c’est surtout de leur responsabilité.

 

Plan de communication donc pour les chefs d’entreprise, parce que la majorité des chefs d’entreprise d’entre eux est, à titre individuel, concernée comme tout le monde par ces questions. On ne peut pas penser qu’ils soient totalement cyniques. On peut croire que beaucoup sont habités par une morale et une éthique personnelle. Le problème, c’est que jusqu'alors, la mise en musique de ces engagements contre le réchauffement climatique s'est heurtée très souvent aux contraintes de la concurrence internationale et aux impératifs financiers.

 

Le fait nouveau aujourd’hui, c’est que les entreprises mettent en place de véritables plans stratégiques d’investissement et qu'elles le font parce qu’elles ont découvert qu’il en allait de leur intérêt.

Les salariés demandent à travailler dans une entreprise qui respecte l’environnement.

Les actionnaires exigent de plus en plus que les entreprises dans lesquelles ils ont investi leur argent puissent lutter contre le réchauffement climatique et investir dans la transition énergétique.

Quant aux clients, ils sont de plus en plus attentifs à l’origine des produits, aux conditions de fabrication, aux composants.  Et ils sont de plus en plus nombreux à accepter de payer cet effort plus cher.

C’est si vrai que l’information sur les produits est de plus en plus exigeante, c’est si vrai que les milieux financiers rendent obligatoire le bilan carbone des entreprises, de toutes les entreprises (industrielles ou digitales) afin de mesurer leur consommation d’énergie et leur émission de carbone.

Devant de telle initiatives, on voit bien que les stratégies des entreprises prises sous la pression de toutes les parties prenantes, les salariés, les actionnaires, les clients et l’environnement seront sans doute beaucoup plus efficaces que toutes les déclarations de principes prises par les gouvernements du monde.