Le principal frein à la croissance des PME, c’est la pénurie de compétences. Une interview de Bernard Cohen-Hadad, Président de la CPME Paris Ile-de-France.

Alors que le chômage de masse continue de gangréner la société française et de freiner sa capacité de développement, les PME ne trouvent pas à embaucher les personnels dont elles ont besoin. 

Pour les PME, le frein principal à la croissance est désormais l’incapacité du marché de l’emploi à satisfaire les demandes d’embauches. Les tensions du marché sont telles que dans beaucoup de secteurs, les entreprises sont obligées de retenir leur développement.

D‘un côté, un taux de chômage insupportable, de l’autre, des entreprises qui ne trouvent pas les salariés dont elles ont besoin. Les PME d’Ile-de-France peuvent sauver l’emploi des jeunes dans la région capitale. Elles en ont les moyens. Elles en ont aussi besoin…

La CPME Paris Ile-de-France regroupe 3000 TPE et PME dont la moitié est sur Paris. La confédération patronale organise aujourd’hui la troisième édition de l’Université Francilienne des Entreprises.L’objectif est de restaurer l’égalité des chances dans la promotion et la création de l’emploi. L’enjeu est surtout de trouver des solutions pour que le marché de l’emploi soit plus fluide, plus efficace. 

Bernard Cohen-Hadad s’explique.

 

JMS : Quelle est la conjoncture économique pour les PME en Ile-de-France actuellement, après une année très bousculée par le mouvement des gilets jaunes et l’ampleur des mesures gouvernementales qui ont été prises afin de répondre aux revendications de pouvoir d’achat ?  

Bernard Cohen-Hadad : Les entreprises franciliennes ont affiché une croissance moyenne de 1,9 % de leur chiffre d’affaires au cours des quatre derniers trimestres (i.e. du 3e trimestre 2018 au 2e trimestre 2019) ; cette évolution dans la région est restée inférieure à la performance nationale (+ 2,2 % – Source : CCI).

L’année a été bousculée par les manifestations des gilets jaunes et les mouvements sociaux, mais globalement les résultats économiques sont encourageants. 

Les PME ont été pénalisées par ces manifestations successives fin 2018 et début 2019 (notamment - 6,9 % en mars). Le nombre de nuitées dans les hôtels d’Ile-de-France a affiché des résultats, certes hétérogènes, mais plus favorables à partir du printemps (+ 4,9 % en avril, - 2,6 % en mai et + 4,4 % en juin). 

Mais l’emploi salarié privé est resté dynamique (83 000 créations nettes dans la région entre le 2e trimestre 2018 et le 1er trimestre 2019), ce qui a conduit le taux de chômage francilien (7,6 %) à son niveau le plus bas depuis début 2009. Et nos PME n’y sont pas pour rien !

Le moteur de l’exportation en Ile-de-France reste très dynamique.Dans la lignée des trimestres précédents. Mais les exportations touchent encore peu nos PME.  

 

JMS : Si on résume le tableau de bord des PME, on retient quels chiffres ?    

Bernard Cohen-Hadad : 

Très simple : 

       .      Augmentation de 1,8% de l’activité des TPE PME franciliennes par rapport au S2 2018

·     Quasi-stabilité pour les défaillances d’entreprises (- 0,7 % au 1er trimestre 2019, puis + 0,5 % au suivant)

·     +1,9% de chiffre d’affaires sur les 4 derniers trimestres

C’est une particularité de la région capitale.

 

JMS : Quelles sont vos attentes en termes de reformes de la part des pouvoirs publics. Quelles sont vos priorités en matière de réformes sociales pour les PME ? 

Bernard Cohen-Hadad : Le chef d’entreprise a besoin de liberté et de stabilité dans la régulation. Ce qui gêne nos entreprises en général c’est le manque de visibilité, et les changements incessants au niveau de la fiscalité et des normes sociales. Il faut nous laisser vivre dans un écosystème qui soit porteur et stable. Pour le reste que chacun fasse son travail. Que l’État poursuive ses réformes de structure, de simplification et les entreprises digèreront les réformes et créeront de la valeur. 

L’organisation à laquelle nous appartenons attend beaucoup de la mise en place du CSE pour dynamiser le dialogue social dans les PME, qui s’approprient positivement cette réforme. En effet, sur le papier, elles peuvent faire une réunion tous les deux mois, mais dans la réalité du terrain elles le font une fois par mois.

 Sur la réforme des retraites, François Asselin, le président de la CPME Nationale, est très attentif. Il est inquiet de certains projets : l’absorption des réserves par le régime unique qui porte un risque d’étatisation. Ce qui pose problème à terme ? La disparition progressive du paritarisme et des corps intermédiaires.

  

 

JMS : Venons-en à l’état du marché de l’emploi en Ile-de-France qui est au centre de vos travaux.

 Bernard Cohen-Hadad : Toutes les études réalisées par Rexecode et BPI notamment, montrent que le marché de l’emploi est en tension. La rencontre entre employeurs et demandeurs peine à se faire. 

On constate une embellie : au 2e trimestre 2019, le nombre de demandeurs d’emploi franciliens diminue par rapport au 1er trimestre 2019 le taux de chômage est stable au 1er trimestre 2019, et se situe à 7,6 %. 

  • L’emploi salarié augmente de 0,4 % au 1er trimestre 2019. 
  • L’activité partielle est en recul au 2e trimestre 2019. 
  • Le nombre de plans de sauvegarde de l’emploi est en légère baisse au 2e trimestre 2019.
  • Progrès des emplois durables au deuxième trimestre 2019 

MAIS et c’est là, où nous avons un problème : les difficultés de recrutement demeurent de loin le principal frein à la croissance, citées par 59% des PME interrogées par l’étude BPI Rexecode. Elles sont à nouveau en progression par rapport au trimestre précédent (57%) et sur un an (56% au 3 e trimestre 2018).  Ces difficultés affectent le développement de leur activité. Difficultés exprimées : pénurie de candidats et inadéquation des attentes réciproques entre entreprises et candidats. 

 

JMS : Est-ce que le projet du Grand Paris avec tous les investissements programmés ne va pas être un formidable accélérateur de croissance, qu’en attendez-vous ? 

Bernard Cohen-Hadad : Le Grand Paris Express est un investissement d’avenir. Nos entreprises savent ce qu’il leur coûte ! Mais ses bénéfices en matière d’emploi, de formation, d'insertion, de productivité et d'attractivité en font un projet à haute valeur ajoutée. Il profitera aux Franciliens, au développement économique de toute la région et à l’ensemble du pays. C’est pourquoi, les TPE et PME doivent profiter des opportunités. Le « quota PME » ne doit cependant pas se résumer à la seule participation aux chantiers d’infrastructures. 

Autour des nouvelles gares va naître une nouvelle vie.Ces activités doivent profiter aussi aux TPE - PME et aux indépendants et à l’emploi de proximité. C’est pourquoi il est important de rester attentif à ces problématiques et au dialogue qui s’instaure entre tous les acteurs comme à la maitrise des budgets. Ces projets doivent créer une vraie dynamique de l’emploi sur tout le territoire francilien avec des coûts maîtrisés.

En termes d’Emploi :

Le chantier du Grand Paris Express mobilise, chaque année, environ 15 000 emplois pendant toute la durée des travaux, dont deux tiers dans l’industrie de la construction et un tiers pour la réalisation des matériels roulants.

Le projet induit également de nouvelles activités dans et autour des gares : services, projets d’aménagement, construction de logements, etc. 

Au niveau de l’inclusion et de la formation, la réalisation du Grand Paris Express est l’occasion de favoriser l’inclusion,  l’insertion professionnelle et la formation. Ainsi, les marchés contractés intègrent des clauses d’insertion, réservant 5 % des heures de travail à des personnes éloignées de l’emploi, dont bénéficieront prioritairement les habitants des territoires traversés par le Grand Paris Express. 

 

JMS : C’est donc un moteur de croissance pour les PME ? 

Bernard Cohen-Hadad : Le chantier du nouveau métro, comme le Terminal 4 de Roissy que nous soutenons,  est un levier de croissance pour les PME, et pour l’emploi,  en Île-de-France. Reste à garantir que la part des 20 % des travaux réservés aux PME soit effectivement exécutée par des TPE PME, ou des indépendants, en cotraitance ou en sous-traitance. Pour cela, nos entreprises doivent travailler ensemble et être accompagnées.