Le glyphosate, le dernier débat hystérique de tous ceux qui se méfient de l’Europe et du progrès.

La vérité scientifique se bat en duel avec l’inculture et l‘anxiété populaire. Le débat sur le glyphosate est désormais devenu hystérique. 

Un jugement aux Etats-Unis a condamné Monsanto à payer 2 milliards de dollars en dommages et intérêts à deux personnes atteintes de cancer. Cette affaire a évidemment relancé le débat sur les effets du Glyphosate. Du pain béni pour les professionnels de la politique qui n’ont aucun mal à dénoncer les incohérences de la législation européenne coincée entre l’incertitude des études scientifiques, les intérêts économiques et les positions idéologiques.

Si les candidats aux européennes se sont emparés à nouveau de ce dossier, c’est bien parce qu’il fait recette au cœur des opinions publiques européennes, il inquiète d’autant plus que les certitudes scientifiques ne sont pas prouvées. Du coup les pouvoirs politiques ont des positions mal définies et souvent contradictoires. D’où un débat qui n‘en finit pas de polluer les relations sociales et politiques.

La Commission européenne, qui avait renouvelé l’autorisation d’utilisation du Glyphosate pour les cinq prochaines années, est revenue sur cette décision en novembre 2017 pour limiter l’autorisation du pesticide à 2022. Le gouvernement français, lui, a été encore plus sévère en retenant la date de 2021... Une date qu‘il aura beaucoup de mal à tenir parce qu’« il n’a rien en magasin » pour remplacer le fameux glyphosate et que nos agriculteurs comme les jardiniers du dimanche, en sont complètement addicts.

Le glyphosate est la molécule chimique qui sert à la fabrication du désherbant le plus vendu au monde. Le Round‘up (c’est son nom) est commercialisé par la firme américaine Monsanto depuis 1974 et Monsanto appartient désormais au groupe Bayer. Le brevet étant tombé dans le domaine public depuis 2000, le glyphosate est désormais utilisé dans l’agriculture mondiale comme dans le jardinage. Telle une drogue. Il s'en vend désormais, 800 000 tonnes par an dans le monde entier, 9000 tonnes en France.

Il n’y a pas de produit plus simple et moins couteux pour se débarrasser des mauvaises herbes.

Résultat, le glyphosate a cristallisé l'attention et la critique de beaucoup d’ONG qui estiment que le produit bouleverse les équilibres naturels et que la priorité des priorités va être de protéger l’environnement et les humains. C’est Monsanto, le fabricant historique qui produit pourtant moins de la moitié du glyphosate dans le monde qui va être ciblé. Monsanto a mauvaise réputation. Monsanto n’a rien fait pour se faire aimer du public. C’est Monsanto qui a produit les premiers OGM, mais qui a donc mis au point des plantes qui résistent aux herbicides et aux pesticides. Or, elle produit des herbicides et des pesticides. Elle gagne donc sur tous les tableaux. Ça fait la fortune des chimistes mais ça fait un peu désordre. Monsanto est accusé de tous les maux par les ONG. Greenpeace, notamment, va en faire l’ennemi numéro un avec un angle d’attaque très précis. Monsanto tue les hommes et les animaux par les effets toxiques du Glyphosate. A partir des années 2000, l’opinion publique internationale se braque.

Le Round‘up est sans doute utile à l‘agriculture moderne, mais mauvais pour la nature et pour les humains. Du coup, les pétitions succèdent aux pétitions. Plus d’un million d’Européens, par exemple, vont signer l’initiative citoyenne européenne « Stop glyphosate », demandant à l’Europe de ne pas renouveler l’autorisation. Les débats ne sont pas très clairs. L’autorisation de renouvellement sera obtenue à une très courte majorité : 65,71%  sur les 65% requis ! La France, l’Autriche, la Grèce et l’Italie vont voter contre.

La réalité oblige les démocrates à reconnaître qu'il n’y a pas de majorité, ni dans un sens, ni dans l'autre et que les responsables politiques baladent l'opinion publique selon leur intérêt idéologique. La raison de cette situation est que personne n’y voit clair. Les études scientifiques et les évaluations sont vagues, incertaines avec des conclusions peu objectives ou certifiées par des autorités incontestables.  

En 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (Organisation Mondiale de la Santé) va classer le glyphosate comme "cancérogène probable", les deux Agences d’expertise européennes (EFSA-Autorité Européenne de Sécurité des Aliments et l’ECHA-Agence européenne des produits chimiques) vont rendre un avis favorable, préalable au vote. Elles se sont basées sur le rapport de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BRF), chargé par l’Europe d’évaluer les risques pour la santé.

Or, les opposants au glyphosate vont accuser l’institut allemand d’avoir utilisé une étude réalisée par Monsanto. Ils vont accuser aussi les organisations agricoles et les lobbys d’être intervenus et de ne pas avoir livré une évaluation indépendante, objective et transparente. 

Tous les adeptes du principe de précaution vont donc partir, eux aussi, en guerre contre le Glyphosate en expliquant que le doute doit imposer l’application du principe de précaution.

Dans ce dossier, rien n’est démontré, la nocivité n’est pas démontrée, sa neutralité non plus. Très récemment, 11 agences sanitaires au monde ont donné un avis unanime en affirmant que bien utilisé, le Glyphosate ne présentait pas de risque. Sauf que toutes ces études restent suspectes de collusion avec Monsanto. Un certain nombre de laboratoires ont analysé tous les retours d’expérience depuis 40 ans. La mutualité sociale agricole a repris des centaines de milliers de dossiers et n‘a pas trouvé de risques accrus de cancers chez les agriculteurs exposes à l’herbicide.

Mais les opposants considèrent que « l’absence de certitudes scientifiques ne doit pas servir de prétexte pour ne pas l’interdire au nom du principe de précaution ».

L argument est donc incontournable.

Tous les historiens savent pourtant que si on avait imposé le principe de précaution à Christophe Colomb, il n’aurait jamais découvert l’Amérique. Mais non seulement, il a découvert l ‘Amérique, mais il a aussi inventé l’assurance. Plus tard, on n’aurait sans doute jamais autorisé les automobiles à rouler, ni les avions à voler.

Le problème qui bloque toute évolution dans ce débat devenu quasiment théologique est qu’il n'existe pas de produits alternatifs capables de produire le même effet sur les mauvaises herbes. Parce que le jour où on aura découvert la nouvelle molécule, le client pourra choisir. Et la capacité de choix, la concurrence est sans doute le meilleur rempart. En France, le glyphosate est déjà interdit pour l’entretien des espaces verts et des espaces publics depuis le 1er janvier 2017. Son usage est également interdit pour les particuliers depuis le 1er janvier 2019. Reste la question du secteur agricole, le plus gros “consommateur” d’herbicides…