Le cafouillage fiscal va entrainer un bras de fer sur le budget. Objectif : récupérer 20 milliards d’euros sur les dépenses publiques.

Après la reprise en main des promesses fiscales, l’équilibre budgétaire de 2018 sera impossible, sauf à s’attaquer aux dépenses publiques.

Emmanuel Macron a donc remis sur la table  les promesses fiscales qui avait été retardées, et même pour certaines, annulées pour cause d’équilibre budgétaire sur lequel il s’était également engagé auprès de nos partenaires européens. 

Comme souvent dans le passé, le candidat élu, et ses services, se sont retrouvés confrontés à la réalité financière et plutôt que d’opérer douloureusement à des annotations de dépenses publiques pour ajuster les comptes, Edouard Philippe, le Premier ministre, a plus ou moins habilement tenté de repousser à plus tard la plupart des baisses d’impôts . Naïf ou cynique, il ne pensait tout de même pas que personne allait s’en apercevoir !

La ficelle était trop grosse. Les députes de la majorité En Marche, qui avaient été élus avec le label Macron, ont fait remonter le mécontentement de leur entourage quand ils ont appris par exemple que la suppression de la taxe d’habitation serait repoussée aux calendes grecques. Quant aux chefs d’entreprise, ils ont très vite alerté l’Elysée et l’administration pour signaler que l’équation compétitivité ne tiendrait pas la route si on laissait l’ISF en l’état ou si on ne créait pas le taux unique de 30% sur les revenus du capital.

En fait, quand Edouard Philippe a terminé son long discours de politique générale, on retenait finalement que tout allait bien. On remettait à plus tard les promesses de baisse fiscale, mais on s’accrochait à celles qui organisaient l’augmentation de la CSG dès cette année.

Ça ne passait pas. Ça ne pouvait pas passer et le président de la République a bien compris qu’il devait très vite faire machine arrière et renverser la vapeur, sauf à tomber dans le piège où s’était perdu son prédécesseur ; celui des promesses non tenues…

Il a donc rétropédalé ! Sauf que l'effet du rétropédalage pose une série de questions sur l'équilibre budgétaire à tenir.

Parce qu‘après avoir pleuré sur l’état lamentable des finances publiques avec l’expertise de la Cour des comptes pour bien faire passer la pilule qui permettait de colmater les brèches, il se retrouve coincé. Il a dénoncé les déficits mais n'a plus les moyens de le combler. Il va donc falloir faire de la gymnastique budgétaire.  Et trouver des réponses aux trois questions qui se posent.

 

Le premier porte sur la nécessité de ramener l’équilibre budgétaire en deçà des 3% et le maintenir. Emmanuel Macron s’est juré de sortir de la zone dans laquelle le pays est sous surveillance par la Commission. Cette situation n'est pas durable, car elle entame le crédit du pays et de sa gouvernance. Comment assurer un leadership en Europe, si on n’est pas scrupuleusement en règle ? Comment donner des leçons aux autres si on n’est pas soi-même irréprochable ? Comment préserver sa liberté et son indépendance si on est en permanence à la merci des banques? Pas question de demander un nouveau délai à la Commission. Faute de retarder les baisses d‘impôts, il faudra trouver d’autres solutions.

La seconde question concerne le budget 2017, en dépit des dérapages dissimulés par l‘équipe précédente, les engagements européens seront tenus. D’abord parce que les baisses ne seront inscrites que sur 2018, ensuite parce que le ministre du budget va réussir à trouver 5 milliards d’économies.

La troisième question est plus grave, elle porte sur 2018. En relançant le programme de baisses, le gouvernement creuse un trou de 20 milliards d’euros. Soit un point de PNB. Si rien n‘est fait, la norme européenne sur laquelle on s’est engagée est enfoncée. Le problème n’est pas de respecter une norme, le problème est que cette norme indique au pays s’il est malade ou pas. En dessous de 3% de déficit, on peut dire qu’il n’aggrave pas son endettement. Au delà des 3%, il se livre aux banques, perd son indépendance et envoie dans le mur la prochaine génération. 

 

On ne s’en sortira donc pas avec un simple coup de rabot comme si souvent, pour récupérer 20 milliards d’euros. Il faudra entrer dans le dur des réformes de l’Etat pour réduire les dépenses publiques. En théorie, le gouvernement a quatre pistes :

  1. Réduire le périmètre de l’Etat. Ça passera forcement par un programme de privatisations, Bruno Le Maire affirmait la semaine dernière  qu’il pouvait trouver pour 10 milliards d’euros sans toucher aux activités stratégiques. Il faudra aller plus loin et taper dans les participations lourdes comme celle de Orange ou d’EDF.
  2. Multiplier les concessions d’activités au privé. C’est possible. C’est souhaitable . Dans les collectivités locales notamment . Dans les équipements, les services d’entretien,  les cantines scolaires, la santé, l’éducation, et même la sécurité.
  3. Réviser le champ du social en mettant à plat le système de protection sociale. Sur la santé, la famille, le chômage, le total du budget social dépasse le budget de l’Etat et ne se compose que de dépenses de fonctionnement. Les révisons seront différentes.
  4. Ajoutons à cet effort une démarche au niveau de l’Europe, pour engager une mutualisation de certaines dépenses qui sont actuellement à notre charge, mais dont l'effet bénéficie à tous les partenaires de l’Union européenne. Après le départ de la Grande Bretagne, la France sera le seul pays en Europe à disposer de la dissuasion nucléaire  et le seul à pouvoir engager une force d’intervention sur terre, sur mer et dans l’air. Et quand la France intervient, elle ne protège pas seulement l'Hexagone, elle protège l’Europe toute entière.