Laurent Wauquiez : quand l’ambition le transforme en petit politicien vulgaire et cynique.

Ses amis ne décolèrent pas, ses adversaires en profitent. Faut-il être crétin pour démolir ainsi une image et désoler des jeunes qui ne demandent qu’à y croire ?

 

Dans le fond, les propos de Laurent Wauquiez devant les élèves de l’EM Lyon auraient pu restés des propos de potache un peu dissipé un soir de beuverie.

Seulement le public de l'EM Lyon n’est pas un public de potaches. Comme toutes les grandes écoles, l‘EM Lyon est le produit de son écosystème. L’ EM Lyon est donc choyée et surveillée par tout le tissu économique de la région Rhône Alpes. Quand on est lyonnais et qu on s’engage dans le business, on passe obligatoirement par l‘EM.

Si l’EM est plus qu'une école d’application, Laurent Wauquiez n’est pas un potache non plus. Il est chef d’une grande formation politique dont l’ambition légitime est d’accéder à la gouvernance.

Alors, il peut critiquer Emmanuel Macron, c’est son droit. Quand il lui reproche de se présenter en bras de chemise, c’est un peu léger, on aurait préféré qu’il parle politique, politique économique, enfin, pourquoi pas.

Quand il prédit un destin catastrophe à Gérard Darmanin pour excès de liberté, et que le lendemain, l’affaire qui pouvait effectivement déjouer sa carrière est classée sans suite, c’est assez imprudent de sa part, mais après tout !

Quand il dénonce les écoutes téléphoniques qu‘aurait commandées Nicolas Sarkozy afin de surveiller ses propres ministres, c’est un peu osé, surtout sans aucun commencement de preuve. Nicolas Sarkozy ne doit pas se faire d’illusion sur la loyauté de cet ancien militant.

Et quand il raconte qu’Angela Merkel a le charisme d’une huitre, il dépasse les bornes de la convenance. Et du sexisme. Surtout qu’on n’a jamais demandé à la chancelière de ressembler à Angelina Davis. Ensuite, parce qu’à Lyon, depuis Raymond Barre, on a sacralisé la culture de la compétitivité. Et Lyon respecte Angela Merkel comme un modèle de rigueurlLyonnais. Laurent Wauquiez, petit garçon bien élevé, aurait quand même pu savoir qu on ne s’attaque pas ainsi aux icones devant un monde des affaires qui a réussi à développer un commerce avec l'Allemagne qui fait l'envie de beaucoup de régions en France.

 

Bref, tout cela pourrait s’inscrire dans des pratiques politiques qu‘on aurait voulu savoir d’un autre temps. A commencer par les étudiants de l’EM Lyon, une des cinq plus grandes écoles de commerce et de management de France. Les étudiants voulaient savoir ce qu’un leader de la politique française pensait du système économique français, de ses potentialités, de l’avenir de l’euro, de la mondialisation, du digital. Bref, de tous ces dossiers qui devraient permettre de construire un projet cohérent pour l’avenir.

Les sponsors , une grande partie l’industrie pétrochimique, les grands de l'informatique (HP ou Ingenico), de la plasturgie, de l’électro ménager (Seb est le champion du monde et la fierté de la région) attendaient aussi des pistes un peu différentes de celles proposées par Emmanuel Macron pour assumer et la mondialisation et la digitalisation .

Or, les sponsors gourmands n'ont rien appris sur le protectionnisme éclairé dont Wauquiez aurait le secret, pas plus que sur l'euro dont il dit parfois qu'il faudrait l'apprivoiser. Rien de rien.

En réalité, ce petit monde du business lyonnais est sorti complètement désolé et écœuré de ces propos. Moins de leur contenu, qui oblige à se pincer le nez certes, mais des recommandations que Laurent Wauquiez a tenues à faire.

Incroyable. En substance, Laurent Wauquiez les prévient qu’il va parler vrai, et que par conséquent, il ne veut ni photo, ni enregistrement de ses propos.

C’est doublement stupide.

D’abord, à l’heure du smartphone, des tweets et des réseaux sociaux, comment peut-il croire qu’un public ne va pas enregistrer ou garder des traces. Un public d’étudiants en plus.

Ensuite, Laurent Wauquiez accrédite le fait qu’un homme politique comme lui a délibérément deux langages. « Si je ne dis pas la vérité, je vais vous servir un discours convenu que vous pourriez entendre sur n’importe quel plateau de télévision. »

Bref, Laurent Wauquiez reconnaît qu’il a un problème dans son expression politique puisqu’il avoue que, ce qu’il dit publiquement, dans ses meetings, auprès de ses électeurs ou auprès des journalistes est « fake » ou alors insipide!

Laurent Wauquiez reconnaît qu’il est champion du « fake news », alors que l’opinion publique et notamment les jeunes ont clairement expliqué qu’ils ne supportaient plus la langue de bois, les promesses non tenues et la connivence des hommes politiques.

Cette histoire est invraisemblable, d’autant qu’il n’est pas un vieux briscard de politicien. Il revendique appartenir à la jeune génération, celle qui parle vrai et clair.

« Laurent Wauquiez, tu es devenu fou ou quoi ? Tu es normalien, diplômé de l‘ENA. Bref, pour les élèves de l‘EM Lyon, comme pour ceux d’HEC, de l’Essec ou de l’EDHEC, tu appartiens à l’élite de l'élite. Quel exemple donnes-tu ! »