La taxe carbone sur les billets d’avion est tellement absurde qu’elle ne sera pas appliquée. Bercy fera tout pour la bloquer.

Les gilets jaunes ne voulaient pas payer la taxe carbone, c’est finalement le PDG d’Air France qui va se retrouver à la payer, ce qui servira à financer la route et le train, c’est à dire la concurrence dont le bilan carbone n’est déjà pas clair. Absurde !

La taxe carbone, que la ministre des transports Elisabeth Borne, appelle « l’éco-contribution » c’est plus chic, ne sera sans doute jamais appliquée. Elle est trop absurde. Et à Bercy, à la direction des impôts et des taxes, les fonctionnaires spécialistes de la question auront des difficultés à l’expliquer sans dissimuler l’inutilité probable de cette nouvelle taxe.

Cette éco-contribution sera de 1,50 euros à 18 euros, sur les billets d’avion pour tous les vols au départ de Paris. Le prix des billets sera donc majoré d’autant pour les vols intérieurs et intra-européens (1,5 euros pour la classe éco et 9 euros pour la classe affaires) et de 3 euros pour les vols hors Union européenne - 18 euros pour la classe affaires. Cette taxe s’appliquera aux vols partant de France et non pas ceux qui y arrivent. Les vols pour la Corse et l’outre-mer et les correspondances en seront exemptés. 

En théorie, cette surtaxe devrait rapporter 180 millions d’euros, mais les spécialistes expliquent à juste titre que cette taxe pénalisera principalement Air France pour un coût estimé à 60 millions d’euros- et accessoirement certains vols low-cost.Mais les compagnies étrangères pourront y échapper. Petit voyage en Absurdie.

 

1erpoint, cette taxe carbone va être payée essentiellement par Air France qui a déjà des difficultés et qui aura donc intérêt à faire décoller ses longs courriers d’Amsterdam, de Francfort ou de Londres plutôt que de Paris. C’est donc la France qui serait pénalisée. 

2epoint, le produit de la taxe carbone sera destiné à financer des investissements de la route et du train.C’est à dire des principaux concurrents de l’avion,la route et le train, dont personne n’est encore capable de direle bilan carbone. C’est la ministre des transports elle-même qui déclarait il y a moins d’un mois, qu’avant de condamner le transport aérien et de soutenir le train, il faudrait faire un bilan sérieux de l’émission de carbone par le système ferroviaire. On sait que le train qui roule émet moins de CO2 qu’un avion qui vole, mais on ne connaît pas l’émission de CO2 provoquée par la construction des infrastructures ferroviaires, les lignes, les matériels, les gares et les centrales électriques, même si l’électricité nucléaire est la plus propre de toutes les électricités (avec l’hydraulique). Le nucléaire, que les écologistes condamnent mais pour d’autres raisons.

 

Cette obsession de la taxe carbone appliquée à l'aérien a toujours débouché sur une absurdité macro-économique. Elle n’est envisageable et efficace que si et seulement si elle était mondialement appliquée. Sinon, elle est très facile à détourner et elle introduit des distorsions de concurrence au détriment de la compagnie nationale et de l’économie nationale, sans aucune garantie d’amélioration du bilan carbone. 

Ce projet est d’autant plus absurde que la France n’a pas de leçon à recevoir. Son bilan carbone est bon. Il est même parmi les meilleurs du monde grâce à la production d’électricité nucléaire.

Alors, pourquoi décider d’une taxe carabinée sur les billets d’avion alors que tous les spécialiste de l‘aérien, qui étaient encore réunis au salon du Bourget il y a deux semaines, excluaient catégoriquement une initiative franco-française?

Alors, pourquoi ? Essentiellement sans doute pour des raisons politiques, faire payer à Air France ce que les gilets jaunes ont refusé de payer et du même coup, désamorcer la revendication des écologistes radicaux dans la perspective de la grande conférence sur le climat qui aura lieu à la rentrée. 

Ce type de mesure n’est pas sans rappeler les méthodes que Jacques Chirac et François Hollande utilisaient. Jacques Chirac avait lui aussi déjà inventé une taxe sur les billets d’avion, cette taxe devait être payée par le monde entier. Elle n’est plus payée aujourd'hui que par la France et certains Etats Africains qui ont sous traité à Air France leurs services de transport aérien. 

Si le secret pour gouverner au calme, c’est de prendre des décisions courageuses mais de ne pas les faire appliquer, Emmanuel Macron est sur la bonne voie.