La France continue de créer des emplois industriels alors qu’elle n’ouvre plus d’usine. Bizarre !

Alors que la France s’était remise à ouvrir de nouveaux sites industriels, ce qui était une bonne nouvelle, voilà que depuis le début de l’année, ce mouvement s’est arrêté... Alors que le nombre d’emplois industriels, lui, continue de croitre. 

Alors que le nombre de créations nettes d’entreprises industrielles s’était redressé depuis 2016, le solde net entre les créations et les fermetures de sites est à nouveau négatif depuis le début de l’année. L’information sort des analyses réalisées par Tende. (Tende est l’observatoire de l’emploi et de l’investissement en France pour suivre les tendances de l’économie française. C’est la référence pour les indicateurs sur les ouvertures et fermetures d’usines, les levées de fonds ou les problématiques de localisation des startups).

La chronique des fermetures d’usine ou des arrêts de production industrielle refait les titres de l’actualité économique et sociale notamment sur la province. Les chercheurs de Tende confirment que la France a connu trois très belles années pour les créations de sites industriels en 2016, 2017, et 2018. Mais ce rééquilibrage est terminé, les fermetures sont à nouveau plus nombreuses que les ouvertures, qui se raréfient. Parallèlement, le nombre d’emplois industriels reste positif. 

Ce phénomène est intéressant mais troublant. Si on observe en détail ce qui se passe, on s’aperçoit que les fermetures d’usine restent à peu près stables dans les secteurs où il y a encore des sites industriels, c’est à dire l’agro-alimentaire, le secteur du bois et du papier. Mais il n’y a pratiquement plus aucune ouverture d’usines nouvelles. 

Depuis le début de cette année, les industriels, dont les carnets de commande sont assez garnis, ne répondent pas aux nouvelles productions en créant de nouveaux sites mais plutôt en réorganisant les usines déjà existantes. D’où la fermeté des investissements et des emplois. On ne crée pas d’usines, mais on accroit la production et l’emploi sur les vieux sites.  C’est aussi le cas de l’industrie automobile.Les grands constructeurs, Renault et PSA, Peugeot Citroën par exemple, ont fait face à la demande extrêmement forte en utilisant le potentiel industriel existant qu’ils ont modernisé ou adapté. Ils n’ont pas fermé d’usine, mais ils n’en ont pas ouvert de nouvelles ou de nouvelles lignes d’assemblage. La dernière usine d’automobiles construites en France date de l’an 2000 quand Toyota s’était installée à Valenciennes. 

Parallèlement, le pays n’accueille pas de nouvelles installations industrielles, ce qui n’est pas le cas de l’Allemagne ou de l’Italie. 

Les raisons sont nombreuses, mais portent principalement sur les questions de cout et de complexité administrative.

1er) Le poids des impôts de production dissuade les industriels alors que le cout du travail et les compétences de la main d’œuvre sont désormais gérables. La taxe sur le foncier bâti, la taxe sur la valeur ajoutée et la taxe sur les chiffres d’affaires, tout cela est beaucoup plus élevé que partout ailleurs en Europe. Peu connus, ces impôts de production pèsent pourtant plus du double du poids de l'impôt sur les sociétés, avec 72 milliards d'euros en 2016 contre 30 milliards seulement pour l'IS. Ils représentent 3,6 % de la valeur ajoutée des entreprises, ils sont surtout beaucoup plus lourds qu’en Allemagne où ces 3 impôts de production ne pèsent que 0,5 % de la valeur ajoutée. 

Bercy s’est évidemment penché sur ce dossier lors de la discussion de la loi Pacte, mais le Medef attend toujours des solutions. L’exercice budgétaire est tellement compliqué que personne ne se fait d’illusion. Les entreprise paieront pour compenser les baisses d’impôts (9 milliards d‘euros) promises aux gilets jaunes. Donc pas question de raboter les impôts de production alors que le gouvernement essaie de descendre l’impôt direct sur les sociétés au niveau de la moyenne européenne (25%). 

 

2e) la complexité administrative paraît de plus en plus lourde aux industriels qui veulent construire une nouvelle usine ou un nouveau bâtiment. Selon Bercy, il faut deux fois plus de temps pour ouvrir une usine en France que chez nos voisins européens. 

Les procédures légales et administratives, les normes environnementales de plus en plus nombreuses, pas toujours très cohérentes, bloquent beaucoup d’initiatives. Mieux vaut donc s’installer dans une friche industrielle ou à l’emplacement d’une vieille usine où les études d’impact ont déjà été faites, sauf que les fiches industrielles ne sont forcément situées dans des sites optimaux. Si les friches sont devenues des friches, ça n’est pas par hasard !