L’offensive des fintech révolutionne l’industrie financière et menace désormais toutes les grandes banques

Quand les fintech se mettent à faire de la banque, non seulement c’est plus simple, mais c’est aussi moins cher.

 

Au Paris Fintech Forum qui a eu lieu cette semaine, les créateurs de ces applications qui révolutionnent la banque rencontrent les patrons de grandes banques traditionnelles. Et quand les deux se parlent, c’est un peu comme deux générations qui ne vivent pas dans le même monde.

 

Ces applications de la fintech se nomment N26, BankMobil, Revolut, Starlin Bank ou Bankin et sont issues de startups qui ne se revendiquent pourtant pas comme des banques. Elles ont, par exemple comme Revolut, officiellement le statut de sociétés de gestion de paiement. Elles n’offrent pas toutes les mêmes services mais ont toutes fait le choix monocanal du téléphone. Et côté portefeuille, ça marche.

De l’autre coté, Frédéric Oudéa, PDG de la Société Générale, reste prudent, campé sur ses positions en déclarant que "les services bancaires ne doivent pas être gratuits" et même s’il tend à développer la banque digitale dans son groupe, les agences physiques, pour lui, doivent perdurer. Quant à Bank of America, la banque de détail américaine travaille actuellement sur une agence dématérialisée par vidéoconférence. Là encore, la réaction des geeks des fintech est sans appel : "Pourquoi voudrait-on parler à un écran vidéo alors qu'on a tout dans sa poche? Il faut qu'ils se réveillent !".

Alors, qu’ont en plus ces fintech que les banques traditionnelles ne comprennent pas ? Les avantages sont multiples : simplicité d’ouverture de compte, carte bancaire délivrée par l’application, facilité de transfert pour abreuver son compte par email ou numéro de téléphone, instantanéité des mouvements par carte bleue et dépôt de chèque par scan,  gestion de multidevises et facilité de change sans commission. Et dernière grande nouveauté pour l’application Revolut, l’achat et le paiement en cryptomonnaies. Et surtout, un fonctionnement principalement basé sur du bouche à oreille, pas de publicité et donc pas de frais de communication à facturer. Les fintech révolutionnent le secteur. Alors, il y a toujours la menace d’un rachat d’un plus gros que soi, mais les grandes banques seront toujours désavantagées. « Dans deux à trois ans les grandes banques auront copié nos services mais elles n’arriveront pas à réduire leur base de coûts assez vite » confie la fondatrice d’une de ces banques.

 

Ce que ces fintechs ont compris, c’est qu’il fallait s’affranchir des contraintes traditionnelles de la banque, dont la taille implique des process trop importants. De l’ouverture d’un compte qui demande de multiples documents ou formalités dans un établissement traditionnel ou des frais multiples – en moyenne plus de 200 euros par an par client pour nos banques traditionnelles. Le 100% mobile pour ne pas avoir à passer dans une agence signer un papier et une disponibilité 7 jours sur 7, une carte bancaire gratuite sans minimum de transactions. Elles s’économisent alors la lourdeur structurelle des réseaux de distribution des banques que nous connaissons tous, tout en bénéficiant de la conformité à la réglementation d’établissements financiers.

En deux, elles sont sans frais direct pour les utilisateurs. Ou juste en one shot pour la carte bleue pour Revolut, où le client ne paie que la fabrication et l’envoi de sa carte bleue.

Ce sont des startups, donc des boites avec une gestion encore assez basique et peu de frais de fonctionnement. Un certain niveau de technologie mais peu de personnel. Elles se font connaitre grâce au bouche et oreille, et n’ont donc pas de budget hors norme de marketing ou publicité.

Mais du coup, comment vivent-elles ? En fait, les fintech ne font pas d’argent en gérant ou en prêtant de l’argent. Mais elles vont se rémunérer plutôt via les intermédiaires qu’elles font travailler. Précisément parce qu’elles proposent des cartes bleues. Et les gestionnaires de carte bleue, Visa ou Mastercard, rétrocèdent une partie des commissions perçues aux établissements qui les font marcher. Plus les cartes sont utilisées et plus ces entreprises sont rémunérées.

Troisième raison, ce sont des applis qui se sont internationalisées. Elles ont l’agrément d’établissement de paiement européen et sont donc utilisables dans tous les pays de l’UE et ne sont pas estampillées de la nationalité d’un pays, comme peuvent l’être les groupes bancaires qui ont une identité nationale plus forte. Cela leur permet d’atteindre leur cible, plutôt jeune ou très mobile et dont la demande est aujourd’hui de gérer des comptes dans plusieurs devises via la même source ainsi que la facilité d’utilisation comme les virements instantanés d’un compte à l’autre.

Enfin, elles sont aussi transgressives en n’hésitant pas aujourd’hui à proposer l’achat et la conversion de cryptomonnaies. Entre trublions, on se rend des services alors des applications comme Revolut ou Hush ont décidé de proposer un service d’achat et de paiement en bitcoins, ethereums et litecoins. Avec l’avantage cette fois d’apparaitre plus rassurant que les plateformes de cryptomonnaies classiques.

 

Les banques se donnent certes bonne conscience en investissant dans certaines de ces startups pour s’enrichir demain de leur technologie. Mais c’est tout le modèle du grand groupe bancaire qui se retrouve avec du plomb dans l’aile. Entre la volonté de décentraliser la relation client, comme Arkea qui choisit de se détacher de Crédit Mutuel, ou celle de dématérialiser totalement ces structures, elles sont en tout cas à un tournant de leur histoire.