L’angoisse d’une récession mondiale a paralysé les bourses cette semaine

Les boursiers ont cru cette semaine que la fête était finie et qu’il fallait se préparer à la crise. L’hypothèse d’un simple ajustement est plausible mais peu probable. Ce qui se prépare est beaucoup plus grave. 

Dure, dure, la semaine qui vient de se terminer sur les marchés boursiers. A Paris, mercredi, on a bien cru que l’heure de la panique avait sonné. La Bourse de Paris a fini en fort recul (3,12%) mercredi, et ça faisait très longtemps qu’on n’avait pas connu une dégringolade aussi violente. Et Paris n’est pas la seule à avoir dévissé ainsi. A New York ou en Asie, on a aussi vendu pour éviter des pertes. La fin de semaine a été moins angoissée. Les indices restent très positifs depuis le début de l’année avec en moyenne encore 10% de gain, mais cette semaine, les boursiers ont perdu entre le tiers et la moitié de ce qu’ils avaient gagné. D‘où la tentation pour beaucoup de prendre leurs bénéfices avant qu’il ne soit trop tard. C’est toujours assez facile d’acheter en bourse, surtout quand le marché est alimenté massivement et généreusement en liquidités qui proviennent directement des banques centrales et ça marche depuis plus de 5 ans.

Les pays occidentaux ont effacé les blessures de la crise financière de 2008 en pressant les banquiers centraux de brancher des perfusions pour éviter le débordement d‘une récession et soutenir le système bancaire et l’activité économique. Depuis plus d’un an maintenant, tous les experts nous expliquent qu’un système qui se dope à l’argent facile, aux taux zéro et au crédit illimité ne peut pas tenir très longtemps. 

Cette semaine, les boursiers ont bien cru que la fête était finie et qu’ils devaient se préparer au grand soir qui précède le retournement durable des indices. 

Les marchés ont deux soucis majeurs. 

Le premier est d’ordre conjoncturel : les indicateurs d’activité et d’emplois aux Etats-Unis publiés cette semaine ont ébranlé beaucoup de certitudes concernant la solidité de l’économie américaine. Les chiffres manufacturiers américains ont provoqué une véritable onde de choc. S’y sont ajoutés de mauvais chiffres pour les ventes de détails à Hong Kong puis les révisions significatives à la baisse de la croissance allemande par ses principaux instituts de recherche. Ces indicateurs annoncent la panne probable de l’économie américaine en dépit de tous les efforts de Donald Trump qui explique le contraire. Malheureusement, quand, au même moment, l’Organisation Mondiale du Commerce autorise Washington à imposer des taxes sur plus de 7 milliards de dollars de biens européens, tous les économistes savent que cette menace entrainera une riposte de l’Union européenne et par contrecoup, va alimenter le risque de récession mondiale. 

Ajoutons à ces risques ceux qui sont portés par le Brexit alors que nous sommes à 3 semaines de la décision qui paraît assez inéluctable. Et ceux qui proviennent d’une Chine en pleine interrogation. 

Dans cette situation, la majorité des valeurs cycliques (automobile, équipements, aéronautique) et toutes les valeurs du luxe (LVMH ou Kering) ont été très frappées. 

La cristallisation de tous ces phénomènes a fait basculer les indices. Alors ce basculement pourrait se traduire par un simple ajustement s’il n’y avait au même moment des facteurs structurels très lourds. 

 

La deuxième grosse inquiétude est donc d’ordre structurel et revient à penser que le monde tout entier est en risque de récession et surtout que son logiciel économique ne marche plus. Le logiciel était fondé sur le dynamisme de l’économie chinoise et sur la capacité des Occidentaux à vivre à crédit tant que locomotive chinoise tirerait le monde. Or, l’économie chinoise connaît un ralentissement marqué. Après 20 années et plus de croissance à deux chiffres supérieurs à 10%, les objectifs de croissance ont été ramenés à 6% officiellement, contre 2 à 3% réalisés réellement d’après les experts. La Chine misait sur les exportations mais ce sont les exportations qui marquent le pas. Alors Donald Trump freine le commerce mondial mais beaucoup moins qu‘il le dit. Les exportations marquent le pas, parce que l’Occident s’interroge sur l’intelligence de la mondialisation telle qu’elle s’est développée jusqu’alors. Les effets politiques, les effets économiques et sociaux avec des inégalités croissantes et surtout les contraintes climatiques conduisent les marchés occidentaux à penser qu’on doit pouvoir vivre autrement.

De leur côté, les Chinois qui ont poussé la consommation intérieure et qui croyaient que cette consommation allait compenser le ralentissement du commerce mondial se heurtent aux jeunes consommateurs chinois qui ont des problèmes de pouvoirs d’achat, de surendettement, d’immobilier, de services sociaux et qui ont aussi des exigences politiques à satisfaire en termes de liberté individuelle et de droits politiques et sociaux. 

Le gouvernement chinois est devant des problèmes intérieurs qu’il n’avait pas appréhendés.

La mutation chinoise change le paradigme des pays capitalistes qui comptaient sur le dynamisme asiatique. 

Si les Chinois se mettent en marge du système mondial, le système mondial aura du mal à fonctionner comme avant. Moralité : les réponses à la crise et notamment les politiques monétaires qui ont encouragé la vie à crédit auront du mal à rester équilibrées à partir du moment où la croissance chinoise ne peut pas garantir ces crédits. 

 

Conclusion, les analystes qui annoncent un grand chambardement paraissent désormais plus nombreux que ceux qui parient sur un simple ajustement.