Grève à Paris et fortune au CES de Las Vegas : la France a meilleure réputation à l’étranger que chez elle

SI la rentrée en France est marquée par la poursuite de la grève pour protester contre la réforme des retraites en France, les affaires continuent à Las Vegas, où les Français de la Tech sont toujours aussi courtisés.

A l’ordre du jour, le business de l’innovation bien sûr, mais aussi la régulation internationale de la concurrence compte tenu de la surpuissance des GAFA ou de la cybercriminalité

Une fois de plus, le CES de Las Vegas va cette année encore, être le théâtre mondial d’un affrontement entre les entreprises digitales américaines et chinoises. Une fois de plus, aussi, la France va réussir à tirer son épingle du jeu. 

Alors que Paris donne au monde entier une démonstration de sa capacité à semer le désordre et sa difficulté à affronter la modernité internationale, les acteurs du secteur digital sont à cent lieues d’être préoccupés par leur retraite. Ce qu’ils vendent à Vegas, aujourd’hui, ça n’est pas l’administration à la française, ni même la tour Eiffel, c’est tout simplement l’innovation et la capacité française à inventer. Et ça marche. Les jeunes startups françaises sont toujours aussi courtisées, à tel point que la grande plaisanterie des Américains est de savoir comment la France, un pays aussi difficile à être gouverné, réussit à être dans le même temps aussi inventif. 

 

Aujourd’hui et jusqu’au 10 janvier, dans le Nevada à Las Vegas, la technologie va, donc comme chaque année, faire son show et montrer son lot d’innovations au Consumer Electronic Show. Mais à quoi ça sert vraiment, à part de permettre aux entreprises de se faire mousser en montrant des gadgets du futur ?

Pour les entreprises présentes au CES (dont 300 françaises), cela permet de montrer les dernières inventions et de voir si les partenaires (distribution, fournisseurs, ….) sont réactifs et donc, s’il y a une chance de commercialisation à la clé.

Mais c’est surtout un salon d’innovation où les deux pays à avoir le plus grand nombre d’entreprises exposantes sont les deux à s’affronter depuis des mois dans un conflit commercial, à savoir les Etats-Unis, pays hôte, et la Chine.

Les leaders incontestés restent les entreprises de la Silicon Valley, américaines, qui ont vu la naissance des GAFA et de tant d’autres. Pour la Chine, c’est donc un moment où les entreprises digitales chinoises s’efforcent de montrer leurs capacités pour rivaliser avec les Américaines.

En période d’accalmie et avant l’accord commercial qui devrait être signé entre les deux puissances le 15 janvier prochain, Donald Trump et ses équipes garderont forcément un œil sur les stands chinois pour connaitre leurs avancées.

 

Si la rivalité technologique sera toujours très présente, c’est que le secteur des technologies est aujourd’hui incontournable.


Premier point, il est entièrement transversal. La technologie est partout aujourd’hui, produit ou service, tout secteur confondu. Des secteurs comme la santé ou l’automobile, au sport à la finance… Le secteur de la tech se conjugue à toutes les branches de l’économie : fintech, biotech, mais aussi plus original avec la babytech, sleeptech… Ce sont autant de nouveaux marchés et de nouvelles appellations qui sont trouvées pour catégoriser les startups qui se lancent

 

Deuxième point, le marché de la technologie est avant tout un marché d’offre, qui propose toutes sortes de nouveautés – nouveaux produits (robots connectés, appareils de santé connectés), nouvelle utilisation (plateforme permettant de partager ou de louer) – qui seront, ou non, adoptées par les consommateurs. Les startups qui ont lancé un produit star pourront alors continuer et développer leur entreprise. Mais beaucoup d’autres devront s’arrêter, faute de marché suffisant. 40% des entreprises françaises présentes au CES en 2016 ont depuis mis la clé sous la porte. C’est un chiffre plus que normal.

 

Et quand un nouveau produit est créé, le succès peut être très rapide. Effet de mode et création d’un nouveau besoin.

Certains produits sont adoptés instantanément. L’exemple des derniers Airpod d’Apple est saisissant. Ces écouteurs sans fil, qui permettent d’être branché à son téléphone quasi continuellement, sont sortis en 2016 où 14 millions de paires avaient été écoulées. C’est déjà plus de 50 millions qui s’en sont vendus en 2019 et les analystes prévoient un marché à 100 millions en 2021.

 

Troisième point, les scandales qui gravitent autour de la tech empiètent peut-être sur la confiance des consommateurs, mais pas sur leur utilisation, qui sont maintenant des habitudes solidement ancrées dans les comportements.

"Il est très à la mode de se plaindre des technologies", comme on a pu lire dans le New York Times, des mots d’un auteur américain. « Les nouveaux objets branchés bafouent notre droit à la vie privée (...) mais en réalité nous aimons nos gadgets plus que jamais. Il n'y a pas de retour de flammes contre la tech." 

 

La technologie a le droit à son lot de contestataire. Comme le « flygskam », la honte de prendre l’avion, on connait le techlash, qui, à l’origine, est le contrecoup juridique porté aux géants du numérique, Facebook, Google, Amazon, mais qui devient de plus une révolte face à ce qui est dénoncé comme une « orgie technologie » ou la volonté de mettre des robots dans toutes les pièces de la maison. 

Ce qui préoccupe aussi les dirigeants porte sur trois problèmes. 

D’abord et c’est de loin le premier sujet de discussion : le risque de monopole et la tentation des gouvernements, y compris le gouvernement américain de légiférer pour scinder des entreprises devenues trop puissantes, trop hégémoniques. Le risque est tel que les GAFA eux-mêmes laissent filtrer des informations selon lesquelles elles prépareraient elles-mêmes des plans de scission. Ceci afin de prendre de vitesse les gouvernements. Alors Info ou intox ? Personne ne le sait, mais tout le monde pense que l’année 2020 verra de grandes opérations de déconsolidation. 

Ensuite, le deuxième problème, c’est l’incidence de la puissance des systèmes d’information et le fonctionnement de la démocratie qui peut être pollué ou manipulé.Comment réguler et contrôler ? L’Etat de la législation est très prudent et fragile concernant cette question. Au cœur du sujet, la question de la protection des données personnelles qui n’est pas réglée et les logiciels de Facebook. 

Enfin, troisième sujet, la cyber criminalité. C’est devenu et de loin la première source d’argent sale, bien supérieure à l’argent de la drogue avec des dommages considérables sur des secteurs entiers de l’économie. La difficulté de la cybercriminalité est que les régulateurs ont du mal à connaître les affaires et lancer des instructions. Pour une raison simple, les victimes se taisent et cèdent aux menaces et au racket. Elles ne disent rien pour protéger leur capital confiance. Ça concerne le monde entier et cette cyber criminalité peut même être managée par des groupes mafieux,  terroristes ou même des officines qui travaillent pour certains gouvernements.