Grand débat : Surenchère sur la fiscalité, indifférence sur les dépenses publiques et un grand absent, le chômage.

Comment sortir de la crise quand les solutions les plus souvent avancées par les gilets jaunes et les participants au grand débat passent principalement par des augmentations d’impôts pour les riches?

Le grand débat a été un succès. Des dizaines de milliers de débat organisés dans la France entière, plus d’un million de contributions, un besoin énorme de dialogue concernant beaucoup plus de monde que ceux qui se sont obstinés dans les manifestations de rue.

Mais ce grand débat a aussi montré à quel point la société française était fragmentée en groupes socio-professionnels tellement différents et souvent antagonistes qu’on a peine à imaginer ce qui permettra aux Français de se retrouver ensemble sur une même trajectoire.

Les gilets jaunes ont, depuis le début, réuni des gens de la classe moyenne provinciale qui travaillent mais qui vivent difficilement, sans percevoir très nettement quel peut être leur avenir et celui de leurs enfants. Les grands débats ont sans doute rassemblé une autre France, plus âgée, mieux installée mais inquiète. Jamais le fossé entre les Français des villes et ceux de la périphérie n’a été aussi profond.  Entre ceux qui ont eu la chance de faire des études et de monter dans le train de la modernité et ceux qui se sentent déclassés pour toujours.

Le seul sujet qui semble rassembler un grand nombre de Français semble être celui du climat. « Sauver la planète et éviter la fin du monde » rassemble plus de Français de toute origine et de tout âge que ceux qui manifestent pour sauver « leur fin de mois ».

 

Cela étant, la sortie de crise ne sera pas facile à trouver parce que quand on fait un premier bilan des revendications sur les ronds points et des contributions multiples du grand débat, on s’aperçoit que le programme d’actions sera compliqué à établir.

En simplifiant, disons que l’ensemble parfois hétéroclite des revendications qui sont remontées des réunions et des débats porte principalement sur les questions fiscales, mais laisse peu de place aux réformes possible et court-circuite la question du chômage.

 

1er point, les questions fiscales arrivent largement en tête de toutes les préoccupations mais s’expriment dans le cadre d’une contradiction assez difficilement soluble. Le poids des prélèvements obligatoires, impôts directs, TVA, impôts sur la production, sur l’immobilier, et les charges sociales est devenu globalement insupportable. C’est une évidence. La France est le pays au monde où le total des prélèvements obligatoires est le plus lourd avec plus de 50 % du PIB. L’urgence des urgences est donc de baisser l’impôt. Mais ce qui apparaît encore plus fort dans les revendications, c’est le sentiment d’injustice. Le ressenti. Par conséquent, on demande non seulement une baisse de l’impôt et des charges pour les catégories les moins favorisées et pour les classes moyennes, mais parallèlement ils réclament une hausse de l’impôt pour les plus riches et notamment le rétablissement de l’ISF. On ne règlera pas le problème par un tour de passe passe qui n’aura d’effet que de faire fuir les plus riches. Ils en ont les moyens.

 

2e point, la question des dépenses publiques et sociales est évidemment très présente dans les cahiers de revendications, mais beaucoup plus pour souligner le déficit de service public, et réclamer plus d’initiatives, et plus de protections sociales qu’une autre gestion. On réclame le maintien en service, pour les uns de la maternité locale, pour d’autres, la réouverture d‘une Poste ou d’une gare Sncf, sans accepter de comprendre que si ces services publics ont été fermés, c’est parce qu’ils étaient désertés par une population clairsemée.

Les revendications sont beaucoup plus pauvres dès qu‘il s’agit d’imaginer une autre gestion, plus efficace avec moins de dépenses publiques. Alors que la baisse des dépenses publiques est le seul moyen de baisser l’impôt.

 

3e point, la question du chômage en France est complètement absente des manifestations et des revendications. On réclame moins d’impôts pour les pauvres, plus d’impôts pour les riches, on réclame moins de taxes sur l‘essence, et plus de taxes sur la fortune. Les chômeurs sont absents ou très peu nombreux dans les rangs des gilets jaunes.

Tout se passe comme si la France n’avait pas de problème d’emplois. Or, la question du chômage de masse persiste, plus de 9% de la population reste le problème numéro 1 de ce pays. C’est parce qu’on a du chômage que le rendement de l’impôt est insuffisant et que les institutions de protection sociale sont en panne. C’est parce qu’il y a du chômage que nous consommons trop de dépenses publiques.

Alors si le chômage n’est pas le premier facteur d’angoisse sociale, c’est peut-être parce qu’il est assez bien indemnisé. C’est aussi plus surement parce que les chômeurs sont désabusés.

La société française réclame dans les grands débats, des solutions applicables à très court terme, sur les impôts, sur le pouvoir d’achat. Or, on a compris que le chômage de masse en France appelait des solutions qui malheureusement n’auront pas d’effet rapide.

Notre chômage est un chômage structurel. Il nécessite des investissements, il nécessite aussi une formation pour adapter la demande d’emploi à l’offre. Or, nous avons plus de 1,5 millions de chômeurs en France de longue durée. Des chômeurs qui n’ont ni formation, ni éducation, et qui sont totalement exclus du marché du travail. Pour les syndicats qui sont impuissants et pour les gilets jaunes qui sont inquiets certes, mais qui ont du « travail », le chômage n’est pas la priorité.

C’est un énorme problème pour Emmanuel Macron parce que l’essentiel de son programme de redressement passe par la compétitivité de l’économie sur les marchés mondiaux. Il se retrouve donc très loin des préoccupations quotidiennes du plus grand nombre de Français alors que la solution passe évidemment par l’équation économique.