Gilets jaunes, en ciblant le luxe, les casseurs s’attaquent à l’ADN de cette industrie qui reste la locomotive de l’économie française.

Les économistes estiment que l’activité a déjà commencé à ralentir du fait de l’impact des manifestations de Gilets jaunes. 

Pour le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, les effets de la crise des Gilets jaunes sur l‘économie française ne seront pas neutres. L’impact est déjà sensible et visible. L‘Insee a chiffré à 0,1 point de PIB la perte imputable aux différentes manifestations. La Banque de France, quinze jours plus tard, est deux fois plus sévère dans son diagnostic et chiffre à 0,2 point la perte de croissance.

A priori, ce n’est pas une catastrophe, mais dans les faits et pour des secteurs bien définis, les dégâts seront difficiles à surmonter.

Le secteur le plus directement touché est celui du commerce. Soit parce que les commerçants n’ont pas pu être approvisionnés pour cause de blocage des ronds points ou des zones d’approvisionnement, soit certains ont été obligés de fermer leurs magasins après les premiers saccages. A une époque de l’année particulièrement forte, les organisations syndicales estiment que les commerçants ont perdu plus de 2 milliards d’euros. Ce qui va entrainer une cascade de défaillance en ce début d’année.

Effet pervers supplémentaire, cette quasi-paralysie a accéléré la mutation de l’activité de distribution vers les plateformes internet du e-commerce, et dont le principal bénéficiaire est Amazon.

Coté emploi, le ministère du Travail indique que plus de 40 000 salariés ont été placés en chômage partiel ou technique.

Les autres activités atteintes sont aujourd’hui l’hôtellerie, la restauration et surtout toute l’industrie du luxe.

La fréquentation touristique a évidemment fléchi pour les fêtes de fin d’année au profit de Londres, Bruxelles, Berlin. Coup dur pour les grands palaces, passage à vide pour les hôtels plus modestes et les Airbnb parisiens.

Mais les plus grosses difficultés ont été essuyées par les grandes marques de luxe. Les grandes enseignes des marques les plus connues dans le monde ont été ciblées par les manifestants venus plus pour casser et piller que pour revendiquer. Sur les Champs Élysées, l’avenue Montaigne et dans tout le quartier du 8ème arrondissement, avenue Victor Hugo, les griffes de Kering ou de LVMH n'ont pas été épargnées : Dior, Louis Vuitton, Gucci, Bottega Veneta, Hermès. Les dégâts matériels dépassent le million d’euros au niveau des boutiques qui ont subi des dégradations, mais le préjudice commercial est beaucoup plus important. Les semaines de fin d’année sont les plus fortes en terme de chiffre d’affaires.

Cela dit, il s’avère très difficile de dresser un bilan exact du manque à gagner car les grandes entreprises de luxe veulent rester discrètes pour ne pas aggraver la détérioration de l’image de ces marques dans le monde.

En fait, ce qui inquiète le plus les dirigeants de Kering ou de LVMH, ce sont les conséquences à long terme. Ils fabriquent en France des produits de grande qualité, ils vendent donc le savoir-faire français, mais au delà, la valeur d’un produit de luxe made in France intègre dans son histoire une partie de la France. Sa culture, son histoire, son art et sa classe. La clientèle asiatique, qui achète du Vuitton ou du Hermès, achète surtout un statut lié à l'image et à l'équilibre de la France. « Dans toutes les maisons de luxe, on sait que si la France perd l’équilibre et renvoie une image de désordre, les produits de luxe français seront très vite dépréciés ». La confiance investie sur l’accessoire de mode made in France est en réalité liée en partie à la valeur de la marque France. Et un accessoire de mode vaut une fortune parce qu’il y a des clients qui sont prêts à dépenser de telles sommes dans ce qu’ils considèrent comme une œuvre d’art. Si l’œuvre d’art est abimée, le prix et la valeur le seront.

Ce que l’on sait peu, c’est que les industries du luxe de très haut de gamme qui se retrouvent au sein du comité Colbert emploient entre 700 000 et un million de salariés haut de gamme, ces entreprises-là constituent les premiers contributeurs de la balance commerciale, plus gros exportateurs avant le secteur agro-alimentaire et premier apporteur de devises. Autant dire que l’industrie du luxe appartient aux locomotives de l’activité française. S’attaquer à ces marques parce que ce sont des symboles de l’enrichissement est une chose, mais s’y attaquer revient aussi à plomber l‘économie toute entière.

 

Alors, il s’agit là de l’impact direct des manifestations sur le trafic commercial et sur l’image de la France qui risque d’être abimé. Les économistes n’ont pas évalué l’impact positif des mesures de relances décidées par le président de la République pour calmer le jeu. Ces mesures représentent une injection de 10 milliards d’euros supplémentaires dans la sphère de la consommation. On ne peut pas préjuger de ce que feront les agents économiques des primes et des allègements de CSG dont ils vont bénéficier, mais normalement cet argent devrait aller directement et principalement en consommation. Donc en croissance. Ces 10 milliards d’euros représentent un plan de relance dont l'impact mécanique sur la croissance est voisin de 0,2 point de PIB.

Cela dit, cette croissance sera générée par la consommation courante, elle n’ira pas réparer les dégâts dans l’industrie du tourisme et du luxe.