Fillon, Macron : les candidats de la crédibilité économique face à ceux des promesses irréalisables

Le prochain président ne sera pas élu sur un projet irréalisable et utopique. Les Français ne veulent plus rêver.

Fini le rêve, fini la démagogique, la majorité des français sont à la recherche d’un programme qui respecte les contraintes et donne les moyens de les assumer. L’opinion publique a besoin de projets réalisables. Une bonne moitié des plus grandes entreprises françaises très soucieuses de la qualité de leur écosystème et inquiètes du désordre créé par les conditions de la présidentielle, ont voulu savoir : d’abord pour quelles raisons profondes la France avait une si mauvaise image à l’étranger. Ensuite pour quelles raisons les français avaient globalement perdu confiance dans leur dirigeants politiques. Les deux questions sont liées.

Sur la première question, le résultat n'est pas si désespérant que ce que la presse étrangère laisse entendre. C’est vrai qu’à la lecture des journaux allemands ou anglo-saxons, on a le sentiment que les étrangers qui sont aussi des clients ou des investisseurs sont convaincus que la France est un pays piégé par le terrorisme, piégé par les corporatismes qui l’enferment dans un tissu de normes, de règles administratives et de dispositifs fiscaux. Et qui au bout du compte, créent un environnement incertain et paralysant. Le spectacle offert par la campagne présidentielle où la moitié du corps électoral se déclare partisan de sortir du système capitaliste, européen et monétaire. Et même de se replier à l’intérieur des frontières dans un excès de protectionnisme, ce spectacle est affligeant.

Tout n’est pas faux. Les élites internationales et la presse mondiale s’inquiètent notamment de voir Marine Le Pen aux portes du pouvoir. Ils comprennent mal que près de la moitie du corps électoral serait prêt à voter pour des candidats qui combattent le systeme mondialisé, le système capitaliste, et s’oppose à l’union européenne.

Cela dit, l’image de la France et des produits français reste extrêmement forte. Cette image est différente de l’image allemande, mais elle fait rêver et porte confiance. Cette image France est fondée sur l’histoire et le patrimoine culturel et artistique dont la richesse est parmi la plus importante de la planète. Pour les américains et les asiatiques, ça reste un atout essentiel. Par ailleurs, pour beaucoup d’étrangers, le désordre politique français est dans les gènes du pays qui a toujours évolué grâce à ses crises et à ses révolutions.

La deuxième question est plus compliquée. Si les français ont perdu confiance dans leurs élites politiques, ça n’est pas parce qu’ils les considèrent comme "tous pourris". Comme il est coutume de le dire. C’est beaucoup plus sophistiqué.

D’abord, les Français sanctionnent très sévèrement les dirigeants politiques de droite comme de gauche parce qu’ils n’ont obtenu aucun résultat depuis l’an 2000. Ils ont été complètement débordés par les forces de la mondialisation qui a passé les frontières gaillardement. Dépassés par la force des corporatismes et des lobbies professionnels.

Ensuite, les dirigeants politiques ont été incapables d’expliquer l’origine, les modalités et les effets de la mondialisation. La libre-circulation des biens, des capitaux et des hommes, le progrès technologique, la concurrence inhérente à l’économie de marché qui domine la totalité de la planète, tous les facteurs de la modernité ont été livrés aux peuples sans mode d‘emploi et sans notice d’utilisation. Pour la moitié des opinions, la mondialisation a été vécue comme un facteur anxiogène et du coup, la mondialisation a été rejetée.

Enfin, les dirigeants politiques ont continué de faire campagne avec des projets et des programmes composés pour l’essentiel de promesses irréalisables. Jacques Chirac a été élu sur un programme de rupture qu’il n’a pas réalisé et pour cause, on ne peut pas rompre avec un système qu’on n’a pas soi même construit. Nicolas Sarkozy a été élu avec une ambition de moderniser le système français. La crise financière lui est tombée dessus, l'empêchant de mener à bien ses réformes. D’autant plus qu’il n avait jamais expliqué le pourquoi du comment de cette crise. François Hollande a été élu en promettant monts et merveilles auxquelles il ne croyait pas lui-même. La confrontation entre le projet et la réalité l’a évidemment empêché de délivrer la promesse.

Dans cette campagne présidentielle, aucun candidat n’échappe à la dérive populiste. Tous recommencent à promettre des dépenses qui ne seront jamais finançables.

Le fait nouveau aujourd’hui, et les études le montrent, c’est que l’opinion entend les promesses, elle peut même y adhérer un moment, d’où les sondages, mais chose importante, l’opinion qui écoute la promesse ne croit plus qu’elle soit crédible. 

Les éléments de programme qui ne passe absolument pas sont les suivants :

  • le projet du revenu universel, trop cher, trop compliqué, et sans doute trop injuste ;
  • les mesures protectionnistes, preuve que les français ont compris la nécessité de produits fabriqués à l’étranger ;
  • l’augmentation du nombre des fonctionnaires. Les français ne croient pas que le problème des services publics soit lié à un déficit d’effectifs ;
  • les emplois publics comme remède au chômage ;
  • la sortie de l’euro ;
  • la sortie de l’Union européenne ;
  • l’abandon des dettes publiques.

Venant de droite comme de gauche, la majorité des français ne croit plus à ses dispositifs. 

La situation est assez paradoxale, les électorats extrémistes sont de plus en plus nombreux, mais ils ne sont ni stables, ni fidèles. Les promesses les plus folles sont retenues mais l’opinion ne les croit pas applicables.

Ces résultats ne se sont pas profondément originaux. Ils signifient quand même deux choses.

1) D’abord aucun résultat n’est écrit d’avance, les sondages donne une photographie de l’instant présent et pas une prédiction . Et le réflexe de voter utile n’a jamais été aussi fort.

2) Ensuite, il peut se faire que dans la situation actuelle, les candidats qui feront une offre crédible, réalisable, raisonnable, responsable c’est à dire prenant en compte les contraintes auxquelles on n’échappe pas, ont peut-être des chances de gagner. La nécessité de faire des réformes est une idée qui fait son chemin. La contrainte européenne est une idée à laquelle on ne déroge plus.

D’où le succès de François Fillon et d’Emmanuel Macron. Les deux partent du même diagnostic : un déficit de compétitivité de l’économie française, un déficit d’offre de production par rapport à la consommation et aux besoins. L‘avenir va se jouer au sein de l’Europe et dans la mondialisation. 

D’où des programmes d’actions qui portent sur la fiscalité, l’assouplissement du droit social et du droit du travail, la réduction des dépenses publiques au profit des investissements. Il n’y a pas de différence de nature entre les programmes des deux candidats. Ils s‘inscrivent dans la même logique, celle de l’efficacité de l‘économie de marché.

En revanche, il y a des différences énormes dans l’intensité des réformes et dans le calendrier. François Fillon veut aller loin et vite dans la dérégulation. Emmanuel Macron, se veut plus souple, avec le risque de retomber dans l’immobilisme de François Hollande.

Pour simplifier, Macron c’est du Fillon soft.

Le fait nouveau, c’est que l opinion publique ne veut plus rêver. Les rêves qu’on lui a proposés précédemment ont tellement tourne au cauchemar. Ces analyses expliquent que Benoit Hamon soit hors-jeu, que Jean-Luc Mélenchon tourne en rond, et que Marine le Pen a fait semble-t-il le plein.  Ça ne veut pas dire que Macron ou Fillon soient totalement audible. Ca ne veut pas dire qu'ils n’ont pas de gros efforts à faire pour prouver leur crédibilité.