Et si l’Europe redevenait à la mode : E. Macron réussit à réunir les leaders de l’UE contre Trump et l‘Espagne se donne un gouvernement pro-européen.

Bizarre, Trump a réussi a ligué le monde occidental contre lui... Il s’en moque mais il a tort.  

 

Quand l’actualité joue des tours aux analystes, ça donne une Espagne qui se tourne vers l’Europe et un Trump se retrouve seul contre tous. Alors Trump n’en a cure mais ça permet à l’Europe de survivre au populisme. 

 

Le G7, qui se réunit en cette fin de semaine, aura au moins permis de liguer tous les leaders européens membres du G7 contre la politique de Donald Trump. Emmanuel Macron a réussi à convier à la même table, l’Allemagne d’Angela Merkel, le Royaume-Uni de Theresa May, Jean-Claude Junker, le président de la Commission, Donald Tusk le président du Conseil européen, Giuseppe Conte, le tout nouveau Premier ministre italien... Bref, tous les poids lourds de l‘Europe actuelle. 

Il les a même convaincus avec Justin Trudeau, le Premier ministre du Canada, d’une décision commune, celle de refuser un communiqué commun avec le président américain et de préparer une communication commune à six, dénonçant : 

- les décisions américaines de taxer les importations d’acier et d’aluminium ; 

- les interdits américains de travailler avec l’Iran et les amendes à ceux qui entraveraient les interdits ; 

Enfin, cette communication devrait rappeler que l’Amérique est sortie de l’accord nucléaire avec l’Iran et qu‘elle a aussi renoncé à l'accord de Paris sur le réchauffement climatique. 

Maintenant, reste à savoir par quelles actions concrètes sera suivi ce communiqué. 

 

Parce que pour l’instant, Donald Trump ne va pas s’émouvoir. Il a la puissance et le pouvoir de se passer de l’avis de ses « alliés occidentaux ». 

Sa préoccupation première est purement politique. Donald Trump parle à son électorat de l’Amérique profonde et ne fait que ça. Et son électorat le suit s’il adopte des positions dures et pures contre la mondialisation, le multilatéralisme, les importations massives et les risques d’un islam radical qui serait nourri par l’Iran. 

Sa priorité est de parler aux déclassés de la modernité et au passage à la diaspora ou aux lobbys juifs qui sont très influents à New-York comme à Los Angeles.  

Et ça n’est pas parce que Emmanuel Macron va s’agiter comme un petit diable avec ses camarades du vieux continent que Donald Trump va changer d’habitude.

Il ne changera d’habitude que si son parti le lâche. Or, les républicains n’aiment guère ses manières, mais pour l’instant ils le supportent. Le président américain ne changera de pratique que si la classe moyenne américaine (celle où se trouvent ses électeurs) souffre de ces restrictions d’importations. S’il y a moins de voitures et que les voitures sont plus chères, ça va grogner. Si les agriculteurs sont gênés dans leur activité, ça va pleurer. 

Le protectionnisme est une arme dangereuse, parce qu’elle peut se retourner contre le pays qui met en œuvre les restrictions... Si les restrictions sont mises en œuvre. 

En attendant, tout le problème pour les Européens va être de passer des paroles aux actes. Transformer l’avertissement en menaces réelles, or les rétorsions sont risquées. Dresser des barrières douanières à l’entrée de l’Europe, c’est prendre le risque de l’escalade. Transgresser les embargos, c’est prendre le risque de payer des amendes lourdes que les budgets devront couvrir. En l‘état, aucune entreprise ne prendra le risque de braver les interdits sans l’autorisation de son Etat national. 

Les pays européens n’ont guère les moyens d’aller plus loin. L’important à très court terme, c’est qu’ils ont montré au reste du monde qu’ils pouvaient se réveiller, à un moment où on croyait l’Europe complètement morte. 

 

Et pendant ce temps, l’Espagne se dote d’un exécutif très pro-européen.

Alors que l’Italie fait la part belle aux partis antisystème, anti-européens, alors que partout en Europe, les mouvements populistes et anti-européens ne cessent de progresser, l’Espagne a désormais un gouvernement qui n’a jamais été aussi pro-européen.  Pedro Sanchez, 46 ans socialiste et sans expérience du pouvoir, est un européen convaincu et il a nommé l'ancien président du parlement européen Josep Borrelli aux Affaires étrangères et l'actuelle directrice du budget de l'UE, Nadia Calvino, à l'Economie. A côté de Nadia Calvino à l'Economie, Maria Jesus Monteiro prend le portefeuille des Finances. Assumant déjà cette responsabilité au gouvernement régional de l'Andalousie, elle avait dû pratiquer dans sa région les coupes claires dans les dépenses publiques ordonnées par le gouvernement conservateur.Son gouvernement est, en prime, le plus féminisé de toute l'histoire de la démocratie espagnole.Onze femmes, six hommes (dont un astronaute). On ne fait pas mieux en Europe, Pedro Sanchez a a nommé Carmen Calvo, 60 ans, ancienne ministre de la Culture (2004-2007), comme vice-présidente du gouvernement. Elle sera à la tête d'un ministère de l'Egalité homme/femme. L'ancienne procureure antiterroriste Dolores Delgado arrive à la Justice et l'ancienne juge de la Cour suprême Margarita Roblès à la Défense. Isabel Celia sera chargée de l'Education, Magdalena Valerio du Travail, Carmen Montón de la Santé. 

On peut difficilement faire mieux. La composition de ce gouvernement est « le reflet du meilleur de la société » espagnole, « paritaire, intergénérationnel et ancrée dans l'UE », a-t-il déclaré.

Cette nouvelle équipe doit respecter les « engagements européens » en matière de déficit public, qui sera ramené cette année à 2,2 % du PIB. Pedro Sanchez s'est engagé à préserver le budget de l'Etat 2018, élaboré par les conservateurs, en passe d'être examiné par le Sénat. L’Espagne a enregistré pendant quatre ans une croissance supérieure à la moyenne de la zone euro. Mais son taux de chômage est encore de 16,7 %. Sans la Grèce, l’Espagne serait encore le dernier de la classe au chapitre de l’emploi. 

Très européen, très féministe .... Mais très minoritaire. Ce qui rend sceptique toute la classe politique espagnole et inquiète Bruxelles qui a peur de voir les ambitions européennes s’évanouir très rapidement. 

Le Parti socialiste ne dispose en effet que de 84 députés sur 350 et aura la marge de manœuvre que voudront bien lui laisser le parti de gauche radicale Podemos, les nationalistes basques et les indépendantistes catalans, qui ont eu la tête de Mariano Rajoy en faisant voter une motion de censure à son encontre.

Pedro Sanchez, lucide, a d’ailleurs prévenu ses amis après voir prêté serment, qu’il pourrait ne pas aller au bout de son mandat. En attendant, l’Espagne montre que l’idée européenne n’est pas encore complètement morte.