Emmanuel Macron revient à son ADN de départ : gouverner sans a priori idéologique, ce qui est contraire à la culture française.

Sur l’écologie, l’économie et l’Europe, Macron revient sur le terrain du pragmatisme.  C’est sa logique de départ mais le risque est de se heurter aux fondamentaux de la culture française. 

Pour ceux qui en aurait douté, la rentrée d’Emmanuel Macron a été organisée pour montrer qu‘il devait revenir à sa logique de départ, c’est à dire gouverner sans a priori idéologique. Ça se traduit et se résume dans sa petite phrase très préparée et distillée au début du Conseil des ministres qui devait marquer le lancement de la saison 2 du quinquennat.

« Il n’y a pas de solutions simples, il n’y a que des solutions communes » 

Alors la citation se référait à l'écologie, mais dans la logique Macron, elle s’applique à tous les domaines de l’action politique. Et particulièrement de revenir aux fondamentaux de la politique, gérer la cité pour le bien de tous. Les Grecs nous l’ont enseigné, Machiavel l’a théorisé. Quelque soit la couleur du pouvoir, les princes qui gouvernent pourront le faire si et seulement si tous les gouvernés en tirent bénéfice.

Et l’équation de départ d’Emmanuel Macron est archi connue : restaurer la situation économique du pays pour qu‘il soit capable d’affronter la concurrence internationale et la modernité. Il n‘a pas pour projet de changer le système mondial, il a pour ambition d’y trouver les moyens d’y avoir une place qui ne soit pas trop inconfortable. Indépendante et libre. Et pour ce faire, il sait qu‘il faut retrouver sa souveraineté budgétaire car sans crédibilité rien n’est possible, et il sait qu’il faut s’allier avec des voisins qui ont la même ambition et les mêmes valeurs. Restaurer la compétitivité à l’intérieur et inventer de nouvelles solidarités au sein de l’Union européenne.

Et Emmanuel Macron a été élu parce qu’une majorité de français savent bien que les courants politiques qui offraient des solutions clefs en main nourries aux idéologie diverses et contradictoires, ont échoué. Emmanuel Macron a redonné à la France une image très positive vis à vis des étrangers, parce que la majorité des pays développés de la planète sont beaucoup moins sensibles aux idéologies qu‘au pragmatisme de l’économie de marché. 

 

Alors depuis quelque mois, le président de la République a donné l’impression de mettre entre parenthèses un certain nombre de projets, l’impression que la loi travail, la réforme fiscale et la réforme de la SNCF allaient suffire à transformer la France, y compris vis à vis des pouvoirs étrangers où il s’est aperçu que ses initiatives ne recevaient pas l’écho qu’il espérait. 

D’où la multiplication des débats de personnes, d’un début de guérillas à l’Assemblée nationale en juillet sur fond d’assombrissement de la conjoncture économique qui va obliger le gouvernement à resserrer les boulons, notamment au détriment des retraités. Ne parlons pas de la piscine démontable de Brégançon qui a semblé passionner les commentateurs ou de l’affaire Benalla. Le résultat est que le président a baissé dans les sondages. 

 

Les dossiers de rentrée ont donc été traités par Emmanuel Macron lui même, en pérennisant des initiatives qui s’inscrivent dans son ambition de départ. 

 

Sur l’écologie par exemple, la nomination de François de Rugy en remplacement de Nicolas Hulot montre bien qu‘il y aura certes un homme issu de la gauche, mais convaincu que l’écologie est compatible avec l’économie de marché. Le président de la République ne veut plus s’enfermer dans des débats sans fin avec des groupes d’écologistes très minoritaires mais influents auprès de l’opinion publique. Il sait très bien que la guérilla menée par Cécile Duflot et ses amis contre François Hollande a hypothéqué le quinquennat précédent. 

Nicolas Hulot n’appartenait pas aux chapelles de l’écologie punitive, mais la préservation de son capital médiatique l’obligeait à en tenir compte. Emmanuel Macron sera le véritable ministre de l’écologie parce que l’écologie est partout. Elle implique de prendre des décisions graves à long terme (comme sur l’énergie). C’est donc au chef d’Etat de décider si on doit lancer les EPR et tourner le dos aux positions prises par l’Allemagne devenue le plus gros pollueur de l’Europe avec ses centrales au charbon.

C’est au chef d’Etat aussi de lancer des politiques de normes et d’inciter les grandes entreprises à prendre des initiatives pour participer à l’effort commun. Les entreprises sont beaucoup plus sensibles à l’environnement qu’on ne le croit parce qu’elles sont sous la pression des investisseurs, des consommateurs et de leurs salariés.

Sur cette problématique de l’écologie, François de Rugy va donc être plutôt un maitre d’ouvrage capable de coordonner les corps d’état, que d’être l’architecte d’une révolution qui ne peut être qu‘une évolution. L’architecte est à l’Elysée. 

 

Sur toutes les questions économiques et sociales, il est évident que le président va relancer la machine à réformer et sans doute expliquer pourquoi il fait ses réformes. 

Ce qu’on a pris pour un immense cafouillage à propos de la retenue à la source n’est peut-être qu‘une vaste opération de pédagogie. La réforme inquiétait l'opinion, les chefs d’entreprise et les fonctionnaires, mais on ne pouvait pas imaginer qu’on abandonne le projet après tant de travail. Il fallait simplement montrer qu’on était vigilant, y compris au plus haut sommet de l’Etat. 

Mais au delà de cette réforme technique, il est évident que le système français a besoin de changement, mais de changement acceptable par l’opinion. Cette dimension pédagogique est d’autant plus nécessaire que les résultats tangibles ne sont pas immédiats. Les projets de réforme ont besoin d’explication parce que l’opinion doit s’armer de patience avant de capter des résultats. 

L’agenda de travail pour les six prochains mois a été détaillé par le Premier ministre à l’issue du séminaire et est bien rempli.   

Ça va de la loi Pacte qui doit renforcer l’écosystème dans lequel évoluent les entreprises à la réforme du modèle social dans son organisation et dans ses performances. 

 

Sur le terrain de l’Union Européenne, Emmanuel Macron va reprendre son bâton de pèlerin en essayant de réanimer l’équation qui lui a valu de gagner l’élection française.C’est à dire trouver en Europe une majorité sans idéologie, en dehors des courants populistes et nationalistes qui traversent les différents pays, mais une majorité soudée par l’ambition partagée d’une Union européenne plus efficace, plus solidaire et surtout mieux gouvernée au bénéfice des populations. 

Cela dit, la reconstruction européenne est compliquée compte tenu des fragilités politique dans les différents pays membres. Compliquée aussi parce que l’alliée privilégiée de la France dans cette affaire, Angela Merkel, est obligée de baisser les bras avant d’avoir consolider son pouvoir dans sa propre maison.