Emmanuel Macron, le pari fou : sortir Theresa May du pétrin dans lequel elle s’est mise et prendre le leadership de l’Europe

Le nouveau président français a tous les moyens de redonner à la France un rôle de leader en Europe. Après avoir rassuré Angela Merkel, il veut aider Theresa May à sortir de l’impasse.

Officiellement, Emmanuel Macron et Theresa May se sont offert une soirée football. Mais c’est important le foot, ca permet de se parler. En recevant Theresa May mardi soir, Emmanuel Macron avait le projet de la convaincre de négocier un Brexit très soft, de façon à laisser une chance à la Grande Bretagne de rester dans l’union douanière.

Bref, l'aider à sortir du pétrin dans lequel elle s’est mise en reprenant le dossier de David Cameron qui a pris les risques du Brexit.

Ce voyage a été proposé et organisé par le nouvel ambassadeur de France à Londres, Jean-Pierre Jouyet, l’ancien Secrétaire général de l’Elysée et surtout, principal mentor d’Emmanuel Macron en politique.

Le projet européen, ils en ont souvent parlé ensemble dans les bureaux de l'Elysée, considérant que ça aura été le plus gros ratage stratégique du quinquennat, alors que le renforcement de l'Union européenne aurait dû être le projet le plus ambitieux et le plus fertile.

Pour Jean-Pierre Jouyet et Emmanuel Macron, la construction d’une Europe fédérale ne peut reprendre qu‘au niveau des pays de la zone euro avec un noyau dur constitué de l‘Allemagne, de la France et de la Grande Bretagne.

Prendre le leadership de cette nouvelle Europe et relancer le chantier de sa reconstruction est évidemment un pari fou. Mais après tout, le risque est dans son ADN. Personne ne croyait déjà au succès de son aventure, il y a un an, mais quand on a compris que sa ligne de force était de restaurer la puissance économique française dans un contexte de concurrence de marché et cela dans un cadre européen resserré, et malgré ça, personne n’aurait parié un seul euro sur sa réussite.

Or, il ne faudra pas oublier pendant les cinq prochaines années, que Macron n’a jamais promis la lune, mais qu’il a pris trois séries d’engagements :

Un, restaurer la compétitivité de l'économie française, donc la loi travail ne peut surprendre personne.

Deux, assumer et profiter de la révolution digitale. 

Trois, affronter la concurrence mondiale et dans ce cadre, renforcer l’Union européenne.

Emmanuel Macron a été élu avec un projet pro-européen contre une candidate qui avait fait sa fortune sur le repliement à l’intérieur de l’Hexagone. C’est évidemment l’axe le plus étonnant et le plus spectaculaire de son projet.

Sa victoire a stoppé net les tentations populistes en France et a freiné les projets protectionnistes et souverainistes qui fleurissaient partout en Europe. En quelques jours, l’image de l’Europe s’est éclaircie et la France est revenue au centre de la lumière internationale. Et pas seulement parce qu’il a fait jouer l’Hymne à la joie, le jour de son installation, ou qu’il a mêlé les drapeaux européens et français. Pas seulement...

Emmanuel Macron a joué certes d’une grande habileté en politique intérieure, mais aussi d’une grande intelligence à l’extérieur. En moins de trois semaines, il s’est imposé parmi les grands de ce monde.

Il a une conviction forte, remettre la France au centre de l’échiquier mais pas seulement, il a bénéficié de grandes chances dans l'enchainement des évènements.

D’abord, la politique américaine du président Trump qui consiste à se replier les Etats-Unis sur eux-mêmes ouvre un espace à l’Europe. L’antipathie que Trump ne cache pas à l’encontre d’Angela Merkel fait de Macron l’interlocuteur privilégié des américains. Et comme Macron reste droit dans ses bottes, il incite au respect.

Ensuite, quand il ouvre Versailles pour recevoir Poutine, il se place au centre de la diplomatie Est-Ouest.

Enfin, sur le plan européen, il a convaincu la chancelière Allemande qu’il allait faire les réformes internes afin de ne plus avoir à peser sur la caisse commune. Macron pense, à juste titre d’ailleurs, que la place de la France au Conseil de sécurité de l’ONU et l’activisme militaire que tous les présidents précédents ont encouragé et justifié, n‘exonèrent pas la France de tout faire pour rattraper son retard économique et retrouver les moyens financiers de parler d’égal à égal avec l’Allemagne.

D’où le discours et le programme pro-business qui changent l’image de la France et éclairent ses potentialités d’un jour nouveau. Du coup, les entreprises ressortent de leurs cartons les projets de développement. Les investisseurs recommencent à participer à des levées de fonds qui n’ont jamais été aussi importantes (près de 200 milliards par mois…) en faveur de projets français. Le secteur qui a le vent en poupe étant le secteur digital. Celui dont Macron pense qu’il peut donner à la France et à l’Europe un leadership mondial. Le nouvel Airbus sera dans le digital ou l’énergie renouvelable.

Alors sur l'Europe, l'Elysée regorge de projets les plus divers qui vont de la réforme de la gouvernance, de la fiscalité, et même des institutions, mais qui passent aussi par la constitution de secteurs de pointe. L'objectif, réparer une erreur de fond qui consiste à accepter que l'ensemble de l'activité digitale mondiale soit assurée par des firmes américaines. Les Google, les Amazon , les Facebook , les Apple ou les Microsoft.

L’Europe a toute les technologies et tous les experts, mais aucun groupe de taille internationale, hormis l'allemand SAP.

Dans cette Europe en reconstruction, pour les allemands comme pour les français, la Grande Bretagne a toute sa place. Il n’y a qu'une partie des électeurs britanniques qui pensent qu'ils seraient mieux enfermés sur leur île. 

Le projet d’une Europe plus fédérale, qui était le projet initial et qui a fait peur à tout le monde quand la crise financière a déséquilibré tous les systèmes économiques, ce projet-là n'hypothèque pas l'existence des identités et des habitudes. Aux Etats-Unis d’Amérique, le gouverneur de Floride ou de la Californie a souvent plus de pouvoir que le président américain.

Emmanuel Macron a sans doute fait le pari fou de contribuer à la construction des Etats-Unis d’Europe.