EDF : moins 1 million de clients prévus en 2018. Les français aiment l’Etat oui, mais quand ça touche à leur porte-monnaie, ils préfèrent le privé. Tout arrive. 

EDF perd ses clients qui passent à la concurrence, ce qui va l’obliger à abandonner ses vieilles habitudes de monopole d’Etat.

En général, c’est à l’automne et au début de l’hiver que les abonnés à EDF regardent leur note d’électricité. Du coup, c’est en septembre et octobre que les français décortiquent les offres concurrentielles et prennent éventuellement la décision de changer de fournisseur.

Le plus puissant et le plus emblématique des monopoles d’Etat est donc en train de perdre ses clients. Près d’un million cette année, plus de 1 200 000 l’année dernière ont quitté le fournisseur historique d’électricité pour se brancher chez un des deux principaux concurrents : Engie (ex Suez) et Direct Energie, racheté par Total, qui fait une entrée fracassante dans la fourniture d’un mix énergétique puisqu‘il ajoute à son offre de carburants une proposition d’offre de gaz naturel et d’électricité avec l’ambition d’occuper le créneau porteur de l’électricité verte, c’est à dire produite à partir du renouvelable (éolienne et solaire). 

Total se présente donc désormais comme le principal concurrent d’EDF non seulement sur le marché des entreprises mais aussi sur le marché des particuliers. 

Les clients, abonnés français, quittent EDF au rythme de 100 000 par mois environ.  

Selon l'Observatoire de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), les fournisseurs alternatifs (Engie dans l'électricité, Direct Energie et Total) avait déjà 5,8 millions de clients résidentiels à fin 2017, et leur part de marché s'établissait à 17,9 %. En 2018, la part approchera les 20%, ça commence à être sérieux. 

En 2018, le nombre de nouveaux clients séduits par la concurrence privée est reste identique aux environs de 1 million, mais l’offre s’agrandissant, les clients pourraient arriver encore plus nombreux. Leclerc s’est récemment lancée dans la distribution d’électricité. Ces concurrents alternatifs ont trois armes pour mener l’assaut contre la citadelle EDF 

La première de ces armes, c’est évidemment le prix.Depuis l'ouverture à la concurrence des marchés du gaz et de l'électricité pour les particuliers, les fournisseurs alternatifs proposent des offres dites « de marché », qui sont soit indexées sur le tarif réglementé proposé par EDF, soit totalement libres. EDF propose depuis peu des offres de marché, mais rencontre un succès mitigé. 

La deuxième arme de ce marché concurrentiel, c’est l’activisme des acteurs renforcé par l’arrivée de Total.Total est entré sur le marché des particuliers via Cdiscount et a pris le contrôle de Direct Energie qui compte plus de 2 millions de clients. Total rejoint ainsi l’italien ENI. 

La troisième arme est portée par la demande d’énergie verte. L’avantage d’EDF, c’est sa puissance de production qui sécurise complètement les installations, mais son handicap, c’est de fournir principalement de l’énergie d’origine nucléaire. Du coup, les partenaires alternatifs parient eux sur l’électricité d’origine renouvelable. Enercoop, par exemple qui propose une énergie 100 % renouvelable, a vu son nombre de clients passer de 25.000 en 2015 à 42.000 en 2017 et sans doute plus du double en 2018. 

 

Enfin, il faut noter aussi que le changement de fournisseur est très facile et très rapide. On peut le faire d’un clic de souris ou presque, il suffit de changer le numéro d’identification et le mode de facturation. Sinon le matériel est le même, les branchements sont identiques et pour juger de l’offre, il suffit de se brancher sur un comparateur de prix et de service. Les moteurs de recherche et les simulateurs ne manquent pas. 

 

Pour l’instant, cette concurrence ne gène pas trop EDF qui reste le premier fournisseur et pour cause c’est le premier producteur. Cela dit, le dynamisme des autres oblige le vieux monopole d’Etat à évoluer, notamment sur le service à la clientèle et à la recherche d’une électricité alternative au nucléaire. 

Ce qui est très intéressant, c’est qu’il peut se passer dans l‘industrie électrique ce qui s’est passé dans les télécommunications. Le progrès technique et l’ouverture à la concurrence ont bouleversé France télécom. 

C’est exactement ce qui peut se passer à EDF, à La Poste ou même à la SNCF.Quand la concurrence apporte au client, consommateur ou usager, un vrai service et un vrai avantage prix ou qualité, le client accepte de faire quelques infidélités aux entreprises publiques même s’il affirme haut et fort son attachement à l’Etat. 

Les français aiment l’Etat sauf s’ils trouvent mieux ailleurs. L’Etat n’aime ni la concurrence, ni le changement sauf quand le consommateur l’y oblige.