Dix ans après Lehman Brothers, les gouvernements ont sorti le monde de la crise mais ils ont érigé des murs sur lesquels on va finir par se fracasser

Les effets de la crise ouverte en 2008 sont cicatrisés mais on a ouvert des nouveaux foyers de spéculation 

Les milieux financiers ne sont pas optimistes. Les clubs de traders londoniens avertissent leurs bons clients que le cycle de consolidation financière s’épuise et que le système est redevenu très fragile. Ils datent même la prochaine explosion à mars ou avril 2019. 

Le passage au Brexit qui sera effectif fin mars peut certes allumer la mèche, mais ce qui est en cause, c’est surtout l’accumulation de matières inflammables un peu partout dans le monde.

Cette matière inflammable, c’est de la dette, de la dette publique et privée dont le montant est tel qu‘elles ne sont plus garanties. 

Or, cette accumulation de dettes est précisément le résultat des politiques qui ont été appliquées depuis 2009 pour éviter que cette grande crise ne dégénère en catastrophe. On a émis des masses de liquidités pour éviter que les économies mondiales ne s’enlisent, les banques centrales ont tourné à plein régime à la demande des pouvoirs politiques, elles ont réussi à calmer la crise et à circonscrire les incendies. Tout se passe comme si on avait éteint le feu mais on se retrouve avec un dégât des eaux dont les conséquences risquent elles aussi d’être terribles. 

On ne sait pas comment revenir à l’équilibre, c’est à dire qu’on ne sait pas comment rembourser les dettes. Ou plutôt, on sait qu’on ne pourra pas les rembourser alors on cherche partout quelle catégorie d’épargnants il faudra ruiner. 

Les riches ? Oui, parce qu’ils se sont abusivement enrichis pendant cette crise, les riches seront obligés d’abandonner une partie des valeurs accumulées mais au delà, il faudra sans doute choisir entre ruiner les retraités, et les rentiers  comme on l’a fait au lendemain de 1929, ou alors taper dans les jeunes générations qui se sont endettées pour payer leurs études, leur voiture ou leur appartement. 

 

Ce qui extraordinaire dans le film de cette grande crise de 2008, c’est qu’il a commencé on ne sait pas trop comment au juste et surtout pourquoi on a appuyé sur le bouton, on sait qu’elle s’est étendue sur la planète tout entière et a transformé les appareils économiques en champ de ruines sociales, habitées par des armées de chômeurs. On sait enfin que cette crise s’est éteinte quand les banques centrales, avec la garantie des Etats, ont apporté des liquidités pour faire repartir les machines (du moins les moins grippées).  

 

Les leçons ont-elles été tirées ?  En partie oui. On ne saura sans doute jamais pourquoi Lehman Brothers a été mise en faillite par l’administration du Trésor américain. Les engagements financiers étaient tels que l’établissement se retrouvait en cessation de paiement. Mais à l’époque, toutes les grandes banques américaines étaient en situation fragile et beaucoup de banques internationales n’avaient pas les garanties nécessaires. Alors pourquoi avoir sacrifier Lehman ?  Mr Henry Paulson, Secrétaire américain au Trésor, a simplement expliqué que les banques n’étaient pas au dessus des lois et qu’on les avait trop aidées.Il fallait donc montrer au monde entier qu‘une banque était une entreprise comme les autres. Sans doute, sauf que les autres banques, on les a aidées un peu avant et beaucoup après. La vérité est que Henry Paulson ne savait pas que les banques avaient titrisé leurs dettes pour mieux s’en débarrasser et que leurs difficultés étaient systémiques, c’est à dire contagieuses. Elles portaient des virus qui se sont propagés à l’ensemble des systèmes économiques. 

L’autre explication est à peine crédible et pourtant bien des historiens la retiennent. La mise en faillite de Lehman serait un des épisodes les plus meurtriers de la guerre ancestrale que se livrent les banques protestantes (comme Lehman) et les banques juives (comme Goldman Sachs) pour le contrôle de New York. 

L’histoire parlera un jour. Un homme et un seul connaît la vérité : Henry Paulson, lui encore. 

 

Maintenant, certaines leçons ont été tirées parce que les banques sont aujourd’hui beaucoup plus solides en fonds propres qu‘elles ne l’étaient à l'époque. On les a obligées à gonfler des matelas de sécurité pour garantir leur prêt. 

Autre leçon, les banques ont été interdites de faire des opérations de marché avec l’argent des déposants. Par ailleurs, elles ont été contraintes d’être plus transparentes concernant les produits dérivés, ce qui a permis de réguler la titrisation, c’est à dire la circulation des dettes (donc des virus). 

Cela dit, les dix ans de crise n’ont pas bridé l’imagination des mathématiciens de la banque qui ont inventé des formules nouvelles pour faire de l’argent et passer à coté de la règlementation. Ça leur a été d’autant plus facile que l’argent des banques centrales a coulé à flot apportant ainsi un carburant gratuit qui a permis aux économies de redémarrer, mais qui a surtout alimenté la spéculation financière. Les grands gagnants de la crise ont donc été les acteurs de l’industrie financière de New York, de Londres et de Singapour. 

L’Europe, par une règlementation plus restrictive, est restée à l’écart de cette euphorie. 

Cela dit, si sur la régulation et le contrôle des banques, les leçons ont été tirées, le problème, c’est que l’après crise a ouvert d’autres foyers d’incendie.

Le carburant des liquidités a permis aux banques d’ouvrir le guichet des crédits privés. L’open bar financier. L’Amérique est retombée dans ses vieux démons. Il existe aujourd’hui aux USA, des masses de crédit automobiles et des plus grandes masses encore de prêts étudiants qui ressemblent étrangement aux subprimes d’autrefois. Cette bulle peut éclater d’un mois à l’autre et les traders pensent que l’overdose se produira en mars. 

La situation est d’autant plus menaçante que les Etats et les banques centrales n’ont plus les moyens de stopper de nouveaux incendies. Ils ne peuvent plus baisser les taux d’intérêt, ils sont encore proches de zéro, et les politiques de quantitative easingsont à bout de souffle parce que les banques sont déjà gorgées d’actifs pourris qu’il faut amortir.

La situation est d’autant plus menaçante que Donald Trump a lancé un programme de dérégulation fiscale et bancaire. Alors les baisses d’impôts boostent l’activité économique aux Etats-Unis et notamment les résultats financiers, mais la dérégulation bancaire va faire revenir les systèmes à l’état de jungle où ils étaient dix ans auparavant. Sans compter que la dérégulation des banques et des assurances est porteuse de protectionnisme dans la mesure où cette dérégulation va exclure du marché américain toutes les banques étrangères (européennes d’abord) qui, elles, continuent d’être scrupuleusement suivies par les autorités de Bâle 3. 

La crise a éradiqué un certain nombre de problèmes, mais la crise n’a pas engendré des réformes de structure pour financer sainement le système économique au niveau de la production de richesse.  

Quant au président américain, il protège certes l’économie américaine mais il ne se préoccupe guère de l‘écosystème international qu’il est en train de bouleverser gravement. Et jusqu’à quand pourra-t-il continuer à faire croitre l’économie américaine sans lui faire prendre trop de risque ?