Des fonds « activistes » d’origine US s’attaquent désormais aux grandes entreprises européennes et terrorisent le capitalisme

Il existe aujourd’hui une vingtaine de fonds d’investissements US qui s’attaquent aux grandes entreprises européennes pour les déstabiliser.

 

Le Comex de l'info en a également parlé:

 

Ne rêvons pas, les fonds activistes qui, depuis quelques mois, ciblent les entreprises européennes n’ont qu’un objectif : entrer au capital et au conseil d’administration afin de provoquer un changement de management et faire évoluer la stratégie pour officiellement augmenter la performance économique. En réalité, il s’agit toujours d’essayer de dépecer l’entreprise et de la vendre par appartement.

Alors que, pendant des années, il y avait bien quelques raiders qui lançaient quelques assauts, principalement d’ailleurs sur des entreprises anglo-saxonnes en difficulté, on a vu, depuis la crise, émerger des fonds organisés et disposant d’énormes moyens pour s’attaquer non seulement aux multinationales américaines, mais depuis quelques temps, on les a vu cibler très précisément des groupes européens.

La semaine passée a été très agitée. C’est Nelson Peltz, un jeune trader de 72 ans, gérant du puissant fonds américain « Train Funds management » qui a mené la danse sur les marchés financiers. Il a d’abord gagné la partie chez General Electric, puisqu‘après être entré dans le capital à la hussarde, il a obtenu un siège au conseil d’administration et provoqué un changement du management. La moitié des membres du Comex a été virée et remplacée, avec comme objectif de recentrer l’activité sur les secteurs les plus rentables, c’est à dire de se débarrasser de beaucoup de filiales annexes dont certaines, de l’avis des analystes, recelaient néanmoins quelques pépites intéressantes à moyen terme.

Après ce raid réussi, il a organisé une opération contre « Procter and Gamble » multinationale d’origine américaine mais très implantée en Europe et spécialisée dans les produits de grande consommation, il a dépensé beaucoup d’argent en achats d’actions et en lobbying, mais jeudi dernier, l’assemblée générale des actionnaires lui a refusé l'entrée de l’entreprise. Ceci étant, les dirigeants actuels vont néanmoins devoir tenir compte de ses prescriptions, à savoir encore et toujours redresser la performance économique et financière à court terme. 

Depuis peu, les grandes entreprises européennes sont très surveillées et même pour certaines harcelées par ces activistes.

Third Point s’est très récemment attaquée au géant Nestlé pour lui suggérer de recentrer son activité sur l’eau minérale et les produits alimentaires. Sous entendu, pour sortir de L’Oréal et, en relais, dégager ainsi une énorme masse de cash. Le management et les actionnaires historiques ont résisté, mais pour combien de temps.

Le fond new-yorkais Corvex (retenez bien son nom) est parti à l’assaut du monde de la chimie et du géant suisse Clariant afin de bloquer la fusion avec Huntsman. Mais pas seulement.

 

Corvex, toujours lui, est entré chez Danone au mois d’août dernier, avec le projet de pénétrer le conseil d’administration et de faire évoluer la stratégie, sous-entendu en concentrant Danone sur ce qui est le plus rentable, les eaux minérales. Le conseil d’administration a fait bloc, mais la perspective de départ de Franck Riboud qui a laisse les commandes à un homme qu’il a pourtant choisi et en qui a toute confiance, a pu faire croire en la fragilisé d’avenir aux yeux de certains fonds qui avaient peut-être d’autres desseins.  Danone est sans doute la plus belle des entreprises françaises de l’agro-alimentaire de taille mondiale avec une culture très particulière qui lui a permis d’affronter beaucoup de tempêtes. Mais contre des « activistes » dont les méthodes rappellent celle des terroristes, quoi faire ?

Quoi faire ? Délivrer des résultats sans perdre son âme et sans oublier l’ADN qui a fait son succès au départ. Le problème est que ce type de valeur et cette conviction que le succès a besoin de long terme, l’idée aussi que dans l’entreprise, il y a toute une communauté de salariés, tout cela ne rentre pas toujours dans l équation d’un « activiste de la bourse » qui lui, veut toucher le gros lot très vite, sans se préoccuper de l’ impact sur l ‘écosystème.

 

Au même moment, c’est un autre fonds, Elliot Management, qui tente de rapprocher Akzo Nobel de PPG. Pour l’instant, ça ne marche pas, mais la bourse regarde.

La plupart des fonds aujourd’hui sont en embuscade sur L’Oréal avec la question de savoir ce que feront les héritiers de Mme Bettencourt et Nestlé qui sont, pour cinq mois encore, liés par un pacte d’actionnaires. Ce pacte engageait Liliane Bettencourt, mais n‘engage pas sa fille et ses petits enfants.

En réalité, toutes les entreprises importantes ou familiales sont potentiellement menacées par les Amber, Elliot, Crystal, Maddy waters, Tosca. Au total, ils sont une vingtaine dans ce club assez secret à compulser les comptes et à fournir les armes.

Ils ont des moyens importants. D’abord, les fonds de pensions et de retraites traditionnels leur confient très certainement de l’argent à gérer. Beaucoup de family office viennent aussi à eux. Les grandes familles américaines enrichies par le digital ou même les Warren Buffet ne viendront pas se salir les mains dans ce type d’activités, mais qui peut dire qu’ils n’ont pas « diversifié leur dorure » en prenant une parcelle d’actifs dans des fonds activistes.

Ces fonds activistes attirent ces capitaux parce qu‘ils offrent des rendements ou des retours sur investissement plus confortables que ceux du marché financier, un peu comme autrefois on allait sur les subprimes ou chez Madoff.

Et pour promettre des résultats importants à très court terme, les activistes n‘ont souvent qu’une solution, dépecer l’entreprise.

Ces fonds sont donc pour l'entreprise très court-termistes, alors que l’entreprise a évidemment besoin de stabilité à long terme.

 

Le fait très nouveau, c’est que ces fonds s’attaquent depuis peu à l’Europe. Pour des raisons très simples.

La première raison est que les entreprises européennes sont sorties de la crise très tard. Beaucoup plus tard que les entreprises américaines. Elles sont donc moins chères. Et plus vulnérables.

La deuxième raison, c’est que beaucoup de ces entreprises européennes ne se sont pas réformées et restructurées assez vite, faute de capacité d’investissement. Ça peut changer avec la réforme fiscale qui allège l’imposition du capital. Elles essayent désormais de rattraper leur retard.

La troisième raison, c’est que l’Europe ne protège pas ses entreprises comme le font les Etats-Unis. On peut être libéral, mais on n’est pas obligés d'être naïfs. Les européens ont beaucoup de naïveté. La législation européenne est fondée sur des dispositifs anti-trust qui protègent la concurrence au profit du consommateur. Très bien, mais en protégeant le consommateur, on met en péril des fleurons industriels. La loi sur les abus de pouvoir ou sur les concentrations est très sévère en Europe et stérilise les groupes.

La quatrième raison, c’est que certains pays, comme la France, ont voulu donner aux actionnaires des moyens d’exercer leur pouvoir de façon plus évidente. Le résultat, c’est que ce pouvoir a été préempté le plus souvent par des groupes d’actionnaires qui avaient les moyens de s’organiser ou d’être représentés. Les associations d’actionnaires individuelles sont restées très impuissantes. Incapable de faire front aux activistes. Mme Colette Neuville est certes très sympathique, mais quel est son poids .

Les pouvoirs publics peuvent difficilement intervenir sauf en révisant la réglementation qui régit le droit des actionnaires et favorisant l’émergence d’un véritable contre-pouvoir.

Le seul contre-pouvoir efficace serait de disposer de fonds de pensions à la française, mais ces fonds n’existent pas. Pour des raisons idéologiques, la France a toujours refusé des systèmes de retraites par capitalisation.