De Versailles à Davos, voilà ce que Emmanuel Macron veut essayer de faire comprendre aux plus grands patrons mondiaux.

Emmanuel Macron veut convaincre que la France est revenue dans le jeu mondial, mais au delà, il dessine aussi une mondialisation acceptable par tous. 

 

De Versailles à Davos, la priorité d’Emmanuel Macron est de prouver que la France va redevenir un des pays les plus attractifs au monde. Mais pas seulement. Il veut convaincre qu’il existe une mondialisation qui pourrait être équitable pour tous. Une mondialisation qui doit prendre en compte les plus fragiles, lutter contre les inégalités et le réchauffement climatique et accoucher d’une gouvernance. Sinon, c’est le système tout entier qui s’écroulera.

Emmanuel Macron n’arrête pas. A peine sorti du mauvais procès d’être un président pour les riches, le voilà cette semaine qu‘il redonne à ses détracteurs de quoi le brocarder à nouveau. Il recevait hier à Versailles les patrons des plus grandes multinationales de la planète et il les retrouvera demain à Davos, lors d’un symposium mondial qui, depuis trente ans, réuni dans une station chic de Suisse tout le gotha de la planète. Le tout soulevant chaque fois tellement de critiques dans une grande partie de la classe politique française qu’il vaut mieux en général éviter de se compromettre avec « ces gens-là ». Toujours est il qu’aucun président français n’a fait, avant lui, autant d’effort pour se rapprocher des investisseurs, et des grands chefs d’entreprise.

 

Emmanuel Macron n’hésite pas à entreprendre un véritable marathon qui est en cohérence avec sa stratégie de politique économique. Son ambition, il en avait annoncé la couleur pendant la campagne, redonner à la France la compétitivité qui lui fait défaut. D’où les réformes pour rendre le marché du travail plus flexible, pour rendre l’investissement et le capital moins taxés, et pour restructurer l’appareil économique et social (formation, chômage). Dans ces conditions, mieux vaut faire un effort pour accueillir en France tous ceux qui peuvent investir, créer de l’activité et des richesses. Et stimuler la fréquentation des chefs d’entreprise d’où qu’ils viennent. La priorité est à la compétitivité. Tout est bon à condition que ça apparaisse efficace.

Emmanuel Macron est convaincu que la France doit et peut retrouver sa place de grande nation industrielle et financière, et refaire de ce pays une place attractive aux yeux du monde entier et particulièrement de tous les investisseurs, d’où le slogan de « Choose France», quitte à se faire taxer de président pour les riches en donnant l’impression de les courtiser à Versailles comme à Davos. « Pragmatisme first ».

Emmanuel Macron assume cette politique pro-business. Pour trois raisons.

D’abord, parce que c’est dans son ADN, sa culture et sa formation.

Ensuite, parce qu‘il est convaincu qu‘il obtiendra des résultats et qu‘en redressant la situation économique, il répond à l’essentiel des priorités de la société française.

Enfin, il assume parce que derrière, il défend aussi une vision de la mondialisation qui pourrait être potentiellement heureuse et qui est honnie très souvent par ses adversaires politiques de droite comme de gauche. Pour les extrémistes, la mondialisation telle qu‘elle s’est imposée est un produit du système capitaliste et financier. Pour réduire les maux de la mondialisation, les extrémistes estiment qu’il faut changer de système. D’où la montée des populismes partout dans le monde ou les poussées altermondialistes adeptes le plus souvent de la non-croissance.

Dans ces conditions, Emmanuel Macron estime que la mondialisation peut être heureuse (comme disait Alain Juppé) ou au moins acceptable car équitable.

Bref, pour Emmanuel Macron, la mondialisation doit pouvoir travailler à une réduction des inégalités et contribuer à lutter contre le réchauffement climatique ou la protection de l’environnement. C’est même le seul système qui puisse le faire tout en préservant les chances de progrès.

D’où la fréquentation des grands mécènes multinationaux, les Bill Gates, les Bloomberg, les Warren Buffet, mais aussi la reprise de contact avec les grands banquiers du monde pourtant jugés comme responsables de la crise de 2008, les patrons de JPMorgan, de Goldman Sachs ou HSBC, mais aussi des industriels comme Bosch ou des grands du digital dont les chinois.

 

Avec en permanence un discours qui consiste à expliquer que le système capitaliste international, qui est le seul à pouvoir créer de la richesse et du progrès, doit tenir compte des inégalités et des effets pervers. Les inégalités sociales ne sont pas consubstantielles à l’accumulation du capital (comme le croient encore les marxistes) mais elles sont le résultat de la cupidité des acteurs. Même équation avec le réchauffement climatique.

Or, Emmanuel Macron explique finalement que, si les plus grands acteurs du système économique n’écoutent pas le marché et l’opinion, la croissance des inégalités, l’accroissement de la pauvreté dans le monde et le dérèglement climatique finiront par détruire l’équilibre du système économique.

Il y a une ambition de gouvernance derrière ce raisonnement. Gouvernance européenne mais aussi gouvernance mondiale. D’où la diplomatie économique qu’il entreprend pour faciliter une diplomatie politique.

 

Le discours qu’il s’apprête à envoyer demain « aux maîtres du monde réunis à Davos » est donc très simple. Il le rode depuis un moment. Il l’a confié à Angela Merkel et à Theresa May la semaine dernière, il l’a explicité aux 150 patrons qu’il a invités à Versailles hier soir.

La vision pour le monde de demain qu’il défend repose sur trois axes :

une lutte contre les inégalités, une action vigoureuse contre le réchauffement climatique ainsi qu‘une meilleure gouvernance mondiale. Trois axes, trois ambitions pour écarter les risques des nationalisme ou de radicalisme religieux qui menacent un système ou laissent de côté les plus fragiles.