Dans la guerre USA-Chine sur la 5G, l’Europe est incapable d’inventer son indépendance face à Huawei.

Si la 5G annonce la prochaine révolution digitale, l‘Europe, coincée entre le chantage de l’Amérique elle-même désarmée et l‘avance technologique des Chinois, s’annonce incapable de conserver le contrôle de ses équipements et de ses systèmes de gestion. 

Dans le domaine de la 5G, dont tous les experts nous expliquent qu‘elle va être incontournable pour le pilotage des objets connectés, la concurrence pour le contrôle des équipements s’annonce plus que redoutable. D’un côté, les Chinois de chez Huawei qui ont une avance technologique et des moyens considérables pour déployer des réseaux dans tous les pays du monde, de l’autre, l’Amérique de Donald Trump qui considère que les Chinois ont une stratégie politique d’hégémonie sur le monde occidental en prenant le contrôle de la gestion des données.

Cette semaine, l’ambassadeur des Etats-Unis à Berlin a transmis au ministère de l’industrie allemande une lettre obligeant le gouvernement allemand à choisir entre les équipements que propose le chinois Huawei et son maintien au partage d’informations sensibles que les Etats-Unis livrent à leurs alliés. Au terme de ce chantage, si l’Allemagne continue de travailler avec Huawei pour s’équiper en 5G, l‘Allemagne ne sera plus considérée comme un allié loyal. Comme l’écrit le Wall Street Journal, ce sera les antennes Huawei ou les câbles du Pentagone.

Donald Trump, qui a semble-t-il, décidé d’entamer une campagne auprès de tous ses alliés européens, n’y va pas par quatre chemins.

 

La Grande Bretagne est depuis quelques jours également plongée dans l’incertitude la plus totale quant à la mise en œuvre de sa prochaine stratégie digitale. Selon le Times, Gavin Williamson, le ministre de la défense de Theresa May, se déclare très inquiet de l’influence du chinois Huawei dans l’architecture du prochain réseau 5G au Royaume-Uni. Son homologue américain, informé par les services de contre-espionnage, l’a mis en garde des risques d’espionnage que présentait le géant chinois dans une technologie aussi sophistiquée et stratégique que la 5G, et surtout dans la gestion des réseaux mobiles. Mais, réponse du gouvernement britannique : « il n’y a pas d’autres industriels que les Chinois dans le monde, capables de mener à bien un tel projet d’équipement et notamment l’installation du premier réseau britannique ».

La France n’aurait pas officiellement reçu d’avertissement de Washington à propos de la 5G ...mais il faut dire que la France est en retard dans le déploiement du réseau. Alors que l’on n’a pas fini de déployer le 4G sur l’ensemble du territoire, on ne fait qu’entamer les études administratives pour permettre aux opérateurs privés de commencer des expérimentations. Du coup, SFR semble travailler avec Nokia et a réalisé une première liaison très symbolique.

Bouygues Télécom collabore avec Huawei avec des tests à Bordeaux, où les résultats sont satisfaisants.

Orange travaille sur plusieurs tests à Marseille, Lille et Douai ainsi qu’à Paris avec une technologie propre. Mais le montant des investissements n’est pas connu. Tout cela démontre qu’il existe un grand retard ou alors une grande prudence.

 

En Europe, le pays le plus en avance est la Finlande avec Nokia. L’opérateur Elisa a proposé une offre commerciale en 5G, avec différents forfaits, mais la performance doit encore faire des progrès. Le problème pour Elisa et Nokia, c’est qu’il n’y a pas de téléphone portable compatible. Ils ont donc dû faire les tests et les premières offres avec des mobiles prototype de chez Huawei qui va les mettre en commercialisation avant cet été. Mais Huawei, en Finlande comme ailleurs, soulève beaucoup d’interrogations.

Saint-Marin, micro Etat du nord-est de l'Italie, a indiqué qu'il était le premier Etat à se doter entièrement de la 5G en 2018. Mais Saint Marin est plus petit que Monaco.

L‘Italie aurait déployé un réseau expérimental dans les Pouilles fin 2018, mais l’Italie n’en a pas fait de publicité. Compte tenu de ses finances, l’Italie n’a guère les moyens d’aller plus loin.

La Belgique doit être capable de commercialiser et se lancer dans la course, mais pas avant 2020. Avec une interrogation, tout est possible mais avec quel équipement ?

 

Partout en Europe, on s’inquiète finalement de la pression américaine. Tout se passe comme si les Etats-Unis avaient déclaré la guerre à Huawei. Personne ne va donc pouvoir faire des affaires avec le Chinois.

Les services d’informations américains auraient acquis la conviction que la Chine utilisait les réseaux, les mobiles et la technologie Huawei à des fins d’espionnage. D’où les embargos et les arrestations de cadres de Huawei afin d’enquêter pour débusquer d’éventuels agissements malveillants.

Au delà de ce risque, l’Amérique s’avère très en retard dans la mise au point de la 5G. Alors même que l’Amérique a toujours été jusqu'alors leader mondial dans ce type de recherche. D‘où peut être la peur d’être dépassé et déstabilisé. Toujours est-il que les patrons des Gafam sont en lien avec le Pentagone pour essayer de préparer une riposte.

 

La 5G prépare une deuxième révolution digitale qui aura des impacts sur l'ensemble de la vie quotidienne.

La 5G offre une vitesse remarquable de connectivité, à peine une seconde. Cette vitesse est absolument indispensable pour développer les objets autonomes et connectés. Les voitures sans chauffeur d’abord, mais tous les objets de mobilité, les bus, les avions, les bateaux, les engins de chantiers, les outils chirurgicaux, etc. Tous ces objets doivent réagir au "quart de seconde”, pour des raisons de performance et de sécurité.

Mais l’inquiétude se cristallise surtout sur le mode de gestion des réseaux et des serveurs. Comment imaginer ne pas être sur et certain à 100% de la bienveillance des systèmes lorsqu’il s’agira de réguler la circulation automobile dans une ville ou le contrôle aérien d’un aéroport ?

Sans tomber dans la science-fiction, les services américains ne sont pas loin d’imaginer qu’un système puisse tomber dans les mains d’une puissance étrangère animée de sentiments hostiles. Les services l’imaginent encore plus facilement si les équipements sont d’origine chinoise.

Tant qu’il n’y aura pas de systèmes concurrents à ceux proposés par Huawei, le géant chinois sera toujours suspecté.

L’Europe, dans tout cela, n’a pas, une fois de plus, de plan B à soumettre à ses partenaires et clients.  Comme les Américains, les opérateurs de l’Union européenne sont assez désarmés.

Alors, faute de s’entendre, de mobiliser des fonds d’investissements colossaux et créer des géants de la 5G, les pays de l’Union européenne sont coincés entre les méthodes d’intimidation et de chantage américain et les pouvoirs hégémoniques ou démoniaques pour certains de Huawei.