Comme disait Keynes : le monde va mal, il finira par craquer à long terme ; mais on sera tous mort, donc on s’en fout!

Le pétrole flambe, la guerre militaire menace la paix et la guerre commerciale plante l’activité. Mais les bourses ne craquent pas. Les boursiers ont encore des bonnes raisons de ne pas se désoler. « Pourvu que ça dure... ». 

La situation est quand même assez incroyable. Alors que tous les signaux d’alarme sont allumés, les boursiers ne bougent pas d’un cil. A Paris comme à Londres ou à New York. 

Normalement, après l’attaque terroriste d’une grande partie des installations de l’Aramco en Arabie Saoudite, les marchés financiers auraient dû s’effondrer. La moitié de la production de l’Arabie Saoudite s’est trouvée bloquée, les circuits de distribution du pétrole mondial abimés et l’affrontement militaire entre les grands pays du Moyen-Orient n’a jamais été aussi probable. La perspective d’un choc pétrolier de l’ampleur de ceux qui ont, dans le passé, déréglé l’économie mondiale aurait dû mobiliser toutes les organisations internationales pour éviter le pire. Et particulièrement le risque d’une nouvelle récession qui en théorie paraît inévitable. D’autant que les menaces ne se limitent pas au pétrole. Par le Brexit et la poursuite des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, l’écosystème paraît complètement miné. 

Et bien logiquement, à chaque fois que la planète a été en risque d’infarctus, les milieux financiers ont été les premiers à en tirer les conséquencesen vendant massivement tous les actifs financiers qu’ils avaient sous la main et en se repliant sur les valeurs refuges, l’immobilier et l’or. Pour le métal jaune, c’est vrai que l’or a la fièvre depuis deux ou trois ans mais cette fièvre ne s‘explique pas par la peur des populations, mais par les achats des Etats qui croient se couvrir ainsi de leur endettement excessif.

Après le weekend, le pétrole a immédiatement flambé. Il a pris plus de 10%, l’industrie pétrolière nous a aussitôt promis une hausse des prix de l’essence et du diesel à la pompe, les gouvernements ont commencé à imaginer de scénarios pour absorber cette hausse, craignant le retour de vagues contestataires comme les Gilets jaunes. Mais sur les marchés financiers, aucun trader n’a cédé à la panique, les performances boursières ont déjà reperdu plus de la moitié de la hausse de début de semaine. Le marché est dynamique mais pas anormal.

Tout se passe comme s’il y avait une déconnexion entre la bourse et la réalité de l’économie. Deux mondes à part, étrangers et indifférents. Alors que la bourse et la réalité sont intimement imbriqués.  

Alors, en cherchant bien, en prenant du recul par rapport aux analyses du passé, il y a des raisons à cette déconnexion.

 

1ère raison, les opinons publiques croient malheureusement à la probabilité d’une nouvelle crise mondiale extrêmement grave, mais ils ne voient pas de solution ou de politique alternative.Tous les systèmes ont fait faillite, les pays communistes ont fini dans le chaos, les modèles socio-démocrates nourris au keynésianisme ne fonctionnent plus dans un monde ouvert à la concurrence mondiale. Comme il n’y a pas de solution, il faut faire avec ce qu’on a, en espérant trouver des issues responsables et en comptant sur le fait que la crise rend intelligent. Ajoutons à cela que beaucoup de solutions raisonnables se heurtent aux contraintes de la démocratie politique. 

 

2eraison, une des solutions nous a été apportées par les banques centrales qui ont engrangé les dettes et distribué de la monnaie en contrepartie. Le système a apporté des liquidités et baissé les taux d’intérêt. Malheureusement on ne sait pas comment gérer le système sur le long terme, avec des taux de plus en plus négatifs et des dettes de plus en plus pourries. A long terme, il est évident qu’on va ruiner les épargnants et qu’on fragilise les banques. Le taux négatif n’est rien d’autre qu’un impôt payé sur l’épargne pour financer des dettes qui de toute façon ne seront pas remboursées. Ce système, pour l’instant, fonctionne. Il alimente principalement les marchés financiers qui apportent l‘illusion de la richesse.

 

3eraison, Trump fait le job. C’est à dire qu’il fait le minimum pour que ses électeurs les plus radicaux ne le lâchent pas. Mais il ne fera rien qui puisse dérégler la formule miracle qui alimente la bourse américaine et par conséquent l’activité économique à court et moyen terme.

Donc, il menace d’intervenir contre l’Iran, mais il ne le fera sans doute pas sinon il déclencherait la guerre mondiale. Sur le pétrole, son pays est autonome donc les prix ne devraient pas trop augmenter aux USA. 

Par ailleurs, il menace les Chinois d’ériger un mur de taxes, mais il obtempère, discute et minimise. Il évite de faire ce qui pourrait abimer le système de production américain et grever le pouvoir d’achat. Sinon, les électeurs lui tourneraient le dos. Donald Trump ne fera rien qui puisse inquiéter les boursiers. Les Américains ont peu d’épargne financière et beaucoup de crédit, donc les taux négatifs ça leur plait. En revanche, ils sont très attentifs à ce qui se passe en bourse parce que leur retraite est investie sur les marchés financiers.

Les peuples les plus menacés en Occident, ce sont les Européens parce qu‘il n’y a pas de volonté et d’ambition européenne commune. Le Brexit est une caricature de la situation cataclysmique dans laquelle nous sommes coincés et Trump va pouvoir taper sur l’Europe. Il le fait déjà. L‘Europe ne se défend pas. 

 

4eraison, compte tenu des risques, les opinions publiques y trouvent une bonne raison de ne pas s’attaquer aux défis environnementaux : la protection des ressources naturelles et la recherche de solutions capables de lutter contre le réchauffement climatique.Les opinions occidentales n‘ont aucun problème pour réclamer une politique écologique et manifester contre l’augmentation de prix du pétrole. On aura du mal à ce qu’elles le fassent le même jour, au même moment. Les opinions ne sont pas à quelques contradictions près. 

 

Conclusion, le système peut encore tenir quelques temps. Il finira par craquer. C’est ce que les adversaires de Keynes lui disaient au lendemain de la guerre quand il a mis en place des politiques de relance et qu'ils lui reprochaient de ne faire que du "court terme.

Keynes répondait : « You’re right, in the long run, we are all dead ».

Vous avez sans doute raison, mais à long terme, on sera tous morts, alors on s‘en fout!