Chine-Usa-Europe : La guerre commerciale n’aura pas lieu, mais Macron n’y est pour rien ou presque ...

Emmanuel Macron se retrouve en Chine au moment où les risques de guerre commerciale s’éloignent. La France pourrait donc profiter d’une reprise des échanges internationaux, mais, en a-t-elle la force, les moyens et la volonté politique ?  

Emmanuel Macron n’y est strictement pour rien. Mais à peine arrivé en Chine, les perspectives du commerce international se sont améliorées. Les marchés financiers ont compris le message. En deux jours, les bourses du monde entier ont repris le chemin de la hausse à vitesse grand V. Wall Street et Paris ont battu leur record et retrouvé les niveaux de valorisation qui dépassent ceux d’avant la grande crise financière. Le retournement qui stressait tous les observateurs depuis le début de l’année semble oublié.

Il a suffi que la presse financière internationale, le Financial Time et le Wall Street Journal  en tête,  décrypte  le détail des négociations commerciales internationales au travers des  tweets de Donald Trump, des allées et venues des dirigeants chinois et des propos d’Emmanuel Macron en visite officielle à Pékin, pour en déduire que les risques de guerre commerciale avaient beaucoup reculé. 

 

En fait, les deux premières puissances mondiales, Etats-Unis et Chine, s’affrontent depuis un an et demi mais sont désormais sur le point de signer un accord préliminaire courant novembre. Donald Trump a d’ores et déjà annoncé qu’au terme de cet accord, Pékin s’engagerait à acheter davantage de produits agricoles aux Etats-Unis.

Et de fait, les dirigeants chinois qui ont dans un premier temps rendu coup sur coup, ont choisi d’accepter un compromis. Quant au président français, il vient de d’appeler Pékin à ouvrir davantage son marché afin de corriger les déséquilibres de la mondialisation, qui suscitent « une tentation de repli » dans les pays occidentaux.

 

La tentation du protectionnisme a touché pratiquement tous les pays. Affectés par la crise financière de 2008/2009, les peuples occidentaux ont considéré que les mutations mondiales auxquelles ils étaient confrontés leur étaient préjudiciables. La concurrence internationale, la mondialisation accélérée et même la révolution digitale étaient vécues comme des facteurs anxiogènes puisqu’ils provoquaient des délocalisations industrielles massives et une montée des inégalités insupportables dans beaucoup de pays. D’où la montée des populismes et des manifestations sociales type Gilets jaunes, qui ont miné les démocraties. D’où le Brexit en Grande Bretagne, d’où l’élection de Donald Trump aux USA. Etc.

Le président américain avait donc entrepris de fermer progressivement le marché américain aux produits importés et pas seulement importés de Chine, même si l’Occident avait quelques raisons objectives de se plaindre des pratiques chinoises.

Les projets et les menaces de fermetures de frontières ont été suffisamment forts pour porter donner un coup de frein à l’économie mondiale. On s’est aperçu que le protectionnisme entrainait assez rapidement une perte d’activité pour tout le monde , parce que les fonctions de  production sont très interdépendantes, très fracturées et qu’on ne peut pas barrer la route des composants sans mettre en risque la croissance.

Aux Etats-Unis, Donald Trump, qui avait promis de rapatrier des activités industrielles pour compenser celles qui avaient été délocalisées, a rapidement déchanté. D’abord parce que l’Amérique ne peut pas se passer de ses importations, sauf à porter préjudice à une grande partie des consommateurs dont les électeurs de Trump.

Ensuite, parce que les droits de douane sont forcément payés par le consommateur qui voit alors son pouvoir d’achat attaqué.

Enfin, la mise en place de barrières douanières tarifaires entraine des ripostes qui peuvent gêner les exportateurs. Le monde agricole américain a vu ses marchés asiatiques se fermer.

Il a donc fallu que Donald Trump revienne un peu en arrière quand il s’est aperçu que ses propres électeurs étaient plus touchés par les restrictions au commerce que par le commerce international lui-même et qu’on voulait ralentir.

En Chine, les autorités de Pékin ont enregistré eux aussi un ralentissement assez  brutal de leur activité. A partir du moment où ils ne livraient plus les magasins de New-York, les usines se mettaient à tourner au ralenti d’où des risques de problèmes sociaux et d’emplois ;

Quant à l'Union européenne, elle a forcément souffert du ralentissement économique mondial, notamment l’Allemagne qui est très impactée par la conjoncture internationale compte tenu du volume de ses exportations.

Nous sommes donc aujourd’hui arrivés à un moment ou l’alignement des planètes incitent les principaux acteurs de l’économie mondiale à réviser la régulation du commerce international.

L‘Amérique, la Chine et l’Europe ont objectivement intérêt à baisser les armes... Donald Trump met ses menaces en sourdine pour éviter un ralentissement de son économie au moment où il espère gagner un second mandat. Et la Chine semble faire un effort d’ouverture de ses marchés, pour enrayer les risques d’une crise sociale provoquée par un arrêt de ses exportations.

 

Emmanuel Macron, lui  espère donc profiter de cette perspective de changement de climat pour obtenir de Pékin des engagements d’ouverture du marché intérieur chinois.

La Chine est le 2e fournisseur de la France. Sauf que la France représente le 20ème fournisseur de la Chine. Ce qui nous creuse  un déficit commercial à 30 milliards d’euros par an envers la Chine, qui a les usines et vend ce que les consommateurs achètent. Comme Donald Trump aux Etats-Unis, l’un des objectifs d’Emmanuel Macron est donc de chercher à réduire le déficit commercial abyssal de la France avec la Chine en rééquilibrant les échanges et en promouvant les exportations françaises. Le président français a choisi la méthode douce, contrairement au président américain. Celle du dialogue et des rencontres régulières. Depuis 2017, c’est donc 6 rencontres en 3 ans, une visite d’Etat par an dans l’Empire du milieu et un accueil en fanfare quand le président chinois est à Paris.

La Chine exporte beaucoup, des produits peu chers et de consommation courante, mais elle ouvre peu son marché intérieur, pourtant gigantesque, aux autres pays.

Le premier handicap, c’est la typologie des échanges commerciaux avec la Chine. Les exportations de  la Chine sont principalement des produits de consommation courante et dont l’économie française est dépendante. L’inverse n’est pas vrai. Lors de la dernière rencontre des deux présidents, qui avait lieu en France. Airbus avait signé un contrat record de 300 appareils pour 20 milliards d’euros. L’aéronautique représente 40% de ses mêmes exportations, mais acheter des avions, c’est un investissement d’infrastructure, c’est occasionnel et ne fait pas l’objet d’échanges réguliers. Dans le même temps, l’agroalimentaire français, qui représentait des flux réguliers car ce sont des biens de consommation courante, voit ses exportations baisser. La France a vendu 15% de moins de lait, de viande ou de vins aux Chinois l’an passé.

Deuxième point, nul n’entre sur le marché chinois seul, alors que la Chine, avec son programme pharaonique de financement international d’infrastructures, les Routes de la soie, ne rencontre pas le même problème.

Si beaucoup d’entreprises françaises ont fait leur entrée sur le marché chinois, elles ne l’ont jamais fait seules, elles ont toujours eu besoin d’un allié chinois : dans le tourisme où Club Med s’est fait racheter par Fosun, Accor qui a noué un partenariat avec des chaines d’hôtellerie chinoises en les lançant elles aussi entrer au capital. Dans l’automobile, où PSA s’était allié il y a quelques années à Dong Feng. Mais l’expérience prouve que ce type de montage fonctionne assez mal dès que les nuages s’amoncellent sur la conjoncture.

Si nul n’entre sur le marché chinois seul, la solution pourrait être de conjuguer l’effort de tous les pays de l’Union européenne. Mais l’Union européenne à l‘export, ça marche toujours aussi mal. Angela Merkel accompagne ses industriels allemands deux fois par an, à Shanghai ou à Pékin, pour signer des contrats et prospecter, vendre la technologie et les produits. Emmanuel Macron a compris la méthode et l’applique. Le seul problème dans cette affaire, c’est qu’ils n’y vont pas aux mêmes dates et quand ils y vont, ils y vont chacun pour soi.