Caisse des dépôts: un nouveau Directeur général pour tout changer et passer à la modernité

Emmanuel Macron a donc nommé Éric Lombard comme Directeur général de la Caisse des Dépôts et des consignations, mais personne ne sait précisément avec quelle mission.

 

Si la Caisse des dépôts est le bras financier de l’Etat, le nouveau Directeur général sera chargé soit de le couper, soit de le connecter sur la modernité en marche.

 

Quoi faire d’une institution qui reste une des plus puissantes du système français, mais qui est aussi une des plus anachronique qui soit par rapport aux enjeux de l’évolution actuelle ?

La Caisse des dépôts a été un outil formidablement efficace pour garantir la stabilité et le progrès de l’économie française, mais elle est aujourd’hui un monument de conservatisme et d’ambiguïté quant à son utilité dans un monde du digital, dominé par la logique de l’économie de marché à l’échelle mondiale.

Depuis deux cents ans, la Caisse des dépôts a survécu à tous les régimes, tous les gouvernements, toutes les guerres et toutes les crises. Mieux, elle a permis au pays de traverser toutes ces tempêtes politiques et financières. Elle a d’ailleurs été créée pour cela.

La Caisse des dépôts n’a jamais été ni de droite, ni de gauche pour reprendre une formule à la mode. Sauf qu’il va lui falloir prouver qu‘elle peut encore être efficace. Et ça, ça n‘est pas gagné.

Éric Lombard n’est surement pas allergique à la formule Macron. Contrairement à la plupart de ses prestigieux prédécesseurs, il tranche singulièrement avec tous les énarques et les hauts fonctionnaires qui ont incarné cette fonction. Éric Lombard a certes fait du cabinet ministériel mais c’était quand Michel Sapin était à la justice en 1991... Venant d’HEC, on le regardait bizarrement à Bercy. Du coup, il a passé plus de temps dans l‘entreprise privée et dans la grande banque que dans la haute administration. Dans les temps actuels, c’est peut-être son atout. Il connait un peu les arcanes du pouvoir, il connaît surtout mieux les tables de risques financiers et les business plans.

Certains y verront une nomination politique dans la mesure où le choix d’Eric Lombard ne va pas déplaire à la gauche sociale-démocrate. Il est resté proche de Michel Sapin, il est un des membres fondateurs des Gracques avec Jean-Pierre Jouyet qui fut lui-même Directeur général de la Caisse des dépôts, Secrétaire général de l’Elysée sous François Hollande et supporter de E. Macron. Il est aujourd’hui ambassadeur de France à Londres.

En réalité, Eric Lombard est surtout Macron-compatible dans la mesure où il a la culture du résultat. Et son domaine d’expertise, c’est la finance, le management avec pour objectif, délivrer de la performance. C’est donc bien le profil qu’il fallait pour engager la transformation de cette grande maison.

 

La Caisse des dépôts est née en 1800. Napoléon 1er a d’abord l’idée de créer une caisse d’amortissement de la dette de l’Etat. L’Etat napoléonien a besoin d’argent, pour financer ses campagnes militaires entre autre et l’impôt ne suffit pas. Il doit emprunter. La CDC va servir à garantir le paiement des obligations d’Etat et dans un deuxième temps, à participer au capital de la Banque de France dont la mission est de créer de la monnaie.

Le premier directeur de la Caisse a peu de place dans les livres d’histoire. C’est pourtant au père fondateur de la Caisse des dépôts moderne, Jean Bérenger, que l’on doit aussi le Conseil d’Etat et la Cour des comptes.

Son obsession était de fonder le crédit de l’Etat. « L’Etat sera fort et puissant, disait-il, si et seulement s’il inspire confiance. Et pour inspirer confiance, il doit respecter ses engagements financiers. Il doit pouvoir rembourser ses dettes, ou du moins promettre et donner la preuve qu’il pourra rembourser ses créanciers qui sont souvent les banquiers et les épargnants. »

En termes cyniques, comme on dit à l’ENA  « quand le contribuable est fatigué (ou écrasé), il faut faire appel à l’épargnant ».

La Caisse des dépôts va donc au fil des régimes servir de caisse d’amortissement de la dette publique, de caisse de garantie du remboursement de cette dette. Elle va se charger aussi de la comptabilité publique, puis comme caisse des dépôts, elle sera chargée de la consignation de tous les fonds déposés ou prêtés dans les diverses institutions du pays. La Caisse telle qu’elle existe aujourd’hui, a été officiellement crée en 1816 après les cent jours et la défaite de Waterloo. Cette Caisse nouvelle formule est dotée d’un statut qui lui garantit une indépendance totale du régime politique, c’est la condition nécessaire pour assurer la crédibilité de l’institution.

Il faut dire que l’Etat était dans une situation financière désastreuse, surendettée. La CDC permettra donc à l’Etat de survivre. S’il ne peut plus emprunter d’argent. La CDC va le faire à sa place.  

A partir de cette époque, la Caisse des dépôts va non seulement garantir la dette publique, elle va drainer l’épargne populaire avec les caisses d’épargne puis elle va investir cette épargne dans l’économie.

Cette institution publique, mais indépendante du régime politique, va devenir le principal instrument de financement du développement économique de la France à la fin du 19ème siècle. Un instrument d’autant plus puissant qu‘il est affranchi des contraintes de la concurrence de marché.

 

Alors, la Caisse va investir certes dans des activités et des projets que le marché hésite à aborder parce qu’ils sont trop lourds et pas immédiatement rentables comme les grands équipements, les grandes infrastructures. La Caisse va s’engager dans des programmes d’équipement sociaux comme le logement social. mais la Caisse va aussi investir dans beaucoup d’activités industrielles ou de service qui répondent à des logiques de marché.

Aujourd’hui, les participations de la Caisse des dépôts sont encore multiples et soulèvent énormément d’interrogations sur la finalité de ces opérations.

La Caisse est présente au financement d’investissements stratégiques, le grand Paris, les aéroports (Lyon St-Exupéry), le déploiement de la fibre à haut débit, mais beaucoup plus discutable, la Caisse collectionne une kyrielle de participations dans l’immobilier et le bâtiment, dans le Transdev, la Compagnie du Rhône, la RTE, la biodiversité, la Compagnie des Alpes, CNP Assurance, La Poste qui, au passage, est aussi actionnaire et partenaire de CNP.  On a vu la Caisse répondre à des augmentations de capital de Pierre & Vacances, du Club Med ou d’Accor...

Toutes les activités et les investissements de la Caisse sont certainement indispensables, intéressantes, mais elles sont le résultat d’opportunités successives, de pressions politiques parfois, d’impératifs sociaux, mais au total on a du mal à percevoir quelle est la stratégie et la vision du développement qu‘il y a dans un tel instrument. La Caisse des dépôts est beaucoup intervenue aussi pour protéger des entreprises de l’appétit d’investisseurs étrangers. Tout simplement parce que la France n’a jamais su encourager la création de fonds de pensions ou d’investissement privés.

Plus grave, on a aussi vu la Caisse amener à récupérer des projets que le privé ne pouvait pas faire ou ne voulait pas faire, parce que les risques était trop lourds à porter ou parce que la rentabilité n’était pas suffisante.

La BPI, la Banque publique d’investissement, est de ce point de vue, beaucoup plus cohérente et sans doute efficace. La Caisse des dépôts est d’ailleurs le principal partenaire de la BPI.

 

Dans le monde actuel dominé par les marchés financiers internationaux, par la concurrence mondiale, il est évident que le nouveau directeur général de la caisse va avoir à révolutionner complètement le fonctionnement de la Caisse, son périmètre, son objectif, ses rapports avec les institutions financières et sa relation avec l’Etat.

 

Il y a évidemment des synergies à dégager. Il va y avoir du Monopoly dans l‘air. La Poste, par exemple, va en profiter pour élargir son activité à l’assurance. Il y a aussi beaucoup de simplifications à attendre. La Caisse a-t-elle encore vocation à être le premier acteur financier du logement social et des HLM ?

Et puis, il y aussi tellement de clarifications à faire entre ce que fait la Caisse des dépôts, la BPI et l’agence des participations d’Etat. Ce beau monde se rend des services, se tient la main, mais se marche aussi sur les pieds au détriment d’un secteur privé qui pourrait reprendre beaucoup d’activité de marché.

 

Si Emmanuel Macron a été élu pour remettre la France dans la modernité, il ne peut pas avoir nommé un patron de la Caisse des dépôts pour conforter son archaïsme. Éric Lombard tient le bras financier de l’Etat. Ou bien, il est chargé de le couper ou alors il est nommé pour le connecter sur les vrais besoins.

On devrait le savoir très vite.