Bruxelles : un sommet sans drame, ni crise. On rêve. Et ça n’est ni un mirage, ni un miracle.

Finis les sommets de la dernière chance. Les partenaires européens se retrouvent pour préparer la réforme des institutions européennes. 

 

Les membres de l’Union européenne se retrouvent vendredi pour un sommet informel afin d’ouvrir un chantier de réformes des institutions qui peut durer jusqu’aux élections européennes, c’est à dire plus d’un an. C’est dire qu’ils ne sont ni pressés, ni stressés.

La situation est assez historique parce que jamais les conditions n’ont été réunies et aussi bien coordonnées pour faire avancer la construction européenne.

On croyait l'Union au bord du gouffre et de la faillite, laminée par la crise économique et financière, écrasée par des montagnes de dettes,  menacée par la montée des populismes et des nationalismes, étouffée par la bureaucratie de Bruxelles, paralysée par une gouvernance trop lourde, tétanisée par l’arrogance de certains partenaires hyper puissants - Allemagne en tête - incapable de résister au départ de la Grande Bretagne, tentée par la jurisprudence Brexit, angoissée par les arrivées incontrôlées et incontrôlables des migrants.    

Alors contrairement à ce qu'on pensait, le chantier de réformes est important mais il n’est pas sans futur.

 

1er point : l’Union européenne va devoir affronter la sortie de la Grande Bretagne, c’est gérable. Puisque les anglais l'ont décidé, les européens vont l’assumer en essayant de trouver les conditions pour que le Royaume Uni qui n’avait pas imaginé toutes les difficultés, ne sombre pas dans le chaos et la faillite. Ce qui serait catastrophique pour les britanniques les plus pauvres et pour les résidents étrangers. Les chefs d’Etat et de gouvernement sont donc décidés à apporter aux anglais les solutions pour sauver Theresa May de tous les démons suicidaires portés par les partisans d’un Brexit dur et pur. En clair, il n’y a pas en Europe une majorité de membres décidés à punir les anglais pour avoir quitter le navire, ce qui serait stupide.

2e point : les pays de la zone euro, qui constituent le cœur de l’Union européenne, ne sont plus actuellement menacés par une crise sur l’euro. La Grèce est sortie de la zone rouge.  Grace à ce qu on appellera « l’habileté politique » de Alexis Tsipras, grâce aux efforts consentis pas les grecs eux mêmes et grâce à la solidarité qui a néanmoins joué pour procéder à un début d’effacement des dettes.

Donc la zone euro n’est plus menacée d’éclatement par une faillite de la Grèce. En revanche, elle peut être menacée par la fragilité du système bancaire italien qui se retrouve à bout de souffle, compte tenu de l’endettement de l’Etat et des acteurs privés. Or, il est évident qu’un accident bancaire en Italie aurait un effet systémique sur le reste de la zone Euro.

Par conséquent, le premier axe de réforme de la zone euro va être de renforcer les mécanismes de financement.

3e point : l’Europe va donc devoir en priorité renforcer les régulations et les protections pour éviter que les dettes accumulées dans un des Etats membres n’entrainent le naufrage de cet Etat et du coup contamine l‘ensemble de la zone.

Au delà de la politique monétaire, qui a été mise en place par Mario Draghi et qui a consisté à déverser des tonnes de liquidités en Europe pour éviter que le système ne nécrose faute de crédit, il faudra nécessairement activer un outil de financement des Etats pour qu’ils aient les moyens de recapitaliser leurs banques en dernier ressort. C’est possible. Ça reviendrait à créer au niveau européen, ce qui existe au niveau mondial avec le FMI. Il n’y a pas de blocage politique sur un tel système, dont l’embryon existe déjà avec le MSE.

4e point : le budget européen. C’est évidemment à terme une nécessité; un budget capable d’intervenir pour financer des projets d’investissments. On retrouverait là la culture qui était à l’origine des fonds structurels. Cette idée est défendue par tous les Etats membres, y compris l‘Allemagne.

Mais ce budget devrait aussi être capable d’intervenir par solidarité pour venir épauler des Etats qui seraient en difficulté. Cette fonction est beaucoup plus compliquée à mettre en œuvre parce qu’elle s’appuie sur le concept de mutualisation des dettes. Concept auquel sont opposés tous les pays de l’Europe du Nord, à commencer par l‘Allemagne.

Sauf qu’en Allemagne, le SPD, qui participe à la coalition gouvernementale, n’y est pas viscéralement opposé. Il y a donc une ouverture possible pour dépasser ce tabou qui verrouille toute évolution vers un fédéralisme plus affirmé et assumé.

5ème point : en dehors de cette question budgétaire qui nécessite une évolution politique importante du coté allemand, les réformes techniques qui ont été explicitées par Emmanuel Macron lors de son discours de la Sorbonne ont déjà fait leur chemin. La crédibilité du président français conjuguée à la reprise de croissance économique ont renforcé la nécessité d’avancer.

La convergence fiscale et sociale, la généralisation d’ERASMUS, une Europe de la défense, une taxe sur les opérations financières pour l'aide au développement, une réforme de la PAC, une taxe carbone aux frontières, une imposition cohérente des géants du digital, l’autorisation de présenter des listes transnationales aux élections européennes.

 

Tous ces dossiers sont beaucoup plus avancés qu’on ne le dit ou pense.

Le principal promoteur de toutes ces réformes est évidemment le président français qui a fait le pari que le seul moyen de survivre dans un univers mondialisé et organisé autour de deux pôles, les Etats- Unis et la Chine, était de constituer une Europe forte capable de faire entendre sa voix, de protéger son identité, sa culture et surtout son modèle socio-économique qui est quand même très différent du modèle libéral américain ou chinois.