Brexit : les Européens piégés vont devoir accorder un nouveau délai pour préparer un nouveau deal de divorce.

Retour à la case départ : les Européens ont sans doute compris qu’ils avaient désormais intérêt à renégocier un nouvel accord de divorce avec les Britanniques et ça prendra le temps qu’il faut ...

Les faits sont têtus, Theresa May va évidemment obtenir un nouveau délai pour préparer un nouvel accord qui s’appliquera lors du Brexit. Les Européens ont sans doute compris qu‘ils n’avaient pas intérêt à laisser la Grande Bretagne organiser un Brexit dur et pur.

Désormais, de part et d’autre du Channel, la menace d’un divorce brutal semble prévaloir sur toutes les autres craintes.

A Londres, et bien qu’il ait rejeté trois fois de suite l’accord de sortie que Theresa May avait négocié avec Michel Barnier, le Parlement britannique a aussi voté contre un "no deal". Les Britanniques se sont donc retrouvés dans une situation surréaliste et assez catastrophique pour la démocratie, à savoir qu’ils ont voté pour le Brexit, à condition qu’il y ait un deal de sortie correcte, mais ils n’ont pas accepté le deal. Donc comme au Monopoly, Theresa May se retrouve à la case départ avec comme problème, éviter la “ prison” c’est à dire la colère des Européens.

Par conséquent, la Chambre des Lords a donc entériné lundi soir une proposition de loi visant à obliger légalement la cheffe du gouvernement à repousser le Brexit si les parlementaires n’arrivaient pas à se mettre d’accord. Et Theresa May, qui a engagé des négociations avec Jeremy Corbyn, le chef du parti travailliste, a néanmoins toujours autant de mal à trouver un compromis.

Le divorce avait donc été repoussé du 29 mars au 12 avril, mais le 12 avril, c’est dans trois jours et Theresa May est toujours aussi démunie. D’où son projet de demander aux Européens un nouveau délai à fin juin.

Theresa May s’est donc rendue hier à Berlin puis Paris, afin de convaincre les deux principaux leaders de l’Union européenne que ce délai lui était nécessaire pour éviter une sortie brutale le 12 à minuit.

Alors comme toujours, Français et Allemands se sont partagé les rôles.  Pour le porte-parole d’Angela Merkel, "il y avait de bonnes raisons de se parler". A l ‘Elysée, on a jugé urgent d’attendre un "plan crédible" pour justifier un nouveau report. 

Mais personne n‘est dupe, tout le monde a intérêt à s’arranger. La décision est juridiquement prise à l'unanimité des 27 pays membres, mais elle dépend du couple franco-allemand qui assure sur ce dossier un leadership respecté depuis le début de la négociation.

Français et Allemands ont toujours expliqué qu‘ils ne pouvaient accorder de nouveau délai sans de très bonnes raisons rassemblées dans un plan cohérent et crédible. Or, les Européens savent très bien ce que les Britanniques voudraient obtenir : ils voudraient le maintien de l‘union douanière avec accès libre au marché européen, comme c’est le cas actuellement mais ils voudraient en plus pouvoir négocier des accords bilatéraux sans l'aval préalable de Bruxelles, et établir des barrières aux frontières afin de réguler de façon plus stricte l’immigration de populations étrangères (Européens résidents et non résidents).

Les demandes britanniques vont certes au delà de certaines valeurs qui sont à l’origine de la construction européenne sauf qu‘aujourd’hui, tout le monde mesure avec inquiétude le risque du no-deal, c’est à dire la sortie du Royaume-Uni de l’union douanière.

Les risques sont compliqués à gérer pour tout le monde : pour les Anglais qui n‘auraient plus accès au marché européen, sauf à renégocier des accords, mais également pour les Européens qui risquent de ne plus pouvoir accéder au marché anglais. Or, les économies sont très complémentaires, les chaines de production sont très fragmentées. Les industriels allemands et français souhaitent donc qu‘on ne bouleverse pas trop les chaines de production, distribution et logistique pour des raisons purement politiques. Les lobbies patronaux se sont donc mis au travail pour pousser les gouvernements à chercher un compromis qui limiterait les dégâts en création de valeur, en activité et en emplois. Dans l’industrie comme dans les services.

Alors, les dirigeants européens avaient déjà refusé en mars d’accorder aux Britanniques un sursis jusqu’au 30 juin, en raison de la tenue des élections européennes du 23 au 26 mai.

Réponse de Londres : « on se préparera à participer au scrutin européen, mais nous espérons toujours quitter l‘UE avec un accord acceptable par tous avant le 22 mai pour ne pas avoir besoin de participer". Ces élections seraient alors annulées.

Theresa May est donc arrivée à Bruxelles ce mercredi avec l’engagement de préparer la participation des Britanniques aux élections européennes, en assurant tout le monde que l’accord de deal lui permettra d’annuler cette participation aux élections.

Le président du Conseil européen de son côté, Donald Tusk, a suggéré un report "flexible" d’un an maximum

 

Les conclusions de ce sommet extraordinaire resteront dans les annales de l’Europe comme particulièrement surréalistes.

1er) Les 27 pays membres de l’Union européenne vont vraisemblablement accorder un nouveau délai au 30 juin, pour accepter un Brexit avec deal.

2e) La Grande Bretagne s’engage à participer aux élections européennes mais espère ne pas avoir à y participer.

3e) Dans ces conditions, l’Union européenne va étudier la possibilité de repousser le délai à plus d’un an, mais délai flexible dans la mesure où les Anglais pourraient se retirer dès qu’ils sont prêts.

4e) De telles propositions ouvrent la porte à tous les scénarios politiques et structurels. Incroyable !