Brexit : l’Europe va essayer de sauver le soldat Theresa May

Theresa May s’est enfermée dans un piège qui l’oblige soit à la surenchère, soit à la démission. Pour les européens, ça devient insupportable. 

 

D’ici quelques années, la mise en place du Brexit et de ses négociations fera les délices des étudiants en sciences politiques. En attendant, pour les européens, et notamment la petite délégation qui entoure Michel Barnier, la situation est devenue de plus en plus difficile à gérer. On a désormais compris que tout en restant fidele aux principes du divorce, il fallait sans doute ménager Theresa May car sa démission ouvrirait la porte à la pire des incertitudes, avec aux commandes ceux qui prônent un Brexit beaucoup plus dur.

Les deux semaines passées ont été pour Theresa May très éprouvantes. A Davos, elle avait confirmé son ambition de négocier une solution de compromis qui aurait ménagé l’essentiel des intérêts britanniques en préservant la liberté de circulation des hommes, des biens, des services, entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. En bref, son projet était de mettre en place un système comme il en existe un avec la Suisse.

Dans ce cas de figure, le Brexit était supportable pour les européens, à condition de bien protéger la situation des résidents européens en Grande Bretagne, ce qui n‘est toujours pas réglé. Comme dans un divorce, le point le plus délicat porte sur les enfants, les citoyens.

 

Theresa May s’est très rapidement aperçue que ce type de compromis était inacceptable par une grande partie de ses amis politiques, notamment dans son gouvernement, qui reviennent eux sur un Brexit dur, d’où la paralysie de la Première ministre et les nouveaux risques de démission.

Theresa May a donc fait machine arrière sans pour autant dire selon quelles modalités. Elle vient d’annoncer que dans les 3 semaines, elle prononcera un discours sur le Brexit. Et dans la foulée, plusieurs ministres parmi les poids lourds prononceront également un discours sur les relations avec les pays de l’Union européenne, Boris Johnson, le ministre des affaires étrangères et Liam Fox, son collègue en charge du commerce. David Davis, qui est lui chargé exclusivement du Brexit, devrait aussi prendre la parole.

Alors, tous ces responsables sont plutôt classés parmi les faucons, les hard-Brexiters. Ils veulent un divorce pur et un divorce dur. Theresa May a donc tout intérêt à aller dans leur direction si elle ne veut pas se faire désavouer en place publique.

Sauf qu’il y a aussi en jeu le ministre des finances, qui essaie plutôt de calmer la partie et qui a prévenu qu'il n’ajouterait pas sa voix à la cacophonie. Il faut dire que Philip Hammond est considéré comme le ministre le plus europhile du gouvernement. Donc il est inaudible par l’opinion. Mais actif auprès des milieux d'affaires qu’il veut protéger et rassurer. C’est lui qui a poussé Theresa May a accepté le compromis proposé par Michel Barnier sur le montant de la facture et la recherche d’une union douanière qui laisserait une chance de préserver les échanges. Maintenant que Theresa May fait machine arrière, il préfère se taire.

 

Sur le front de l’économie, c’est toujours « Sauve qui peut ». Même si les principaux dirigeants des banques ont décidé de faire profil bas, ils préparent tous, dans la discrétion, des projets de déménagement sur Francfort ou sur Paris, deux villes qui pourraient bénéficier le plus d‘une débâcle sur la place de Londres.

En revanche, l’industrie automobile japonaise a une attitude tout autre en menaçant officiellement le gouvernement britannique de partir. C’est l’ambassadeur du Japon qui a été mandaté par les industriels, Nissan, Toyota, et Honda pour prévenir Theresa May que s’ils perdaient le passeport européen, ils déménageraient sur le continent avec leurs 140 000 emplois. C’est la première fois que la menace est aussi officielle.

Pour Theresa May, la situation devient donc insoluble. Son parti lui demande de sortir de l’Union européenne, mais les industriels lui conseillent de respecter quand même certaines règles.

 

La situation des européens n‘est pas beaucoup plus confortable. Chez Michel Barnier qui a toute la confiance de la Commission et des partenaires de l’Union européenne, il s‘agit d’être ferme.

Si les anglais ont voté pour le Brexit, qu’ils s’organisent pour vivre en dehors de l’Union européenne et assumer la séparation tout en négociant des modalités de fonctionnement qui préservent les intérêts des uns et des autres.

D’où les conditions dictées par Bruxelles et qui avaient été acceptées par Londres, le chèque, le respect des statuts des expatriés européens en Grande Bretagne et la négociation d’accords commerciaux bilatéraux.

 

A priori, Theresa May est poussée à revenir sur ce compromis considéré comme trop généreux pour les européens. Pour autant, elle n’a pas de plan B.

Or, le plan B des plus ardents anti-européens existe. Si la Grande Bretagne ne pouvait pas obtenir une période de transition suffisamment longue pour négocier des accords de libre échange avec l’Union européenne, les anti-européens sont prêts à transformer leur pays en une sorte de paradis fiscal qui deviendrait le refuge de tous ceux qui veulent faire de l’optimisation fiscale. Bref, le modèle suisse tel qu’on l’a connu avant la normalisation demandée par les européens.

A deux différences près, la Suisse reste un petit pays alors que la Grande Bretagne possède un patrimoine et un potentiel industriels considérables, c’est donc un bulldozer qui pourrait faire beaucoup de dégâts.

La Suisse est pratiquement rentrée dans le rang et, sans appartenir à l’Union européenne, elle en respecte beaucoup de règles et paie une contribution au fonctionnement.

Compte tenu du durcissement de la situation en Grande Bretagne, les européens en sont arrivés au point de considérer que Theresa May était le seul rempart à une surenchère meurtrière et restent donc favorables à son maintien au pouvoir.