Bourse de Paris : tous aux abris ! Cette semaine, le CAC 40 est en stand-by pour trois vraies raisons .

Depuis le début de la semaine, les entreprises du Cac 40 se sont mises en standby... Une conjonction assez rare d’évènements a complètement bouché l’horizon.

« Surtout on ne bouge pas une oreille de la semaine... » C’est le mot d’ordre que se sont passé les traders et les gérants de patrimoine financier. On ne bouge pas sur les marchés européens et particulièrement celui du Cac 40. Lundi, tout le monde a ouvert en mode prudence. Tout le monde attend des précisions sur les perspectives économiques, les décisions monétaires et les choix politiques sur le Brexit.

Les trois raisons qui paralysent les marchés financiers vont mobiliser toute l’attention jusqu'à vendredi. Après quoi, les financiers auront le weekend pour en tirer les conclusions et définir les stratégies, mais tout est possible.

 

1. Le climat économique global s’est quand même sérieusement assombri après que le FMI ait abaissé sa prévision de croissance mondiale au plus bas depuis la crise financière de 2008/2009. D’autant que les bénéfices trimestriels des entreprises américaines sont annoncés cette semaine en baisse pour la première fois depuis 2016. La perspective d’un armistice assez mal ficelé entre les Américains et les Chinois va permettre d’éviter une dégradation sérieuse de la situation, mais l’ouverture d’un nouveau front de guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’Union européenne laisse augurer des moments difficiles et des débats compliqués dans la gestion des subventions aux entreprises. En clair et selon son habitude, Donald Trump accuse l’Union européenne de biaiser la concurrence en aidant ses entreprises, Airbus étant la première visée mais pas la seule. Ce type de tweet annonce en général une hausse des droits d’entrée sur le marché américain à un moment où la croissance dans les pays émergents s’est grandement ralentie.

 

2. Le climat monétaire n’est pas complètement sécurisé. En Europe, la Banque centrale européenne ne va pas cette semaine modifier sa politique de taux, ce qui signifie qu‘elle considère que la conjoncture économique ne s’est pas améliorée et que le moment n’est pas encore venu de rétablir des conditions exceptionnelles et généreuses qui ont été installées depuis plus de 2 ans. Ceci dit, on attend avec beaucoup de curiosité le détail des programmes d’opérations ciblées sur les banques commerciales pour leur apporter des financements à long terme. Le maillon (très faible) du système européen, ce sont les banques fragilisées par les taux négatifs. Les banques n‘ayant pas de marges, elles n’ont pas de socle assez solide. C’est vrai pour les banques italiennes mais c’est aussi vrai pour les banques françaises. Cette semaine, les professionnels attendront également les minutes de la FED, la banque centrale américaine qui devrait confirmer que rien ne changera à moyen terme. Bref, la remontée des taux est toujours prévue, mais son agenda est un peu retardé.

 

3. La situation politique est entrée dans la semaine de tous les dangers avec un conseil extraordinaire à Bruxelles pour octroyer un nouveau délai aux Anglais qui ne savent toujours pas quel Brexit ils vont choisir. Ce qui, en Europe, crée une situation très préoccupante. D’abord parce que sur le Brexit, tout le monde se retrouve piégé dans une situation délétère. Les Anglais ont voté pour un divorce, les Européens ne pouvant pas s’y opposer ont négocié des conditions de sortie qui limitaient les dégâts, sauf que les uns comme les autres s’aperçoivent que les effets d’un Brexit sans deal aura des effets catastrophiques, du coup personne ne veut d’un hard Brexit sans savoir quel « deal » mettre au point pour gérer une situation à l‘amiable.

La principale conséquence de telles tergiversations est que le monde des entreprises s’est figé au bord du Channel. Pas de projet, pas d’investissement.

Ensuite, parce que l‘Europe qui a su rester unie sur une position claire conquérant le Brexit en disant « puisqu’ils veulent sortir, qu’ils sortent » commence à se fissurer au furet et à mesure qu’on s’approche d’un Brexit no deal. D’où la tentation de lâcher un compromis moins rigide mais aussi d’abandonner certaines des valeurs sur lesquelles on avait construit l’Union européenne.

A Bruxelles, cette affaire du Brexit, conjuguée aux effets d’une campagne pour les élections européennes qui permet aux mouvements populistes de se coaguler, va obliger l’Union à modifier certaines règles. Sur l‘immigration par exemple ou sur la politique économique et budgétaire. Plus de rigueur envers l’immigration et plus de marge de manœuvre sur les conditions budgétaires. Voilà qui ne fait pas les affaires de l’Allemagne, qui pourrait renforcer le pouvoir d’influence de la France si toutefois le président de la République pouvait se sortir du piège des gilets jaunes et de cette crise qui colle à son quinquennat comme un sparadrap.

Conclusion : Le monde des affaires attend la fin de semaine avec impatience. On saura si Donald Trump va profiter de l’affaiblissement européen pour ouvrir le front d’une nouvelle guerre commerciale.

On saura plus précisément ce que vont faire les banques centrales.

On connaître enfin la température de l’Union européenne face aux virus anglais.