Avis à ceux qui seraient tentés par le vote populiste. Donald Trump, 100 jours de pouvoir et déjà beaucoup de déceptions

Donald Trump a été élu en novembre de l’année dernière, il a pris véritablement le pouvoir le 20 janvier. Et depuis 100 jours , ses partisans de l’Amérique profonde commencent à déchanter. L’état de grâce n’aura pas duré longtemps.

Toute ressemblance avec une personnalité politique existante en France serait naturellement fortuite. 

Donald Trump a été élu à la présidence des Etats-Unis grâce à un programme qui voulait répondre directement à une partie de la classe moyenne américaine particulièrement déclassée par la modernité, la révolution digitale et les effets de la mondialisation. Elu en novembre, arrivé à la Maison Blanche le 20 janvier ? Donald Trump vient de passer ses premiers 100 jours et déjà l’état de grâce a pali. 

Donald Trump a été élu par une petite majorité d’électeurs en difficulté dans les régions les plus touchées par la crise. 

Il a été élu en promettant de restaurer la grandeur de l’Amérique, de réinstaller une industrie. Il a promis une reprise vigoureuse de l’économie (qui ne marchait pas si mal à la fin du mandat de Barack Obama) par une relance des grands travaux, il a promis de redonner aux blancs, laissés pour compte de la mondialisation la fierté d’être américains, il a promis de réparer toutes les erreurs qui avait provoqué la crise des subprimes et jeté à la rue trois millions d’américains qui se sont retrouvés dépossédés de tout. Il a promis de réguler le commerce mondial en freinant les importations chinoises, il a promis de rapatrier des équipement industriels qui sont allés au Mexique, il a promis de stopper l’immigration des latinos en construisant un mur à la frontière sud, il a promis de réguler la finance, il a même promis de revenir sur la réforme de la santé et notamment l’Obama Care, il a promis, tellement promis. 

Donald Trump a été élu en s‘opposant violemment aux élites politiques, médiatiques, économiques et financières

Quatre mois plus tard, qu‘a-t-il fait ? Il a tweeté, il a parlé, il a surtout beaucoup tergiversé, à tel point qu'il n’a réussi à faire passer aucun de ses projets phares. Alors son mandat ne fait que commencer certes, mais aucune de ses réformes ne s’annonce à l’agenda. Pire pour lui, il est obligé de faire machine arrière sur beaucoup de points. 

Le bilan des premiers cents jours est assez décourageant pour tous ceux qui ont cru à ce qu’il disait. 

1er point : Il n’a toujours pas réussi à constituer un cabinet efficace et cohérent. Il a nommé beaucoup de conseillers, beaucoup de secrétaires d’Etat, mais il a du rapidement en changer, tant leurs divergences étaient grandes. En fait, il n‘était pas au départ équipé en compétences et en professionnels pour exercer le pouvoir qu’il venait de conquérir. Entre «les Trumpistes » et ceux qui semblaient plus proches des réalités, il a du finalement choisir ceux qui connaissaient le fonctionnement de l’Etat. Le problème est que ce cabinet n’a pas de ligne stratégique très claire que ce soit en politique économique ou en politique étrangère. En fait, Donald Trump gouverne avec son clan, sa famille et notamment son gendre qui prend une importance grandissante. 

2ème point : Donald Trump, n’a pas de majorité claire au Congrès. Les démocrates sont vent debout. Les républicains qui devraient le soutenir ne l’aident pas. Le résultat est que les premières mesures qu’il comptait prendre restent en rade, faute de financement. Les premiers décrets qu’il a signé contre l’immigration par exemple ont été attaqués et retoqués en justice. Or ces décrets anti-immigration devaient être les totems de sa politique.

3ème point : les réformes promises et déjà avortées sont nombreuses. Donald Trump avait promis de revenir sur l’Obama care considéré comme trop couteuse et inefficace. Il a baissé les bras devant l’hostilité des sénateurs et des représentants. Il existe, aux Etats-Unis, une forte majorité pour défendre le système de l’Obama care qui a donné à plus de 2 millions d’américains particulièrement défavorisés, un minimum d’assurance sociale et santé. Pour l’Amérique profonde, Obama care a été un succès historique. Alors Obama care a été assez mal géré, et coûte très cher, mais il aurait mieux fallu se contenter de réformer la gestion et le management. D’y introduire dans certains Etats, un peu de concurrence entre les prestataires pour faire baisser les coûts, mais surtout pas s’attaquer au système qui fonctionne pour la première fois dans l’histoire américaine. 

Il y avait d’ailleurs beaucoup de ses conseillers qui lui ont rapporté qu’en supprimant l’Obama care, il risquait d’asphyxier une partie de son électorat. Donald Trump n’a pas beaucoup insisté. En trois tweets et une conférence de presse, il a enterré son ambition.

4ème point : il vient de reporter la grande réforme fiscale qu’il avait promise pendant sa campagne. Cette réforme devait baisser les taux de fiscalité de ceux qui paient beaucoup d’impôts. On lui a fait remarquer que les gros contribuables n’étaient pas forcement ses amis politiques, on lui a fait remarquer aussi qu’il n’aurait pas les moyens de financer ces cadeaux aux riches, puisqu‘il ne pouvait pas faire l’économie de l’assurance santé. Enfin, les économistes de tous bords lui ont expliqué que l’économie américaine n’avait pas besoin d’une relance budgétaire. Il n'y a guère que l’industrie du bâtiment et des travaux publics qui en aurait profité. Très pragmatique, Donald Trump a, pour l'instant, jeté l’éponge.

5ème point : les projets de réindustrialisation sont irréalisables. Une série de grandes entreprises dans la pharmacie et l’automobile, dont la General Motors, ont certes, répondu favorablement à une série de tweets présidentiels les invitant de façon assez péremptoire à relocaliser des usines de fabrication aux Etats Unis. En réalité, ils n’ont fait que le service minimum, ils ont confirmé quelques investissements qui étaient déjà prévus et rien d’autre, parce que pour ces grandes firmes, la relocalisation n’aurait aucun intérêt sauf à augmenter leurs coûts et à perdre ainsi une partie de leur compétitivité et de leur marché. Là encore, dans l’équipe de Trump, on a rapidement pris conscience qu’une partie de l’électorat paierait le surcoût induit par la relocalisation, dans l’achat de leur voiture ou de leurs médicaments.

Ajoutons à cela que la chaine de valeur sur un produit de grande consommation est tellement fracturée entre différents pays qu’il paraît compliqué d’identifier avec précision l’identité d’un produit. Si on prend l’exemple de l’Airbus par exemple, plus de la moitié de sa valeur provient de l’extérieur de l’Union européenne. Sur un Iphone, par exemple, fabriqué en Chine, 60 % de sa valeur est « made in America »

6ème point : la fin de l’immigration massive a elle aussi été très rapidement abandonnée quand on s’est aperçu dans l’entourage de Trump, que de bloquer l‘entrée des mexicains aux Etats-Unis allait créer des foyers de révoltes aux frontières et ça n’est pas la construction de ce mur qui empêcherait l'immigration sauvage. 

Par ailleurs, les américains de la classe moyenne savent bien que sans immigrés, l’essentiel des emplois de services d’entretien ne seront pas assurés. Quant aux industriels américains, ils ont continué de défendre bec et ongles l’immigration choisie pour continuer d’attirer les cadres et les ingénieurs de haut niveau du monde entier dont ils ont besoin.

7ème point : la taxation des importations en provenance de l’Amérique centrale, ou du Sud pour encourager les fabrications locales lui avait permis d’enflammer des foules lors de ses meetings. Les équipes de Trump se rendent compte désormais, que le projet porterait préjudice aux consommateurs américains et là encore parmi les plus modestes. 

8ème point : la guerre contre l’impérialisme chinois devait être un des tournants de l’histoire américaine. Les tweets qu‘il a envoyés comme autant de scuds préparaient l'imminence d'une guerre économique et monétaire. Donald Trump voulait tout à la fois taxer les produits et les équipements fabriqués en Chine et les renchérir en baissant la valeur du dollar. Donald Trump a rapidement fait machine arrière. Là encore, il s’est aperçu qu‘une partie du pouvoir d’achat des américains était fabriqué par les bas-coûts des produits venant de Chine. Par ailleurs, il a appris que plus d’un tiers de la dette américaine était financée par les excédents commerciaux de la Chine. Le moment était mal venu de déstabiliser ce secteur.

Donald Trump a donc invité le président chinois à passer trois jours dans sa propriété de Floride et les deux chefs d’Etat ont éteint les foyers d’incendie pour revenir au statut quo

9ème point : l’alliance avec Poutine promise pendant la campagne électorale a été elle aussi très vite abandonnée sur les champs de bataille de Syrie. Cette alliance avec Poutine n’avait qu’un but, isoler l’Union européenne. 

10ème point : le renforcement des liens avec la Grande Bretagne risque bien d’être un vœu pieux. Theresa May, Premier Ministre de Grande Bretagne, empêtrée dans le Brexit, avait dans l’idée de se rapprocher des Etats-Unis pour y trouver les soutiens qu’elle ne trouverait plus en Europe. Theresa May a très vite déchanté, les sourires et les attentions de Donald Trump n'ont jamais été accompagnés d’une promesse de crédit ou de marché.

11ème point : le mythe de l’Amérique first. C’était plus qu’un mythe, ça devait être l’axe majeur pour s’attacher la fidélité des électeurs américains. Ce mythe-là a volé en éclat. Certes, l’Amérique a repris du service comme gendarme du monde. L’Amérique a décidé de faire payer le chef de l’Etat en Syrie, mais l'Amérique n’a demandé aucun accord international pour faire cette guerre. La Russie ne se joindra jamais à elle. La suite politique de cette affaire et le rééquilibrage de la zone risque d'être difficile à trouver.

Ayant beaucoup de mal à construire une équipe gouvernementale, avec une stratégie politique claire, Donald Trump se coupe de sa base électorale déjà frustrée qu’on ne réalise pas ce qu’on avait promis de faire.

Personne ne voit (et sans doute pas lui...) comment il pourra mettre en accord sa promesse politique et la réalité du terrain sur lequel il a engagé la partie. 

Alors dans les faits, il n‘y aura qu’un demi-mal. L’Amérique a beaucoup de contre-pouvoirs, à commencer par celui des Etats. L’Etat fédéral a aussi un domaine de compétence réduit aux fonctions régaliennes, le chef de l’exécutif n’est pas obligé de s‘occuper de tout et n’importe quoi, comme en Europe. 

Donc, les effets et les dégâts collatéraux de l’inexpérience de Trump seront assez amortis. C’est la force de l’Amérique.

Imaginons ce qu’il en serait, dans un pays très centralisé comme la France. Une France présidée par un homme ou une femme qui aurait développé des thèses très protectionnistes, pour qu’elle se referme sur elle-même.

Les 300 premiers jours de Trump offrent un cas d’école pour juger des effets de l’application d’une politique populiste et démagogique.